Service militaire : Il sera plus difficile de le rétablir que ce le fut de le supprimer.

1 Mai

Ce qui revient à dire que le coupable, dans l’affaire, fut bien – ainsi que nous n’avons cessé de le répéter – l’initiateur de cette gravissime erreur : Jacques Chirac. Dieu sait pourtant s’il en a commis, des erreurs. Mais celle-là fut certainement l’une des pires. Au point qu’il est difficile de ne pas trouver du sens aux arguments de l’historienne Michelle Battesti, dans l’article qu’elle publiait il y a un an, lors de la campagne pour l’élection du président de la République (http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/04/12/le-retour-de-la-conscription-est-cosmetique-infaisable-inutile-et-dispendieux_5109780_3232.html). Et pourtant…Dieu sait aussi combien il est nécessaire de songer à son rétablissement.*

C’est dans cet esprit mais aussi avec une grande prudence que le groupe de travail chargé de définir les contours du futur service national universel (SNU) voulu par Emmanuel Macron vient de présenter son scénario pour le sujet : un service national obligatoire d’un mois, pour tous les jeunes d’une certaine classe d’âge à partir de 16 ans, dont une partie en internat.

Présidé par le général Daniel Ménaouine, il a remis jeudi son rapport définitif à l’Élysée et les arbitrages présidentiels sur le sujet devraient être connus « courant mai« , selon un proche du chef de l’Etat.

Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait proposé d’instaurer un service national universel d’un mois obligatoire pour les jeunes de 18 à 21 ans, encadré par l’armée. Mais depuis, le projet est en butte au scepticisme en raison de son coût et de sa complexité, ainsi que de l’hostilité de l’armée, peu encline à encadrer des appelés comme c’était le cas jusqu’à la suppression du service militaire par Jacques Chirac en 1997.

En février, un rapport parlementaire présenté devant la commission de la défense à l’Assemblée nationale préconisait donc plutôt un « parcours de citoyenneté » réalisé au cours de la scolarité, quand un autre, commandé par Matignon et révélé par Les Echos, émettait « d’importantes réserves » sur la faisabilité d’un SNU dont le coût était évalué entre 2,4 et 3,1 milliards d’euros par an. La ministre des Armées, Florence Parly, avait elle-même semblé enterrer le projet en affirmant que ce service national n’aurait « probablement aucun caractère obligatoire« , avant d’être démentie. Le 16 février, Emmanuel Macron a réaffirmé son souhait d’un service national « universel », « obligatoire » pour toute une classe d’âge – soit 600 000 à 800 000 jeunes par an – et d’une durée située « autour d’un trimestre« .

Finalement, le groupe de travail du général Ménaouine a opté pour un scénario correspondant à la promesse de campagne initiale, avec une « phase obligatoire d’environ un mois, dont une partie se fera en internat, suivie d’une phase optionnelle tournée vers l’engagement« . À nos yeux, il est clair que cette durée est très insuffisante pour donner les fruits que nous pouvons en attendre mais si l’organisation et l’intensité de la formation sont à la hauteur de nos projets…La période obligatoire devrait être consacrée, dans le scénario soumis par le groupe de travail, à des activités physiques et sportives, à l’enseignement des gestes de premiers secours, à l’acquisition de réflexes en cas de situation de crise, ainsi qu’à la transmission des valeurs civiques et nationales. Toutes choses qui, à nos yeux, mériteraient bien des approfondissements sans compter l’indispensable débat sur les précautions à prendre pour ne pas tomber dans le piège de la « Barbarisation des forces armées » (Lire « En ce 14 juillet » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2016/07/14/bulletin-climatique-quotidien-14-juillet-2016-de-la-republique-francaise/).

Avant toute décision définitive, les auteurs du rapport plaident pour l’organisation d’une consultation de la jeunesse. Ce qui ne signifie pas la recherche systématique d’une approbation…

Complexe, cette réforme « nécessite un pilote au sein du gouvernement ou à un niveau interministériel« , souligne par ailleurs une parlementaire impliquée dans l’affaire. Mais disons que, pour l’heure, les ministres ne se bousculent pas pour prendre en charge le projet, et surtout son financement. « Même pour un mois, il s’agirait d’une ­organisation très lourde, nécessitant des hébergements et des dizaines de milliers d’encadrants, souligne le député LR François Cornut­Gentille, rapporteur spécial des crédits de la défense. Qui s’en chargerait ? Les militaires ? » C’est bien là que le bât blesse. Le 18 février, les sénateurs Jean-Marie Bockel (Union centriste, Haut-Rhin), Jean-Marc Todeschini (PS, Moselle) et Christian Cambon (LR, Val-de-Marne), membres de la commission des affaires étrangères et de la défense, avaient relayé les inquiétudes des militaires et affirmé leur « volonté de protéger les moyens des forces armées » dans cette affaire.

Rappelons-leur que, pour nous, seules sont perdues d’avance les batailles que l’on ne livre pas.

Le 1er mai 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* En Janvier dernier d’ailleurs, Emmanuel Macron avait eu cette parole pleine de bon sens et bien dans l’esprit du Conseil dans l’Espérance du Roi : « Beaucoup disent que c’est impossible à faire. Mais (…) cela forge plutôt en moi la conviction que c’est une nécessité de le faire« .

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2 Réponses to “Service militaire : Il sera plus difficile de le rétablir que ce le fut de le supprimer.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 1, 2018 à 10:59 #

    Cher Monsieur M. Pons, le service militaire est une invention révolutionnaire pour arracher des bras aux campagnes afin de les envoyer combattre en 1793 les puissances Catholiques cohalisées contre la République naissante.

    Il existe des Royalistes -et je suis l’un d’eux- qui s’opposent et s’opposeront toujours au service militaire. L’Armée Française doit être une armée de mérier, confiée comme aux USA à des professionnels, des volontaires surentrainés et motivés. Pas à des « branleurs » forcés et sousmis aux capprices d’adjudants pochards et bisutards, et risaqunt de déserter. Je continuerait à militer CONTRE le rétablissement du service militaire.

    Ceci est peut-être l’un des rares points où nous ne seront jamais d’accord, cher Monsieur…

    • Conseil dans l'Espérance du Roi mai 1, 2018 à 2:31 #

      Cher Monsieur Volto, si nous n’avons que ce point de divergence il y a tout lieu de nous réjouir ! Ne croyez pas que je sois un apôtre acharné du service militaire car je crois aussi que l’armée de métier est la meilleure formule pour acquérir une réelle efficacité technique, telle que nous en avons besoin à notre époque.
      Néanmoins, je pense que nous n’avons rien inventé de mieux en terme d’apprentissage d’une mixité sociale réelle et utile (je ne parle pas bien sûr de celle dont on nous rebat les oreilles à propos des banlieues) comme en ce qui concerne la formation des jeunes gens en matière de discipline, de civisme et de découverte des valeurs patriotiques sans oublier les indispensables développements associés…de la tête et des jambes. Encore faut-il un peu de temps et des formateurs qui soient à la hauteur de l’enjeu.
      Il existe certes une alternative que vous connaissez sans doute fort bien et qui s’appelle LE SCOUTISME mais peut-on exiger de tous qu’ils y adhèrent volontairement ? Ou, alors, cela pourrait s’appeler des « chantiers de jeunesse » mais ils n’ont guère de chance de faire l’unanimité, 45 ans après les précédents !…

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