Vingt-ans après.

6 Mai

Emmanuel Macron vient de passer trois jours en Nouvelle-Calédonie en caressant les uns et les autres dans le sens du poil et en refusant de prendre parti dans le débat autour du référendum proposant aux Néo-Calédoniens un accès possible à l’indépendance. En 1998, la gauche étant au pouvoir, l’expression IDENTITE n’était pas encore un gros mot et moins encore une valeur interdite, comme c’est le cas aujourd’hui. Et c’est ainsi que le préambule de l’accord de Nouméa du 5 mai 1998 pouvait comporter ces trois phrases : « Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun. »

Mais qu’en est-il aujourd’hui de ce « destin commun » alors que pour beaucoup, en Nouvelle-Calédonie, ce « destin commun » s’apparente à un vœu pieux. Alors, pour vous aider à réfléchir à ce problème, qui ne manquera pas de prendre de l’ampleur après le référendum de novembre prochain, voici d’abord quelques conseils de lecture :

Emmanuel Tjibaou qui avait 13 ans lorsque son père, Jean-Marie Tjibaou, a été assassiné, le 4 mai 1989, à Ouvéa. Il dirige aujourd’hui l’Agence de développement de la culture kanake et le Centre culturel Tjibaou de Nouméa. A la veille de l’arrivée du président de la République Emmanuel Macron en Nouvelle-Calédonie et à six mois du référendum d’accession à la pleine souveraineté, il tire un bilan contrasté de l’évolution du territoire ces trente dernières années.

Bien sûr, constate Emmanuel Tjibaou qui avait 13 ans lorsque son père, Jean-Marie Tjibaou, a été assassiné, le 4 mai 1989, à Ouvéa, le regard a en partie changé sur la civilisation et le patrimoine kanaks, des institutions coutumières ont été reconnues. Mais il y a encore un long chemin à faire pour une réelle prise en considération de l’identité kanake. Comment d’ailleurs en serait-il autrement quand on prend conscience que, pour paraphraser Nicolas Sarkozy à Dakar…il n’y a pas que l’homme africain qui n’est « pas assez entré dans l’Histoire » !

Danse traditionnelle kanake

« Si la Nouvelle-Calédonie a avancé sur la voie de l’affirmation d’un “destin commun”, cela ne s’est pas fait de manière consciente et concertée, juge-t-il. En réalité, pour beaucoup, la prise en compte de l’identité kanake, du métissage, de la vie commune, surtout en ville, des transformations qui doivent accompagner le rapport avec la culture autochtone n’a que peu évolué. Les Kanak, les Mélanésiens de manière générale, sont contraints et forcés d’adopter le mode de vie occidental. C’est une forme d’aliénation déguisée. »

A quelques centaines de mètres du Théâtre de l’île, sur la presqu’île de Nouville, à Nouméa, où Emmanuel Macron a prononcé son discours de fin de visite en Nouvelle-Calédonie, s’étendent sur les collines alentours des centaines de « squats » qui ne sont en réalité qu’un vaste bidonville.

La plupart du millier de ces habitants viennent des îles. Contraints de quitter leurs tribus pour trouver du travail, ils se heurtent à la cherté du logement dans la « capitale » et s’installent sur ces terres qui appartiennent à la chefferie Betoé, après avoir fait la coutume pour demander l’autorisation.

De l’autre côté de la route est en train de s’achever la construction de la future polyclinique, un établissement ultramoderne qui regroupera les activités des trois cliniques privées actuellement en activité à Nouméa. Profitant de la venue du chef de l’Etat et de la forte présence médiatique qu’elle attire, le collectif de l’île de Nou, à la tête de la mobilisation des habitants du squat, a dressé un frêle barrage au carrefour. Pour eux, il s’agit surtout de faire connaître leurs revendications.

« Cela fait trois ans que nous demandons l’adduction d’eau sur nos terres », explique Joannès Ititi Aty, un de leurs porte-parole, qui conteste le protocole d’installation de la polyclinique, signé avec l’aval des représentants de l’Union calédonienne au Congrès, et notamment du président du groupe, Roch Wamytan. « Wamytan n’a aucune légitimité ici, proteste-t-il. Nous ne reconnaissons pas ce protocole signé avec la complicité de quelqu’un qui se dit indépendantiste. Aucune de nos demandes n’a été prise en compte. »

