Le « pro bono publico » à l’usage des catholiques.

11 Avr

Les catholiques de France attendaient, lundi 9 avril, qu’Emmanuel Macron exposât sa conception de la laïcité … Ils n’ont pas été déçus. En revanche, tous les autres ont été médusés !

Le président de la République a ainsi déclaré, dans un discours prononcé devant les 400 invités des évêques de France, dans la grande nef cistercienne du collège des Bernardins à Paris, vouloir « réparer » le lien entre l’Église et l’État qui « s’est abîmé« , appelant les catholiques à « ne pas rester au seuil » de l’engagement politique. Pour rétablir cette relation, « il n’est pas d’autre moyen qu’un dialogue en vérité« .

Emmanuel Macron aurait-il besoin de nous ? Et pour quoi faire ?

Pour Emmanuel Macron, ce « dialogue est indispensable » car « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation« , tandis « qu’un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait à son devoir« . Intéressante réflexion…

Ce discours d’Emmanuel Macron est inédit car c’est la première fois que l’Église catholique organise un tel événement médiatico-politique, comparé par certains observateurs au dîner du Cri(j)f (Conseil représentatif des institutions juives de France) et, pourquoi pas, à celui du Conseil français du culte musulman (CFCM). Par mimétisme ou pour ne pas être en reste ?

En réalité, l’épiscopat, prudent avec cet exercice qui n’a « pas nécessairement vocation à être renouvelé annuellement« , a prolongé les discours par un simple cocktail. « Dans ce moment de grande fragilité sociale, quand l’étoffe même de la nation risque de se déchirer, je considère de ma responsabilité de ne pas laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique et des politiques« , a ajouté le chef de l’État, accompagné de son épouse Brigitte et du ministre de l’Intérieur, ministre des Cultes, Gérard Collomb. En d’autres termes, il est clair qu’Emmanuel Macron a grand besoin du « pro bono publico » des catholiques.

Il semble d’ailleurs décidé à y mettre le prix : « Pour des raisons à la fois biographiques, personnelles et intellectuelles, je me fais une plus haute idée des catholiques. Et il ne me semble ni sain ni bon que le politique se soit ingénié avec autant de détermination soit à les instrumentaliser soit à les ignorer« , a expliqué le président.

Il en a profité pour rendre enfin (car il fut fort discret sur le sujet lors des obsèques) un hommage vibrant aux divers engagements républicains et spirituels du colonel Arnaud Beltrame, tué le 23 mars par un jihadiste dans l’Aude. « Lorsque l’épreuve commande de rassembler toutes les ressources qu’on a en soi au service de la France, la part du citoyen et la part du catholique brûlent, chez le croyant véritable, d’une même flamme« , a-t-il relevé. Ce qui mettait le doigt sur l’abîme séparant les catholiques de la plupart des musulmans de France.

Avant lui, le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Georges Pontier, a appelé à prendre en compte les « besoins des plus pauvres » pour « bâtir une nation fraternelle, juste et solidaire« . Alors que des états généraux de la bioéthique ont été ouverts en vue d’une révision législative, Mgr Pontier a redit l’opposition de l’épiscopat à l’élargissement à toutes les femmes de la PMA (procréation médicalement assistée), qui « ouvrirait un grand risque de marchandisation du corps« . Il a aussi réaffirmé, sur la fin de vie, son refus d’une légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

En réponse, Emmanuel Macron a souligné que la République « attend très précisément » que les catholiques lui fassent « trois dons: le don de votre sagesse, le don de votre engagement, le don de votre liberté« . « L’Eglise n’est pas à mes yeux cette instance que trop souvent on caricature en gardienne des bonnes moeurs. Elle est cette source d’incertitude qui parcourt toute vie et qui fait du dialogue, de la question, de la quête, le coeur même du sens, même parmi ceux qui ne croient pas« , a souligné le chef de l’Etat. Le dialogue de la foi et de la raison qu’a si bien illustré Benoît XVI.

Et citant, admiratif, les grands auteurs catholiques, Claudel, Mauriac, Mounier, il conclut : « ce ne sont pas les racines » chrétiennes « qui importent« , « c’est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre Nation« , applaudi debout à la fin de son discours.

