Chronique d’une imposture annoncée : les électeurs d’Emmanuel Macron y croient encore (2ème partie).

8 Mai

Nous avons entamé, dans la première partie de cet article (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/08/chronique-dune-imposture-annoncee-les-electeurs-demmanuel-macron-y-croient-encore-1ere-partie/), la présentation de l’intéressante enquête d’opinion publiée à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du président de la République. Cette enquête a été menée par Ipsos-Sopra Steria, du 25  avril au 2  mai, pour le Centre de recherche de Sciences Po (Cevipof), la Fondation Jean-Jaurès et Le Monde. Elle a été réalisé par Internet auprès de 13 540 personnes qui composaient l’échantillon électoral suivi par le Cevipof depuis décembre  2015. En voici la suite dans ses aspects davantage qualitatifs.

Ainsi, dans leur rapport à Emmanuel Macron, les Français peuvent être classés en trois catégories de poids inégal. Il y a 33 % de «  passionnés « , 39 % de  » détracteurs  » et 28  % de  » partagés  » (le traditionnel Marais, souvent opportuniste, si caractéristique de la société française depuis la Révolution). Au-delà de leur poids respectif, ce sont les profils très différents de ces catégories qui sont intéressants.

Les  » passionnés  » apprécient chez le président «  à la fois son action et sa personnalité « , un peu comme Christophe Castaner qui révélait, dès le début du quinquennat, la passion que générait en lui la personnalité d’Emmanuel Macron (ajoutant sans pudeur  » et en plus…il est beau « . Qui sont ces supporteurs enthousiastes – et, il faut le souligner, plus nombreux que les électeurs du premier tour du candidat Macron ? Démographiquement, ils sont plutôt âgés : 37 % chez les plus de 65 ans contre 33 % en moyenne. Sociologiquement, ils sont nettement plus aisés (42 % de cadres supérieurs, 48 % gagnent plus de 6 000  euros par mois) et nettement plus diplômés (40  % des bac + 4 ou plus contre 25  % seulement des sans diplôme). Géographiquement, on les trouve davantage dans le Grand-Ouest – Pays de la Loire (35 %) ou la Bretagne (36  %)- mais à peine plus dans les grandes villes que dans le rural (2 points de différence seulement).

Electoralement, ce sont ceux qui ont évidemment voté pour Macron mais ils se recrutent aussi beaucoup chez les électeurs de Fillon (42  %) et même, de manière non anecdotique, chez les électeurs de Le Pen (16 %), Hamon (16 %) et Mélenchon (13  %). Ce qui séduit les  » passionnés « , plus encore que la moyenne des Français ? Dans l’action, la réforme de la SNCF (+ 22 points que la moyenne) et du code du travail (+ 11 points). Et dans l’image, la présidentiabilité, l’efficacité, la bonne image portée de la France à l’étranger, l’honnêteté et la sympathie.

En face d’eux, il y a les  » détracteurs « . Ce sont les opposants, un peu plus nombreux et tout aussi déterminés, qui rejettent  » à la fois son action et sa personnalité « . Leur profil  est, de manière fascinante, le symétrique rigoureusement inversé des supporteurs : plutôt jeunes (42 % des 18-24 ans contre 39 % en moyenne) ou âgés de 50 à 64 ans (42 %), employés ou ouvriers (44  % et 45  %), habitant la Franche-Comté (47  %) et l’Auvergne (47 %, avec un effet Wauquiez évident), peu diplômés (46 % des sans diplôme), dotés de revenus parmi les plus modestes (51 % de ceux dont le foyer gagne moins de 1 250  euros et 43  % de ceux qui gagnent entre 1 500 et 2 000  euros), électeurs de Mélenchon (58 %), Hamon (50  %) et Le  Pen (58  %).

Ce qu’ils rejettent, davantage que la moyenne des Français ? Dans l’action, la hausse de la CSG mais, plus significativement, la réforme du code du travail (+ 11 points) et de la SNCF (+ 7 points). Et dans l’image, tout particulièrement, d’être peu sympathique, une forme de mépris et la faible capacité à comprendre les problèmes des gens. En un mot, une distance de classe.

