Le Nouveau Djihad (est) en Occident.

15 Mai

Au lendemain du treizième attentat meurtrier perpétré, depuis 2015, dans notre pays par un islamiste, les hasards de la librairie nous permettent de vérifier et de conforter notre opinion, sans cesse énoncée ici, sur le djihad.

Le sociologue Farhad Khosrokhavar vient en effet de publier une somme sur le sujet, intitulée Le Nouveau Jihad en Occident, qu’il faut absolument lire si vous voulez comprendre non seulement ce qu’il nous arrive mais, mieux encore, ce qui se prépare et comment y faire face.

 

A tous ceux qui pensent que l’explication du djihadisme, c’est ceci ou c’est cela, et uniquement ceci ou uniquement cela – que ce soit l’islam, le salafisme, la pauvreté, le retour du refoulé post-colonial, les réseaux sociaux et la violence en accès libre, ou encore l’échec du modèle éducatif et de la cellule familiale –, on conseille tout particulièrement la lecture de cet ouvrage.

Car ils comprendront enfin que l’on a affaire, avec le djihadisme, à un «  fait social global « , comme il s’en produit moins d’une demi-douzaine par siècle. Un phénomène d’une telle ampleur qu’il mérite mieux que des propos de comptoirs ou de plateaux télévisés et tellement mieux que les prétendues certitudes de nos responsables politiques et de leurs complices des médias officiels. Peut-être alors, ces commentateurs du dimanche saisiront-ils l’ampleur de la tâche de ceux qui, comme nous, s’attachent à comprendre, cerne, décrire ce phénomène et tentent de lui apporter des réponses protectrices. Peut-être cesseront-ils de promettre d’éradiquer le djihadisme en un mandat politique, ou arrêteront-ils de faire croire qu’on peut déradicaliser (1) ces fous d’Allah. Peut-être étudieront-ils enfin le djihadisme comme certains ont étudié le nazisme ou le communisme depuis un siècle, avec le même sérieux théorique et les mêmes moyens empiriques au lieu de se contenter de le qualifier de  » radicalisme religieux « .

Le Nouveau Jihad en Occident, de Farhad Khosrokhavar, est aujourd’hui  un jalon essentiel dans cette incontournable réflexion. Il est l’ouvrage le plus complet sur la naissance et l’essor d’un djihadisme propre à l’Occident, parallèlement – ou plutôt en écho – à celui qui agite le Moyen-Orient depuis les années 1970.

Qu’est-ce donc que le djihadisme pour l’auteur ? C’est une interprétation radicale de l’islam politique qui place la violence et le combat au centre de son action en vue de l’instauration d’un Etat idéal répondant aux préceptes de l’islam des origines interprété de manière littérale et extrême.

Dès le préambule de l’ouvrage, l’auteur démonte en quelques pages neuf idées reçues trop souvent entendus et répétés sur le djihadisme. Il fait notamment un sort, en un paragraphe précis et concis, au débat «  radicalisation de l’islam ou islamisation de la radicalité « , qui a vu s’affronter pendant un moment Gilles Kepel et Olivier Roy dans les journaux et sur les ondes. Il y revient plus tard en réfutant l’interprétation nihiliste du djihadisme, tout comme en réfutant tout lien automatique entre salafisme et djihadisme.

Pour analyser ce «  fait social total « , Farhad Khosrokhavar recourt à plusieurs outils et niveaux d’analyse : la sociologie urbaine, la géographie des migrations, les analyses nationales, l’anthropologie de la famille, la psychopathologie des acteurs, la philosophie politique, les études proche-orientales, les études des formes de sociabilité, etc. Il en ressort  » l’impossibilité d’établir un profil unique «  tout comme celle, pour une approche unique, de résumer à elle seule le phénomène. Ce qui revient à faire le constat que  » être musulman est le début de la problématique « .

 » Sur 22 pays européens, l’impact de la richesse, du chômage, la taille de la communauté musulmane, l’éducation, la forme de la démocratie et la position idéologique des gouvernements sur les jihadistes en Syrie et en Irak ont été analysés et la seule variable qui semble avoir eu une influence significative aurait été la taille de la communauté musulmane « , note Farhad Khosrokhavar. Mais même l’usage des statistiques se révèle controversé, qu’il s’agisse du milieu social d’origine, de l’efficacité respective des démocraties et des régimes autoritaires, ou de la corrélation entre criminalité et djihadisme : tout dépend de l’échantillon choisi, de ce que l’on considère comme une attaque djihadiste, etc.