On se pince ! Et on s’interroge aussi lorsqu’on entend Emmanuel Macron dire aux catholiques ce qu’aucun autre président ne leur avait dit avant, de cette façon du moins : la France a besoin de vous … de l’engagement des catholiques, même en politique ! Quand il affirme aussi que la foi est une source d’absolu qui est nécessaire à la société car elle est au service de l’universel.

En vérité, le président semblait s’adresser plus aux catholiques en tant que citoyens engagés qu’à l’église en tant qu’institution…et c’est en cela que sa conception de la laïcité n’est pas pour autant une concession au communautarisme religieux à l’anglo-saxonne par exemple. Le problème, c’est qu’elle est un fait du prince. Une conception qui n’a été discutée avec personne, aucune instance, aucun parti, par exemple pendant la campagne électorale présidentielle. Ne vous étonnez donc pas des levées de boucliers qui ont immédiatement suivi ce discours et que vous trouverez résumées ici : http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/04/10/la-gauche-accuse-macron-d-atteinte-a-la-laicite_5283225_823448.html

Bien plus virulentes qu’elles le sont face à l’islamisation rampante de la France et au « Grand Remplacement » du peuple français ! Dévoilant ainsi leurs véritables objectifs dont le moteur est la christianophobie.

Nous ne sommes pas dupes et n’échangerons jamais notre âme contre un plat de lentilles !

Le 11 avril 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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4 Réponses to “Le « pro bono publico » à l’usage des catholiques.”

  1. Antonia avril 12, 2018 à 10:48 #

    Ce n’est pas nouveau que Macron « drague » l’électorat conservateur, à qui il doit son mauvais score aux présidentielles et qu’il essaie de ramener à lui. Les catholiques ne doivent pas oublier que ce même Macron a oeuvré dans un gouvernement de païens et qu’il a, entre autres, laissé passer la loi sur le mariage pour tous sans réagir. Où étaient ses racines chrétiennes à ce moment-là ? Plus que des mots, ce sont les actions qui font qu’on reconnaît les hommes. Celui-là a vendu son âme depuis longtemps. et il faudrait être naïf pour le croire.
    Rien que ces jours-ci, il laisse se faire tabasser les paysans de Notre Dame des Lande, mais ne bronche pas quand des « envahisseurs mahométans » s’installent sous les ponts de Paris.

  2. Hervé J. VOLTO avril 12, 2018 à 1:56 #

    J’ai voulu bien analyser les paroles du Régent Présidentiel avant de réagir et vous donner ma modeste opinion d’humble spécialiste de communication politique.

    Arnaud Benedetti, professeur d’histoire de la communication à la Sorbonne, beaucoups plus compétant que votre serviteur, publie LE COUP DE COM’ PREMANANT (éditions du Cerf), dans lequel il décrypte brillamment la communication d’Emmanuel Macron. 

    -La laïcité n’a certainement pas pour fonction de nier le spirituel !

    En une heure d’un discours dense prononcé Lundi 9 Avril 2018 devant la Conférence des Evêques de France, et en quelques phrases politiquement incorrectes teintées d’un zeste de pensée maurassienne (on ent l »influence Nouvelle Action Royaliste dans ses formulations verbales), Emmanuel Macron a remis le sujet de la laïcité au centre du débat politique. Et provoqué une déferlante de réactions courroucées de la part des défenseurs intransigeants de la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, cocos, socialos, conauds… C’était prévisible.

    Celui qu’on ne peut laisser passer, c’est Emmanuel Walls:

    -La laïcité, c’est la France, et elle n’a qu’un seul fondement : la loi de 1905, celle de la séparation des Eglises et de l’Etat. La loi de 1905, toute la loi, rien que la loi ! hurle-t-il dans un tweet.

    Primo, on sent que Walls n’est pas Français, qu’il ne connait pas l’Histoire de France, qu’il ne sait rien de la résistance Contrerévolutionnaire de Vendée, « génocidée » en haine de sa foi Catholique (Alain Texier, CJA, fait à ce sujet un importantissime sur les horreurs et les victimes de la Révolution dite Française https://panoramadevoir.wordpress.com/ ). Secondo, il confond FRANCE ET REPUBLIQUE : pas comme Saint-Pie X, qui lui, savait faire la différence entre la France et le Régime qui l’assassine…

    A droite et à l’extrême droite, en revanche, les propos du chef de l’Etat ont suscité des réactions partagées, oscillant entre soutien et circonspection. le lendemain matin sur RTL, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a estimé que « le président de la République tente d’anesthésier les catholiques pour pouvoir demain s’attaquer à la loi de 1905 ». 