Alors, le destin commun, dans ces conditions, apparaît comme une bien lointaine chimère. « Le destin commun, c’est pour ceux qui ont du fric, les Roch Wamytan, les Harold Martin [un des chefs de file des Républicains calédoniens], constate Joannès. Mais pour nous, les sans-rien, ce sera toujours pareil. Nous sommes des citoyens non considérés. » « Le pays, c’est un poulpe, embraye Yvonne Betoé. Au milieu, il y a la tête du poulpe et, tout autour, il y a les tentacules des politiciens qui s’emparent de tout. Mais pour nous, les pauvres, il n’y a plus rien. »

A quelques centaines de mètres, toujours sur la presqu’île de Nouville, se dresse le campus universitaire. Un lieu de brassage, de mixité, où se côtoient, en théorie, toutes les communautés. A l’heure du déjeuner, nous retrouvons Nathan Marguerite, d’origine antillaise mais arrivé en Nouvelle-Calédonie il y a seize ans, Manoa Oker, dont la famille d’origine européenne est installée sur le territoire, et une jeune Mélanésienne, Claudie Mésange.

Pour Claudie, une jeune Mélanésienne, « le destin commun, c’est de l’hypocrisie, ça n’existe pas ». Elle redoute l’issue du référendum du 4 novembre : « Dans tous les cas, ça aboutira à quelque chose de mauvais parce qu’il y aura des mécontents. »

Même à l’université, les jeunes préfèrent ne pas évoquer le sujet. « On n’a peut-être pas la même façon de voir, alors on évite d’en parler. Même dans ma famille », confie la jeune fille. Ce que confirme Nathan, d’origine antillaise : « Moi aussi, j’évite d’en parler, parce que ça peut vite partir en vrille. » Il dénonce « une forme de racisme par rapport aux non-natifs » et assure lui non plus ne pas croire au destin commun. « Même au foot, clairement, on ne peut pas jouer ensemble. »

A Nouméa, la ville du Sud, celle qu’on appelait Nouméa la blanche, dans les années 1980, plusieurs formations loyalistes ont appelé à une « marche bleu, blanc, rouge ». Entre trois et quatre mille personnes défilent, clamant leur attachement à la France et arborant fièrement les couleurs bleu, blanc, rouge, drapeaux et vêtements assortis. Même les chiens sont parés de tricolore !

Dans la manifestation, Stéphane, Véronique et Catherine, installés sur le territoire depuis plusieurs décennies, annoncent clairement la couleur : « Demain, si c’est l’indépendance, on se tire. » Catherine, la plus âgée, estime qu’« on vit déjà ensemble ». « Je suis grand-mère. J’ai des petits-enfants mixés de tahitien, de mélanésien. Mais il y a des gens qui ne veulent pas faire le pas », déplore-t-elle. Peut-on leur en vouloir ?

Selon Véronique, « les Mélanésiens préfèrent rester entre eux, en tribu ». Mais, ajoute-t-elle, « l’indépendance serait une catastrophe, voyez ce qui se passe au Vanuatu ou aux Nouvelles-Hébrides », deux pays voisins du Pacifique émancipés de la tutelle britannique.

De retour à Nouméa après être allé rendre hommage aux victime de l’affaire d’Ouvéa, Emmanuel Macron s’est rendu dans le quartier populaire de Pierre-Lenquette-Montravel. Autour du commissariat et de la place centrale, où il devait rencontrer les forces de gendarmerie et de police, les habitants du quartier, où vit une forte communauté originaire d’Ouvéa, s’étaient massés derrière les barrières. Certains curieux ou impatients de la visite du président de la République, d’autres plus réservés, en retrait. Quelques drapeaux kanaks flottent aux fenêtres ou sur les balustrades.

Louis Kasovimoin est le pasteur de l’Eglise protestante de Nouvelle-Calédonie, un acteur important dans le quartier pour aplanir les problèmes du quotidien, y compris ceux de la petite délinquance. Mais, au vu de la petite foule bon enfant qui attend l’arrivée du chef de l’Etat, le dispositif de sécurité mis en place paraît bien disproportionné.