Dans son analyse du djihadisme en Occident, Farhad Khosrokhavar considère que la proclamation du califat de l’organisation Etat islamique (EI), en  2014, constitue une rupture majeure. En s’inscrivant dans un territoire et dans un projet d’Etat, l’EI a bâti une utopie concrète, plus attractive qu’Al-Qaida, qui assumait un recrutement élitiste et restreint. L’EI a fait du djihadisme un phénomène social de grande ampleur, qui perdurera au-delà de la défaite militaire de l’organisation en Syrie et en Irak et de la destruction de son proto-Etat. Par ailleurs, l’EI, par le truchement de sa communication sur les réseaux sociaux et par son adaptation aux règles de la mondialisation, a décuplé son influence auprès du public musulman en Europe et en Occident. Enfin, son idéologie, qui mêle eschatologie messianique, totalitarisme et réponse aux situations de domination et aux dérives de la mondialisation et à la perte de sens ou de repères se présente comme une réponse globale, d’autant plus difficile à combattre.

L’ouvrage de Farhad Khosrokhavar s’appuie sur de nombreuses études de cas (sur la prison, le monde urbain, l’école, la famille, les dynamiques de groupes, les fratries). Il se termine par un passage en revue des dynamiques nationales spécifiques à la France, la Belgique, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les pays scandinaves, le Balkans et l’Amérique du Nord.

Nous vous proposons l’analyse d’un des points essentiels de l’ouvrage, consacré au lien avec les banlieues et dont vous pourrez constater à quel point ils se rapprochent de ce que le Conseil dans l’Espérance du Roi ne cesse d’affirmer depuis plus de six ans maintenant (2).

 En Europe, l’un des facteurs significatifs, voire essentiels, de la radicalisation djihadiste est la ville (ce qui peut paraître paradoxal pour une prétendue religion née dans les steppes arabiques…).

Mais pas n’importe quelle ville. On peut parler en l’occurrence de l’urbain  » djihadogène « , qui engendre le djihadisme. L’avant-dernier cas d’attaque au nom du djihad, celui de Radouane Lakdim, l’auteur des attentats de Carcassonne et de Trèbes, le 23  mars, pointe son origine vers la cité Ozanam de Carcassonne. Quant à Khamzat Azimov, un Tchétchène de 20  ans, naturalisé français en  2010, qui a poignardé cinq personnes à Paris samedi 12  mai, il a grandi dans le quartier populaire d’Elsau, à Strasbourg.

Cependant, dans la quasi-totalité des pays européens, il existe des quartiers où le nombre de départs de jeunes vers la Syrie (exo-djihadistes) ainsi que celui des adeptes du djihadisme intérieur (endo-djihadistes) sont beaucoup plus élevés que la moyenne nationale. Le procès des survivants d’une vingtaine de jeunes de Lunel (Hérault) ayant rejoint la Syrie entre 2013 et 2015 est un cas dont on voit la reproduction dans d’autres pays européens, sous des formes plus ou moins similaires. A Lunel, c’est la cité HLM d’Abrivados qui a vu une partie significative des jeunes se laisser endoctriner par la prétendue  » guerre sainte « , dans sa version la plus extrême.

La concentration djihadiste dans certains quartiers peut être due à deux types d’effets distincts. D’une part, parce qu’au sein de ces quartiers, les jeunes ont pu se connaître par des réseaux formels ou informels, des amis ou des membres de la famille avec leurs embranchements et leur extension ; le quartier peut être de classes moyennes, sans signe apparent d’indigence pour les candidats à la guerre sainte ; ce type de quartier, ainsi que les vocations des classes moyennes, sont largement minoritaires en Europe.

D’autre part, en raison de la spécificité de la structure urbaine : la concentration de jeunes d’origine ethnique similaire (en France, l’Afrique du Nord ; en Grande-Bretagne, le Pakistan et le Bangladesh ; en Belgique, le Maroc…) avec ses rites et ses violences chez une partie de la population ; le développement d’une économie souterraine illégale (qui attire une partie de la jeunesse et prédispose à toute forme de transgression par rapport aux normes en vigueur) ; un taux de chômage beaucoup plus élevé que le taux national (à Lunel, aux alentours de 20  %, et le double pour les jeunes d’origine immigrée) ; un taux de déscolarisation fort élevé ; un taux de délinquance très supérieur à la moyenne nationale ; un sentiment de stigmatisation suraiguë chez les jeunes garçons ; une structure familiale éclatée – familles patriarcales décapitées, monoparentalité et instabilité familiale avec le développement de la violence au sein de la famille et placement en foyer des enfants (les familles Merah, Memmouche…) ; un sentiment de stigmatisation, amplifié par le comportement  » agressif  » des jeunes exclus qui se sentent victimes de la société ; l’enclavement du quartier, qui est plus ou moins séparé de la ville pour des raisons parfois objectives (l’absence de ligne de métro ou de bus) et surtout imaginaire (une ligne de démarcation mentale sépare souvent le quartier des autres zones urbaines environnantes et éveille chez ces jeunes le sentiment d’une double humanité où la communication serait impossible).

