Tous responsables ou tous complices ?

17 Mai

Un collectif rassemblant les anciens délégués interministériels à la sécurité routière mais récemment organisé par les services du Premier ministre soutient sa réforme de limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires sans séparateur de voie. Ces bonnes âmes prétendent que la mesure contribuera à réduire la mortalité sur les routes et en ont fait l’objet d’une tribune publiée dans Le Monde du 17 mai 2018 (http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2018/05/14/80-km-h-une-mesure-qui-permettra-d-epargner-tous-les-ans-entre-300-et-400-vies_5298399_3232.html).

Voyons d’abord leurs arguments auxquels nous répondrons ensuite.

 » Depuis 1954, près de 850 000 personnes ont été tuées sur nos routes, et environ 8 500 000 gravement blessées, mais cette cause a progressé pas à pas « , nous disent-ils, ce qui n’est évidemment pas faux. Ajoutant aussitôt que  » Quand des femmes et des hommes politiques courageux, de tous bords politiques, ont pris les décisions qu’au nom de la science et de la connaissance, et avec l’aide d’associations de victimes, nous leur avons proposées à tour de rôle : limitations de vitesse, taux d’alcoolémie maximal autorisé pour conduire, obligation du port de la ceinture de sécurité, du casque pour les motards, permis à points, installation de radars automatiques, etc. Ces décisions ont pourtant été critiquées, vilipendées, attaquées, toujours avec les mêmes arguments :  » encore une liberté de moins « ,  » ça va tuer encore plus de gens « ,  » la vraie mesure à prendre, c’est… « ,  » c’est seulement pour renflouer les caisses de l’Etat « ,  » nous avons atteint un plancher « ,  » il y a des problèmes qui provoquent beaucoup plus de morts que ça « ,  » à ce compte-là, vous feriez mieux d’interdire les voitures « …Ce qui n’est pas faux non plus ! Y compris du point de vue des détracteurs de ces mesures…

Alors, ledit collectif enfonce le clou : « La décision de baisser la vitesse maximale à 80  kilomètres/heure sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central s’inscrit totalement dans cette lignée de grandes décisions. » Excusez du peu.

Et ils ajoutent une pincée d’argumentaire pseudo-scientifique (car quelle revue scientifique accepterait, dans une publication, des statistiques d’une aussi maigre consistance ?) en affirmant que près de 500 cas d’abaissement de la vitesse moyenne dans le monde occidental auraient démontré  » qu’en baissant de 1 % la vitesse moyenne pratiquée sur une route, on diminue mécaniquement de 4,6  % le nombre des tués.« 

Et, par conséquent, d’en tirer la conclusion suivante : ces résultats confortent  » les données qui ont conduit les accidentologues du Conseil national de la sécurité routière à préconiser une mesure qui permettra d’épargner tous les ans entre 300 et 400 vies et de réduire notablement le nombre des blessés graves. Trois cents à 400 vies ! (…) La décision du premier ministre et de son gouvernement va dans le sens de l’histoire de la Sécurité routière, c’est-à-dire d’une belle réussite collective : tous responsables. » Fermez le ban !

Mais , comme souvent dans cette république, la vérité est ailleurs. Et nous l’avons révélée il y a dix jours à peine (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/08/chronique-dune-imposture-annoncee-les-electeurs-demmanuel-macron-y-croient-encore-1ere-partie/). Car voici ce que nous écrivions ici même :  » La plupart d’entre eux (les Français) n’ont pas compris, par exemple, la véritable signification de cette pseudo-mesure de prévention du gouvernement. Elle est pourtant simple (pour ne pas dire simpliste). L’état des routes françaises ne cesse de se dégrader depuis des années sans que rien ne soit fait en leur faveur, pour de simples raisons financières (https://www.senat.fr/rap/r16-458/r16-4581.pdf). La sécurité des usagers s’en trouve donc de plus en plus gravement menacée et, principalement, sur les routes secondaires en question, risquant de mettre en cause la responsabilité des autorités. On a donc décidé de maquiller sous l’apparence d’une décision de sécurité routière bénéfique l’incurie des pouvoirs publics ! Mais, en prime, de récolter par les amendes qui vont pleuvoir les subsides manquants…Un archétype de la politique du  » en même temps « . Pauvres naïfs.« 

En voulez-vous la preuve ? En voici…deux !

La première est l’annonce subreptice d’Elisabeth Borne, ministre des transports, du déblocage par le gouvernement de 1 milliards d’euros pour rénover d’urgence les routes endommagées. Une annonce saluée par Pierre Chasseray, le directeur général de l’association 40 millions d’automobilistes : « C’est pas mal, cela va nous permettre de remettre les route en état. Car les budgets avaient baissé en moyenne de 20 %. Mais cela reste insuffisant, puisque le gros du territoire français, ce sont  les routes départementales et là, c’est le grand point d’interrogation. » Et ce n’est pas avec la diminution des budgets des collectivités locales que la situation va s’améliorer…On ne connaîtra cependant que début 2019 la liste des routes nationales qui auront le droit à un gros lifting.

La seconde est un reportage présenté par France Inter sur l’état de la route nationale 2 (de Paris à la frontière franco-belge), autrefois appelée « route de Flandre », qui nous livre le témoignage de quelques utilisateurs :

C’est une succession de nids de poule qui mettent à l’épreuve les amortisseurs. « Je la prends depuis 34 ans. C’est de pire en pire. il y a des trous partout. Ce qui est le plus dangereux, c’est quand il pleut : ça se remplit d’eau et c’est dangereux. Nos véhicules se dégradent », explique un automobiliste.

Même constat alarmant pour Cédric, conducteur de travaux et habitant de Milly-la-Forêt, qui fait le trajet trois fois par semaine en moyenne : « C’est tout pourri. Il y a plein de nids de poule. On est obligé de faire de gros écarts. Il y a beaucoup de camions en plus. La route est vraiment très détériorée. »

Au point que nombre de ces automobilistes qui empruntent la nationale 2 régulièrement ont constitué (eux aussi) un collectif et ouvert une page facebook pour recenser tous les incidents et même les accidents survenus sur cette route. Maxime, 31 ans, bagagiste à Roissy en est le responsable : « Tous les jours c’est minimum 5 dossiers, des jantes abîmées des pneus éclatés. Cela engendre des frais de 500 à 1 000 euros…« 

Des automobilistes qui empruntent la nationale 2 régulièrement ont monté un collectif pour recenser tous les incidents.

De son côté, l’association 40 millions d’automobilistes a lancé une pétition sur son site internet pour recueillir les doléances des automobilistes : 

Alors, comprenez-vous pourquoi Edouard Philippe a subitement découvert l’irrépressible désir de  » sauver 300 à 400 vies humaines  » ? La réponse est dans notre article du 8 mai dernier…

Ces gens-là sont des imposteurs.

Le 17 mai 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Tous responsables ou tous complices ?”

  1. Hervé J. VOLTO mai 24, 2018 à 3:00 #

    -Tous pourris (Henri Coston) !!!

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