« Ça ne nous étonne pas, soupire le pasteur. On nous a toujours parqués et on continue à l’être. Le destin commun, il y a encore du chemin à faire. Il faudra créer des ponts, des viaducs pour que les gens puissent circuler librement. En fait, les communautés sont toujours côte à côte. Le destin commun, c’est un slogan, rien de plus. »

Retour au Centre Tjibaou, où le chef de l’Etat va remettre au gouvernement du territoire, samedi 5 mai, l’acte de prise de possession de 1853. Emmanuel Tjibaou, le directeur du centre, est fier de cette réalisation. Cependant, rappelle-t-il, « la culture kanake ne peut pas se limiter au Centre culturel Tjibaou et à des poteaux sculptés sur des ronds-points. Nous, on est la culture du rond-point ! Mais vous allumez la télévision, la radio, est-ce que vous entendez des gens s’exprimer en kanak ? Vous ouvrez vos journaux, est-ce que vous voyez des articles rédigés en kanak ? »

Edouard Philippe rendant visite à la culture du rond-point

« Ici, ce n’est pas l’Occident. La France, ce qu’elle a amené, c’est un drapeau. Elle n’a pas amené de la terre de France, souligne-t-il. Mais, nous, nous sommes obligés d’adopter le mode de vie de l’Occident. Du coup, nous nous retrouvons en contradiction avec nos propres références. Ce n’est pas comme cela qu’on construit un avenir commun. »

Imaginez ce qui se passera après le référendum de novembre si, comme l’annoncent déjà les instituts de sondage, le NON à l’indépendance l’emporte. La joie, bien sûr, des loyalistes. Mais aussi la colère et, pire encore, la frustration des indépendantistes auxquels on a tellement promis jusqu’à leur laisser miroiter qu’ils pourraient devenir…indépendants.

Leur « destin commun » aura tôt fait de voler en éclat et nous aurons alors à affronter des violences pires que celles qui avaient conduit à l’assaut de la grotte d’Ouvéa.

Le 6 mai 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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3 Réponses to “Vingt-ans après.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 6, 2018 à 1:26 #

    Je demende pardon à M. Pons de me répéter. J’ai réusssi à faire corut.

    LE ROI ET L’OUTRE-MER

    Pour le rayonnement de la France dans le monde, il faudrait :

    1. Arrimer l’Outre-Mer à la Métropole.
    2. Assurer l’avenir de l’Outre-Mer Français.
    3. Rétablir les Rapatriès dans leurs droits légitimes.

    1. Arrimer l’Outre-Mer à la Métropole.

    Moderniser le cadre administratif et institutionnel es provinces d’Outre-Mer, protéger notre Souveraineté dans l’Outre-Mer Français, valoriser les spécificités culturelles et économiques de l’Outre-Mer Français.

    2. Assurer l’avenir de l’Outre-Mer Français.

    Développer l’évangélisation, l’économie et l’agriculture dans les provinces Française d’Outre-Mer, désanclaver les provinces Française d’Outre-Mer, assurer l’égalité des devoirs et des droits entre Français de Métropole et Français d’Outre-Mer, assurer la juste et définitive répartissions des richesses.

    3. Rétablir les Rapatriés dans leurs droits légitimes.

    Assurer la juste et définitive indemnisation des rapatriés, défendre les doits moraux des rapatriés.

  2. Hervé J. VOLTO mai 6, 2018 à 1:32 #

    Le gouvernement de l’Empire

    Article 1.

    1° Les territoires d’Outre-Mer sur lesquels, à des titres divers, la Couronne de France et l’État Français Monarchique, exerce a souveraineté ou étend sa protection, sont appellées provinces d’Outre-Mer et constituent l’Empire.

    2° Dans l’Empire, le gouvernement exerce son autorité par l’intermédiaire de hauts fonctionnaires responsables de la sécurité intérieure et extérieure des territoires qu’ils administrent ou contrôlent.

    3° L’Empire est régi par des législations particulières.

    Article 2.

    1° Auprès duChef de l’Etat est institué un Conseil d’Empire appelé à donner son avis sur les questions intéressant le domaine Français d’Outre-Mer. Des personalités locales font parties de droit du Conseil de l’Empire.

    2° Dans les parties de l’Empire où l’évolution sociale et la sécurité le permettent, le représentant du chef de l’État est assisté d’un conseil consultatif.

    3° La loi fixe les conditions dans lesquelles s’exerce la participation traditionnelle de certaines provinces d’Outre-Mer à la représentation nationale.

  3. Hervé J. VOLTO mai 6, 2018 à 2:01 #

    De l’Empire – projet (pardon de la longueur de ce texte)

    Article premier

    La France et les peuples des Territoires d’Outre-Mer qui, par un acte de libre détermination, adoptent la présente Constitution instituent un Empire.

    L’Empire Français est fondé sur l’égalité et la solidarité des peuples qui la composent.

    Article 2.

    Dans l’Empire Français, les Provinces d’Outre-mer jouissent de l’autonomie ; elles s’administrent elles-mêmes et gèrent démocratiquement et librement leurs propres affaires.