Ils intériorisent l’exclusion sociale et en font un principe identitaire ainsi qu’un mode de vie. A son tour, la victimisation accentue l’exclusion et devient un facteur aggravant, dans la mesure où l’individu se sépare de la société et ne tente plus de s’y insérer. Il s’agit dans la majorité des cas d’un individu d’origine immigrée avec un arrière-plan qui en fait un laissé-pour-compte ou quelqu’un qui souffre de la  » privation relative  » (notamment dans les pays scandinaves) ou de la pauvreté et qui, en même temps, est traité comme culturellement inférieur, étant souvent économiquement marginalisé, s’excluant aussi dans un rapport antagonique à la société par la déviance, l’appartenance aux gangs ou à des groupes plus ou moins hors la loi.

Cette structure urbaine  » banlieusarde  » ou celle des quartiers enclavés, pauvres et  » ségrégués  » au sein de la grande ville (comme à Waltham Forest, à Londres) favorise dans de nombreux cas le djihadisme. Ce modèle n’est pas uniquement français. On le rencontre aussi en Allemagne (entre autres, le quartier Lohberg, à Dinslaken), en Suède (à Malmö, dans le quartier de Rosengärd), en Belgique (à Molenbeek et à Vilvorde), au Danemark (à Copenhague, la cité de Mjolnerparken et le quartier Norrebro), aux Pays-Bas (Overtoomse Veld, à Amsterdam), etc…

Ces individus vivent une situation ambivalente de n’être ni français (ni allemand, anglais, belge…) ni arabes (ni pakistanais, marocain…). Ils se disent enfermés dans leurs origines et, de plus en plus, dans l’islam, comme une caractéristique dégradante qui accentue leur déphasage, voire leur rejet. Mais, diable, que viennent-ils faire chez nous ou pourquoi n’en partent-ils pas ? Qui pose réellement cette question à part le CER ?

En réaction, ils développent des caractéristiques qui accentuent leur non-citoyenneté par l’agressivité, une gestuelle perçue comme menaçante par les autres, des manières d’être qui sont considérées comme provocatrices et qui le deviennent avec le temps, l’insertion dans des groupes déviants et dans une attitude de défiance vis-à-vis des autres citoyens. En ce qui concerne le langage, ils développent leur propre argot au sujet des gens du pays dont ils ne font pas partie, comme  » babtou  » (le Blanc),  » gaouri « … Racisme et contre-racisme se mêlent inextricablement dans un jeu de miroirs. Le passage au djihadisme leur restitue, sur le plan imaginaire, la fierté, voire la dignité, en opposition à la société, légitimant la violence aveugle contre celle-ci.

Quelquefois, on observe l’association de deux villes ou d’une ville et d’une agglomération qui font tandem dans le djihadisme : on peut citer plusieurs cas de cette nature en France (comme Toulouse-Artigat et Cannes-Torcy) et en Angleterre. Souvent, la proximité d’un quartier pauvre et d’un quartier riche peut donner lieu à des formes de frustration et de jalousie favorisant le djihadisme, en partie fils prodigue des razzias d’antan. Il n’y a certes pas de causalité stricte, mais ce phénomène urbain se retrouve au sein de nombreuses villes européennes où a sévi le djihadisme. C’est le cas de North Kensington, où se trouve la Grenfell Tower qui a pris feu le 14  juin 2017, causant 79 morts. Ce quartier fait partie des 10  % de quartiers les plus pauvres en Angleterre, mais il côtoie dans le même temps des quartiers cossus où se trouvent des hôtels particuliers achetés par des propriétaires étrangers qui les habitent rarement. C’est aussi le cas des logements sociaux dans des arrondissements parisiens en voie de gentrification comme le 19e  arrondissement, dont sont issus les membres de la filière des Buttes-Chaumont (la Cité moderne). C’est aussi le cas des jeunes de Molenbeek, en Belgique : dans ce district, la pauvreté jouxte d’autres quartiers en voie de gentrification. On retrouve ce même phénomène à Nice avec le quartier de l’Ariane. Démontrant que la pauvreté n’est pas le seul critère de la radicalisation : beaucoup de djihadistes sont en effet issus de milieux relativement aisés et cultivés. Et tout ceci se réalisant avec la complicité voire la volonté électoraliste de beaucoup de nos édiles. Le plus triste et catastrophique exemple étant celui de Philippe Moureaux, ex-maire socialiste de Molenbeek (Belgique).

