« A horse! A horse! My kingdom for a horse! »*

20 Avr

C’est le cri bien connu de Richard III (Acte V, scène 4) dans la pièce éponyme de William Shakespeare alors que son cheval est abattu et qu’il tombe sous les coups de Richmond. Craignons que ce soit aussi la pensée d’Emmanuel Macron depuis son entrevue de jeudi 19 avril avec la chancelière d’Allemagne, Angela Merkel ! Car, que se passe-t-il désormais entre la France et l’Allemagne ?

Chacun sait que la République fédérale d’Allemagne est la terre d’élection du compromis politique. Les six mois écoulés entre les élections législatives de septembre 2017 et la douloureuse formation du dernier gouvernement, en mars 2018, l’on démontré. Comme le fruit des négociations entre les chrétiens-démocrates et les socio-démocrates a démontré les effets stérilisateurs de ces pratiques politiques (Lire « Le gouvernement Merkel de trop ! » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/04/17/le-gouvernement-merkel-de-trop/). Et pourtant, Angela Merkel voudrait convertir Emmanuel Macron à sa méthode…Convenons qu’elle ne manque pas d’audace si l’on considère l’exercice jupitérien du pouvoir par son prétendu disciple, tout au long de sa première année de présidence de la République !

D’ailleurs, le chef de l’Etat français se rendait jeudi à Berlin avec la ferme intention de…convertir les dirigeants allemands à ses projets de « refondation de l’Union européenne » et, tout particulièrement, de la zone euro. Las ! La partie s’avère plus difficile qu’il l’escomptait malgré ses nombreux et méritoires efforts, de son discours fondateur face à l’acropole d’Athènes en septembre 2017 jusqu’à celui du Parlement de Strasbourg la semaine dernière sans oublier bien sûr les nombreux témoignages de son soutien au mondialisme économique et à la protection financière du grand capital…

Et, face aux ardeurs réformatrices de son homologue, Angela Merkel a opposé des termes d’une extrême prudence. « Nous ne pouvons imposer nos valeurs et nos intérêts dans le monde que si nous travaillons ensemble à l’échelle européenne », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’il y avait des « points de départs différents » et qu’il fallait « des débats ouverts » et « la capacité de faire des compromis ». Le mot était lâché.

Aucune annonce officielle n’a donc été formulée jeudi, les deux partenaires ayant renvoyé au prochain sommet franco-allemand du 19 juin et au Conseil européen du 29 juin. Huit petites semaines pour trouver des points de convergence sur des sujets pourtant évoqués depuis septembre 2017 côté français.

M. Macron n’a pourtant pas manqué de rappeler l’urgence du moment, à ses yeux. « Nous vivons à un moment de l’aventure européenne sans doute unique », a-t-il expliqué, en appelant à résister aux « vents mauvais » qui menacent « la souveraineté commune », à la fois à l’extérieur (en matière de sécurité, de commerce, de technologie et d’environnement), et en son propre sein, avec la montée des extrêmes et des idées nationalistes.

Interrogée sur la question de savoir si le « charme », qu’elle avait évoqué lors de sa première rencontre avec le président français, en citant l’écrivain Hermann Hesse, opérait toujours, Angela Merkel a répondu qu’à ce moment-là, elle ne se doutait pas que « les négociations pour former un gouvernement dureraient si longtemps » (Lire à ce sujet « Avec Angela Merkel et l’Allemagne, Emmanuel Macron a sans doute déjà mangé son pain blanc » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/04/19/avec-angela-merkel-et-lallemagne-emmanuel-macron-a-sans-doute-deja-mange-son-pain-blanc/).

Un moment d’aveu pour évoquer la situation délicate dans laquelle elle se trouve : depuis plusieurs jours, les conservateurs de son parti (démocratie-chrétienne, CDU) font bloc contre les propositions du président français sur la réforme de la zone euro. Ils voient dans la création d’un budget de l’union monétaire le risque d’une perte de souveraineté.

Et ils se sont fortement distanciés du projet de transformer le mécanisme européen de stabilité (MES) en « Fonds monétaire européen », capable de soutenir les pays en crise sans dépendre du Fonds monétaire international (FMI), bien qu’il ait été proposé à l’origine par l’ancien ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble. Mais, en Allemagne, autres temps autres moeurs…

Et il ne faut pas attendre beaucoup de soutien du Parti social-démocrate (SPD), partenaire de coalition des conservateurs. Très affaibli par des mois de tergiversations autour de sa participation au gouvernement, le SPD a perdu ses ardeurs européennes d’antan. Leur meilleur avocat, Martin Schulz, a quitté le parti et ne siège pas au gouvernement. C’était lui qui avait insisté pour que la première partie du contrat de coalition soit consacrée à l’Europe.