Entre les passionnés et les détracteurs, se trouvent les  » partagés « . Ces 28  % de Français dichotomiques se divisent eux-mêmes en deux sous-catégories. D’un côté, ceux qui apprécient  » sa personnalité mais pas son action  » pèsent 18  %. Ce qu’ils apprécient tout particulièrement, c’est la bonne image de la France portée à l’étranger (+ 10  points par rapport à la moyenne), la modernité (+ 9 points), la présidentiabilité (+ 8 points) et l’énergie (+ 8 points).

Ces dimensions personnelles, vectrices de fierté, viennent atténuer une action politique jugée négativement. Et elles permettent d’agréger sur un spectre large – même si c’est la gauche qui est davantage concernée : aux alentours du quart des électeurs de Mélenchon et de Hamon, et environ 15  % des électeurs de Fillon et de Le Pen se situent dans cette catégorie.

Il y a, d’un autre côté et à l’inverse, ceux qui apprécient «  son action mais pas sa personnalité « . Ils pèsent 10  %. Ils se recrutent davantage à droite, comme en témoigne leur positionnement sur une échelle gauche-droite. Ils apprécient de ce fait plus significativement que la moyenne la réforme de la SNCF (+ 15 points) mais, aussi, un contrôle accru des chômeurs (+ 9 points) et l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (+ 7 points). Ils n’aiment pas la personne de Macron, mais reconnaissent et apprécient plus que la moyenne sa capacité à vouloir changer les choses, la bonne image de la France portée à l’étranger et une manière différente de faire de la politique.

En définitive, trois enseignements peuvent être tirés. Le premier concerne le positionnement du président de la République et la forte séduction exercée sur les électeurs de François Fillon. Entre les 42  % de  » passionnés  » et les 31  % de  » partagés « , seuls 27  % des électeurs de l’ancien premier ministre se classent dans les  » détracteurs «  – c’est dire l’étroitesse de la cible visée par Laurent Wauquiez.

Le deuxième concerne le jeu de l’action politique et de l’image personnelle du chef de l’Etat. 43  % des Français apprécient l’action d’Emmanuel Macron, 57  % ne l’apprécient pas. 51  % apprécient sa personnalité, 49  % ne l’apprécient pas. C’est donc plus son action qui divise et sa personnalité qui rassemble.

Le troisième explique le succès relatif, un an après, du projet présidentiel : au-delà du premier cercle de supporteurs – qu’il a élargi –, il a réussi à conserver dans un second cercle des électeurs de gauche qui apprécient sa personnalité et des électeurs de droite qui approuvent son action….Cela porte un nom :

Le grand écart

Le 8 mai 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “Chronique d’une imposture annoncée : les électeurs d’Emmanuel Macron y croient encore (2ème partie).”

  1. Hervé J. VOLTO mai 8, 2018 à 1:28 #

    Exellante analyse !

    Pour ma part je me situe exactement chez ceux qui apprécient  » son action mais pas sa personnalité « . Plutôt à droite, ils apprécient de ce fait plus significativement que la moyenne la réforme de la SNCF (+ 15 points) mais, aussi, un contrôle accru des chômeurs (+ 9 points) et l’évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (+ 7 points). Ils n’aiment pas la personne de Macron, mais reconnaissent et apprécient plus que la moyenne sa capacité à vouloir changer les choses, la bonne image de la France portée à l’étranger et une manière différente de faire de la politique, n’ayant pas peur de se déclarer Royaliste et d’en appeller à une normalisation des rapports entre le gouvernement et l’Eglise Catholique.

    Où es trouve donc l’imposture ? Si Emmanuel Macron est vraiment Royaliste, il est cependant Orléaniste. Et pas du CRAF… Non, de la NAR ! Philippe de Villers pourra-t-il l’aider à jeter de nouveau un pont entre les Français et l’idée de Royauté, comme avant lui le Général de Gaulle ?

  2. Hervé J. VOLTO mai 9, 2018 à 8:29 #

    Beaucoups d’amis Royalistes me conctactent et me rappellent que la Monarchie de Juillet (1830-1848) fut une Monarchie assises sur la pensée maçonnique. Je m’explique : ce sont les francs-maçons qui ont voulu et suscité la Monarchie de Juillet. Emmanuel Macron dirige-t-il la France vers une nouvelle Monarchie de Juillet ?