L’histoire du dernier demi-siècle peut aussi jouer un rôle significatif. A Nice, le repli des membres du Front islamique du salut et, par la suite, du Groupe islamique armé dans les années 1990 a eu un impact important sur l’endoctrinement, voire la radicalisation, d’une part de la population d’origine immigrée dans la décennie suivante. Même si la ville n’explique pas tout, la plupart des djihadistes européens proviennent de zones, de villes ou de régions relativement bien circonscrites dans l’espace. Ce sont des  » hotbeds « , c’est-à-dire des creusets du recrutement djihadiste qui démontre, s’il en était besoin, les dangers de l’accueil généreux dans notre pays de tous les refoulés et autres haineux de la rive sud de la Méditerranée.

Le recrutement des djihadistes peut se faire aussi, comme nous l’avons dit, dans des quartiers de classes moyennes, mais là, ce sont le mal-être des jeunes des couches moyennes, l’absence d’utopie, la crainte du déclassement social et un individualisme souvent atomisé et anomique qui sont à l’origine de la radicalisation d’une jeunesse qui ne peut plus se référer à des idéaux d’extrême gauche pour se donner une vocation héroïque (entre 8 % et quelque 20  % selon les pays européens). Dans ce dernier cas, l’urbain ne joue pas le même rôle que dans le cas des quartiers banlieusardisés.

En résumé, l’Europe est malade de ses banlieue dans lesquelles elle a commis non seulement l’erreur mais la faute d’accueillir et d’entasser des millions d’immigrés qui y ont importé leurs croyances, leurs coutumes et leur art de vivre sans rapport avec les nôtres, enracinés dans plus de 2000 ans d’histoire. Et qui, de surcroit, s’y reproduisent…Il ne s’agit pas seulement d’un populicide mais c’est aussi un crime contre notre humanité.

Dès lors, vous comprendrez pourquoi nous affirmons qu’il est impératif de réduire drastiquement le nombre de musulmans dans notre pays pour réduire à la fois le nombre des «  déséquilibrés  » (nouvelle appellation des djihadistes), des antisémites  et…des terroristes !

(1) Lire « Pourquoi la déradicalisation est une vue de l’esprit » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/02/15/pourquoi-la-deradicalisation-est-elle-une-vue-de-lesprit/) et aussi « Les mesures décoiffantes d’Edouard Philippe pour lutter contre la radicalisation islamique » (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/02/24/les-mesures-decoiffantes-dedouard-philippe-pour-lutter-contre-la-radicalisation-islamique/).

(2) Autant dire combien la lecture du blogue du CER est un acte de salubrité publique !

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2 Réponses to “Le Nouveau Djihad (est) en Occident.”

  1. Hervé J. VOLTO mai 15, 2018 à 9:21 #

    Une seule solution : la fin de la Laïcité…

    Niisalmique, ni laïque, la Frances est Catholique !

    Civitas demande donc l’abrogation de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat et le rétablissement du Catholicisme comme religion d’Etat pour l’instauration du règne social du Christ Roi.

    Ceci implique donc de fait l’abrogation de tous les protocoles signés entre l’Etat (ou l’un de ses ministères) et des associations de type communautariste (LGBT, CRIF, LICRA,…) qui sont, de par leur nature même, opposées directement au règne du Christ Roi.

    Face à la violence sournoise qui sévit partout, contr l’âme de nos enfants, contre les Catholiques, contre les traditions de notre Pays, contre son Histoire, contre la sécurité et l’honneur de la France, nous, Royalistes, nous devons opposer SANS RELACHE nos valeurs Chrétiennes, familaiels et partiotiques.

  2. Hervé J. VOLTO mai 15, 2018 à 9:26 #

    Quand le Président de la République arrive à dire « il n’y pas de culture Française, il y a une culture en France », on voit qu’il ne connaît pas l’histoire Catholique et Royale de la France. Une culture en France ? si c’est une culture de comptoir, alors un Bourbon, sinon rien.

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