Le ministère des finances est bien dirigé par un social-démocrate, Olaf Scholz, mais celui-ci s’est empressé de donner des gages aux conservateurs : il a réaffirmé dès son arrivée que le « zéro noir », l’équilibre budgétaire, serait assuré.

Selon le quotidien économique Handelsblatt, les principaux collaborateurs de son prédécesseur, Wolfgang Schäuble, seront maintenus en poste. C’est le cas en particulier de l’économiste Ludger Schuknecht, qui défend depuis des années l’idée que la politique ne peut rien faire pour lutter contre les excédents allemands.

Mais Angela Merkel est bien plus finaude que cela et elle s’est dit néanmoins confiante d’arriver à trouver des solutions « adéquates ». Pourquoi ? Tout simplement parce qu’elle a imaginé un marché (de dupes évidemment) à soumettre au chef de l’Etat français. Qu’il lui permette de sortir la tête haute du cul-de-basse-fosse dans lequel elle a plongé son pays en y faisant entrer un million et demi de migrants entre 2015 et 2016 et elle pourrait accepter de négocier quelques unes des propositions macroniennes concernant l’organisation de l’Union européenne et, en particulier, de la zone euro.

En d’autres termes et pour être très clair : Macron défend le projet de Merkel sur les quotas d’accueil des migrants en Europe (et en prend largement sa part) et il pourrait espérer obtenir une extension des pouvoirs économiques de la zone euro.

Et voilà comment Emmanuel Macron pourrait être amené, dans la douceur d’un compromis avec Angela Merkel…À VENDRE NOTRE ÂME CONTRE UN PLAT DE LENTILLES ! Il semble avoir du reste bien compris le message puis qu’il a déclaré à son départ de Berlin que, quel que soit l’instrument, la nécessité était de « mieux articuler responsabilité et solidarité » en Europe.

Et nous mettons là le doigt sur l’un des principaux points de divergence entre le président de la République française et le Conseil dans l’Espérance du Roi : l’Europe et la marchandisation des âmes pour lui, la France et la sauvegarde des Français face aux hordes migrantes pour nous.

Nous serons d’une vigilance extrême et n’accepterons aucun compromis sur ce point non négociable.

Le 20 avril 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* En Anglais dans le texte car c’est hélas la langue d’usage au sein de l’UE.

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7 Réponses to “« A horse! A horse! My kingdom for a horse! »*”

  1. Hervé J. VOLTO avril 20, 2018 à 11:06 #

    Florient Philippot lui déjà dit en face au parlement de Bruxelles, et devant tout le monde, que pas tous les Français sont d’accord avec ses orientations autocrates. Junker lui également dit d’arréter de prendre l’union eurpéenne pour son club personnel.

    Oui, les Français veulent plus de France en Europe et moins d’Europe en France. Mais c’est la France qui doit être réformée en premier. Dans le sens Catholique et Royale. Et c’est uniquement une France redevenue Fille Aînée de l’Eglise et Educatrice des Peuples qui peut constituer une alternative valable et fiable à cette Union Européenne plus que malseine.

  2. Hervé J. VOLTO avril 20, 2018 à 11:11 #

    Attention, monsieur le Président, on vous le redit une dernière fois, avec tout le respect du à votre éminante fonction. Beaucoups de Français, en ce début de XXI° siècle, ont le sentiment d’appartenir à un groupe victime d’une oppression sans issue. Leur idéal politique Catholique et Royal leur parait tellement desespéré qu’ils en viennent à considérer que seul un cataclysme pourra ouvrir une brèche dans le bétonnage idéologique environnant, dans cette pensée unique orwellienne, conforme et obligatoire qui leur imposé. Ils se réfugient dans l’attente d’un Grand Soir, un évènement inatendu, imprévisible, spectaculaire, surhumain, et pour tout dire, miraculeux, qui leur apportera la délivrance.

    LES FOUS DU ROIS savent quand à eux que le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre, sur un siège avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement dans le ciel.

    Et qu’il n’a plus qu’à attendre.