    Marie-Julie Jahenny (1850-1941) est une voyante Catholique Bretonne de Blain, près de Nantes, qui eu des extases et porta les stigmates du Christ. Ses visions révélèrent des catastrophes pour notre France contemporaines mais aussi le retour d’un Roi pour sauver l’Eglise et notre Patrie.

    Marie-Julie jahenny, dans plusieurs de ses extases, a annoncé ce Grand Monarque et le nommait HENRI V DE LA CROIX : ce ne seraient pas les Prétendants que l’on nous présente aujourd’hui qui sont appellés à siéger sur le Trône de France. C’est un Roi caché, Roi Blanc, Roi du Sacré-Coeur, Roi du Miracle, maintenu miraculeusement en réserve pour la régénération future de la France et de la Chrétienté. Son identité exacte, jusqu’à l’heure où Dieu lui demendera de remonter sur le Trône de ses ancêtres pour sauver l’Eglise et la France, est un secret ET DOIT LE RESTER. Il mènerait en attendant une vie retirée et Pénitante…

    Cette dernière prophétie semble confirmer et appuyer le mouvement Provientialiste parce que le Grand Monarque annoncé serait inconnu jusqu’au dernier moment. Il est précisé qu’il y aurait auparavant un faux Roi dont il faudrait se méfier. Dieu a-t-il pour projet d’autoriser un Roi de choix humain pour mettre fin à l’idée républicaine, ce avant de restaurer Son véritable Lieutenant Royal ?

  3. Hervé J. VOLTO mai 9, 2018 à 12:48 #

    Têtes d’affiche, joueurs d’échecs, hommes de l’ombre… Derrière la réforme des institutions lancée par Emmanuel Macron se cachent 21 personnages clefs dont l’opinion publique aimerait voir dresser le portrait.

    Très attendu, le projet de loi constitutionnelle est présenté aujourd’hui mercredi 9 mai 2018 en Conseil des Ministres. Dans la foulée, le président du Sénat Gérard Larcher convoque une conférence de presse pour réaffirmer ses positions et fixer ses lignes rouges. Dans le même temps, les députés consacrent une séance de questions à la réforme des institutions.

    Bien malin qui peut deviner la fin… La réforme des institutions est un long feuilleton qui commence. Annoncé par Emmanuel Macron en juillet 2017 devant le Congrès de Versailles, le projet voit aujourd’hui sa première traduction concrète : la révision constitutionnelle est sur la table du Conseil des ministres.

    En tout, trois textes seront présentés. Courant mai, ce devrait être au tour des projets de lois organique et ordinaire. Le deuxième texte prévoit la réduction de 30 % du nombre de parlementaires (404 députés contre 577 aujourd’hui, 244 sénateurs contre 348) et l’interdiction du cumul des mandats dans le temps au-delà de trois mandats complets identiques et consécutifs, à l’exception – large – des maires de communes de moins de 9 000 habitants. Le troisième instaure une dose de proportionnelle de 15 % aux élections législatives et prévoit le redécoupage de la carte électorale, qui se fera par ordonnances.

    L’exécutif espère que ce « pack » de trois textes sera voté en première lecture par le Parlement d’ici au 4 octobre, date anniversaire des 60 ans de la Constitution. On attend de voir…

  4. Hervé J. VOLTO mai 9, 2018 à 12:54 #

    Un dernier pour la route…

    Dans l’attente, le Royalisme n’est pas uniquement le fait de l’appartenance aux milieux traditionnels et conservateurs mais pour ses partisans, il consiste avant tout en une ambition pour la France : la volonté de redonner au pays sa position hégémonique qu’elle a eu jusqu’au début du siècle passé, sa vocation de Fille Aînée de l’Eglise et d’Educatrice des Pauples, de retrouver un Monarque apte à enclencher de grands projets, celle aussi de sortir du jeu des partis et de la politique à court terme qui caractérise, pour les Royalistes, l’exercice du pouvoir des hommes politiques de la république. Le Royalisme se pose pour certains de ses partisans comme une opposition au nouvel ordre mondial par le renforcement de l’État face aux institutions supranationales qui empiètent sur les libertés fondamentales des peuples…

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