    -Voilà mon inquiétude. Et je dis aux catholiques que ça n’est pas eux qui seront les bénéficiaires de ce changement ! prévient la députée du Pas-de-Calais.

    A l’inverse, le député LR Philippe Gosselin, catholique assumé et très actif contre la loi sur le mariage pour tous, lors du précédent quinquennat, a salué « une position qu’on n’avait pas entendue depuis très longtemps et qui détonne dans le paysage ». Frédéric Lefebvre, délégué national du parti Agir, fondé par d’anciens LR pro-Macron, a lui aussi jugé « bienvenu » le discours du chef de l’Etat qui « remonte aux sources chrétiennes de notre pays » et « souligne la conscience d’Emmanuel Macron de la dimension intemporelle de sa mission sacrée de président ».

    Pour sa part, le président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde a jugé sur France 2 « assez ridicule le Macron-bashing d’une bonne partie de la gauche ». « Je ne sais pas si [le lien entre Eglise et Etat] a besoin d’être réparé, je pense qu’il a besoin d’être entretenu », a ajouté M. Lagarde.

    Enfin, l’épiscopat Français n’a pas caché sa satisfaction après les paroles présidentielles. « Je pense que le discours [de lundi] est un discours qui fera date dans l’histoire des relations entre l’Eglise catholique et l’Etat », a déclaré sur France Inter le porte-parole de la Conférence des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau Dumas.

    Alors pourquoi ? Quel besoin avait-il d’affirmer que « les politiques ont profondément méconnu les Catholiques de France », et qu’il lui revenait dès lors de « réparer » ce « lien (…) abîmé »? Candidat à l’élection présidentielle, le chef de l’Etat avait certes déclaré d’une part que « ce qu’ilmanque à la France, c’est un Roi » et qu‘il avait « une réflexion permanente sur (sa) propre foi ». Il avait révélé avoir choisi de se faire baptiser à 12 ans. La profondeur de son discours et les références multiples à la sémantique Catholique ne laissent donc aucun doute sur son engagement : Emmanuel Macron est croyant. Mais, ajoutait-il alors, il n’en faisait pas « un élément de revendication ».

    S’il déplace aujourd’hui cette limite, c’est vraisemblablement pour des raisons POLITIQUES. La première, la plus évidente, est son besoin de parler à une France inquiète devant la montée de l’islam, un pays bousculé dans ses Valeurs et traditions, une population qui ne reconnaît plus ses villages et ses clochers, se sent décrochée et échappe aux politiques ou se réfugie dans le conservatisme.

    Mais s’il parle à « la part Catholique de la France », c’est aussi parce qu’il a devant lui un chantier difficile : l’organisation de l’islam en France. S’occuper des musulmans sans envoyer de signe aux Chrétiens, un déséquilibre que ses prédécesseurs ont installé. C’est cet « en même temps » que le président de la République semble vouloir restaurer. Sans broncher cependant quand des « envahisseurs mahométans » s’installent sous les ponts de Paris.

    Ce n’est pas nouveau que Macron « drague » comme dit Antonia l’électorat Catho ou Royco, à qui il doit son mauvais score aux présidentielles et qu’il essaie de ramener à lui. Mais c’est comme son slow avec Ryanna : si la main descend trops vite sur la chute de rein de la splendide artiste qui, dans VALERIAN, a vraiement donné, elle, le meilleur de soi même (oui, j’ai vu le film), celle-ci ne QUE peut s’enfuir en courant…

    Emmanuel Macron en version Catho et Royco, c’est comme le Canada Dry : celà ressemble à l’alcool, çà a la couleur de l’alcool, mais ce n’est pas de l’acool. Comme l’a dit avec pertinance M. Pons :

    -Nous ne sommes pas dupes et n’échangerons jamais notre âme contre un plat de lentilles !

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