    Il n’existe qu’une citoyenneté de l’Empire, la citoyenneté Française.

    Tous les citoyens sont égaux en droit, quelles que soient leur origine, leur race et leur sexe. Ils ont les mêmes devoirs.

    Article 3.

    Le domaine de la compétence de l’Empire comprend la politique étrangère, la défense, la monnaie, la religion Chrétienne, la politique économique et financière commune ainsi que la politique des matières premières stratégiques.

    Il comprend en outre, sauf accord particulier, le contrôle de la justice, l’enseignement supérieur, l’organisation générale des transports extérieurs et communs et des télécommunications.

    Des accords particuliers peuvent créer d’autres compétences communes ou régler tout transfert de compétence de l’Empire à l’un de ses membres.

    Article 4.

    Les Etats associés -Principauté de Monaco, Principauté d’Andorre bénéficient des dispositions de l’article 1 comme celui de l’article 2. Les Etats étrangers désirant adhérer à l’Empire ont le choix de devenir Etas associés ou provinces d’Outre-Mer. Ils bénéficient des dispositions de l’artcile 1. comme de l’article 2.

    Jusqu’à l’entrée en vigueur des mesures nécessaires à l’application du présent titre, les questions de compétence commune sont réglées par la France.

    Article 5.

    Le Chef de l’Eta Français préside et représente l’Empire.

    Celle-ci a pour organes un Conseil exécutif, un Sénat et une Cour Arbitrale.

    Article 7.

    Le Chef de l’Etat Français, en sa qualité de Chef de l’Empire, est représenté dans chaque provinces d’Outre-Mer et dans chaque État associé de l’Empire.

    Article 8.

    Le Conseil exécutif de l’Empire est présidé par le Chef de l’Etat Français. Il est constitué par le Premier Ministre de la France, les chefs du Gouvernement de chauqe province d’Outre-Mer et de chacun des États membres de l’Empire et par les ministres chargés, pour l’Empire, des affaires communes.

    Le Conseil exécutif organise la coopération des membres de l’Empire sur le plan gouvernemental et administratif.

    L’organisation et le fonctionnement du Conseil exécutif sont fixés par une loi organique.

    Article 9.

    Le Sénat de l’Empire est composé de délégués que le Parlement de la France et les présidents des assemblées territoriales et des président des assemblées législatives des autres membres de l’Empire chois en leur sein.

    Il tient deux sessions annuelles qui sont ouvertes et closes par le Chef de l’Etat Français et ne peuvent excéder chacune un mois.

    Saisi par le Chef de l’Etat Français, il délibère sur la politique économique et financière commune avant le vote des lois prises en la matière par le Parlement de la France et, le cas échéant, par les assemblées législatives des autres membres de l’Empire.

    Le Sénat de l’Empire examine les actes et les traités ou accords internationaux visés aux articles 35 et 53 de l’actuelle Constition et qui engagent l’Empire.

    Il prend des décisions exécutoires dans les domaines où il a reçu délégation des assemblées législatives des membres de la Communauté. Ces décisions sont promulguées dans la même forme que la loi sur le territoire de chacun des États intéressés.
    Une loi organique arrête sa composition et fixe ses règles de fonctionnement.

    Article 10.

    Une Cour arbitrale de l’Empire statue sur les litiges survenus entre les membres de l’Empire.

    Sa composition et sa compétence sont fixées par une loi organique.

    Article 11.

    Par dérogation à la procédure prévue à l’article 89, les dispositions du présent titre qui concernent le fonctionnement des institutions communes sont révisées par des lois votées dans les mêmes termes par le Parlement de la France et par le Sénat de l’Empire.

    Article 12.

    La transformation du statut d’un État étranger en Etat associé à l’Empire ou en province Française d’Outre-Mer peut être demandée soit par la France, soit par une résolution de l’assemblée législative de l’État intéressé confirmée par un référendum local dont l’organisation et le contrôle sont assurés par les institutions de l’Empire. Les modalités de cette transformation sont déterminées par un accord approuvé par le Parlement de la France et l’assemblée législative intéressée.

    Article 13.

    Les accords particuliers conclus pour l’application du présent titre sont approuvés par le Parlement de la France et l’assemblée législative intéressée.

    Des accords d’association
    Article 14.

    La France ou l’Empire peuvent conclure indépendamment de l’Union Européenne des accords avec des États étrangers qui désirent s’associer à elle pour développer leurs civilisations.

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