    Oui. Une étincelle…

    • Louis Chiren avril 21, 2018 à 7:56 #

      Ce parallèle avec la tragédie de Shakespeare évoquant Richard III nous confirme malheureusement que la république ne cesse de brader cette terre dans une posture de vassalité.
      Pour ce qui est du destrier et de notre espérance, l’évocation du mythe de Chiron répond par échos à nombre de sujets chers à nos coeurs.
      Monsieur Volto nous parle souvent de ce bolide attaché au roi de son coeur.
      Laissez-moi lui proposer ce thème qui pourrait paraître récréatif mais qui si l’on y porte attention nous renvoie sur des chemins de traverse dont une célèbre Bugatti à la calandre en fer à cheval et à la robe bleue de France remporta vingt-deux victoires. La trame divine s’étend et finira bien par vaincre pour le bien du royaume de France qui à cette heure est dormant.

      https://louischiren6.wixsite.com/peintreetpoete/du-mythe-de-chiron

  3. Catoneo avril 20, 2018 à 4:06 #

    L’Europe est divisée en trois zones, celle de l’euromarc, celle de Visegrad et celle du Club L’Europe est divisée en trois zones, celle de l’euromarc, celle de Visegrad et celle du Club Med (ou des gitans). La France était sous François Hollande la Reine des Gitans.

    La classe politique européenne qui compte, dans tous les sens du terme, celle de l’Euromarc, imaginait possible que Macron arrache la France au Club Med pour qu’il rejoigne les pays bien gérés du Nord. Auquel cas, leurs oreilles s’ouvriraient pour des avancées politiques de l’Eurogroupe, meilleure solidarité financière avec des bons du Trésor fédéraux, Europe à deux ou trois vitesses, affirmations diplomatiques etc…

    Or le déficit français est tout juste passé sous la barre des 3% avec de sérieuses menaces de grimper à nouveau puisque la dépense publique n’est pas sérieusement entamée et qu’il va falloir avaler la dette ferroviaire. Les taux de refinancement de la dette souveraine française (à 100% PIB) sont sur une pente ascendante (le 10 ans-US est déjà à 3% moins epsilon).
    Sauf à fumer du coquelicot, les gouvernements de l’Europe sérieuse ne voient pas la France quitter l’Europe rieuse et l’entregent naturel d’Emmanuel Macron ne lui sera pas d’un grand secours. Ce sont les Pays-Bas qui mènent la fronde et la Chancellerie de Berlin laisse faire.

    Ce blocage est incontournable puisque l’appui des « gitans » ne servira à rien ; l’Italie arrête la politique, l’Espagne s’est enferrée dans un débat corne-cul avec la Catalogne, les autres sont inaudibles ou très endettés.
    L’autre zone de renfort possible, le groupe de Visegrad et les Balkans, freine des quatre fers toute fédéralisation, demeure atlantiste et américanophile, et verse dans un nationalisme démodé en Europe occidentale.

    Au résultat, Macron est seul et battu !
    Il sera intéressant de voir comment il rattrape cet échec européen en politique intérieure car les élections au parlement de Strasbourg approchent et qu’il peut les perdre largement. Il s’est passé quelque chose de grave pour lui.

  4. Hervé J. VOLTO avril 20, 2018 à 6:57 #

    Pour appuyer ce que dit catoneo, plusieurs garçons âgés entre une douzaine et une quinzaine d’années vivent actuellement dans la rue, sans parents, dans le quartier de la Goutte d’Or, dans le 18ème arrondissement de Paris. Venant le plus souvent du Maghreb, ils passent leurs journées dans les laveries ou dans le square Alain Bashung et dorment le plus souvent dans les Autolib du quartier. Drogues, bagarres, vols… les parisiens ne connaisent que trops bien le problème, en particulier les habitants du quartier, rançonnès et terrorisés. Leur quotidien inquiète certains habitants de « là-bas » :

    -Je suis choqué de voir des mômes drogués toute la journée, indique Rachid Arar, responsable d’une association de distribution de repas.

    • conseilesperanceduroi avril 20, 2018 à 7:32 #

      Vous aurez un avis sur la question en lisant demain 21 avril notre article consacré aux jeunes originaires du Maroc.

  5. Hervé J. VOLTO avril 20, 2018 à 8:54 #

    J’ai hate de le lire. Car c’est Valérie Boyer, du parti LR, qui a bien résumé la situation sur BFMTV :

    -La cries de l’immigration est un drame pour les Français et c’est un drame pour les immigrés.

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