Ebola : ce que nous avions prévu est en train de se produire en RDC.

18 Mai

Hippocrate refusant les présents d’Artaxerxès

Nous l’avions annoncé dans un article, il y a à peine une semaine, le virus Ebola est de retour en Afrique et, précisément en République démocratique du Congo (RDC). La fièvre hémorragique mortelle qu’il est capable d’engendrer n’était alors apparue que dans une zone rurale encore peu étendue du nord du pays mais sa contagiosité est telle que nous redoutions son extension à des zones urbaines à bien plus grand risque (). Hélas, c’est ce qui en train de se produire puisque la ville de Mbandaka ( plus d’un million d’habitants) est aujourd’hui touchée, ce qui rappelle la gigantesque épidémie de 2014-2015 en Afrique de l’Ouest car les bidonvilles y sont nombreux et difficilement pénétrables par les équipes sanitaires.

L’introduction du virus Ebola dans cette vaste zone urbaine et commerciale située sur les rives du fleuve Congo était le scénario le plus redouté. Mais il était malheureusement difficile de l’empêcher. «Mbandaka est à 150 km de Bikoro, soit moins de trois heures à moto. Il y a beaucoup d’échanges de marchandises et de personnes. Des flux qui sont difficiles à contrôler», décrit le Pr Éric Delaporte, membre d’une unité internationale de recherche de l’IRD, de l’Inserm et de l’université de Montpellier. Son unité est associée à l’Institut national de recherche biologique (INRB) de Kinshasa, chargé de surveiller et de diagnostiquer la fièvre hémorragique. Sur place, ses collègues déplorent la défaillance du système de surveillance. «Un cas suspect aurait traversé le lac avec sa famille pour aller mourir dans son village natal, rapporte-t-il. Il semblerait que les habitants soient réticents à participer aux enquêtes de surveillance, en raison notamment de la stigmatisation liée à Ebola

Les équipes de Médecin sans frontière (MSF) ont également confié que certains villages ne les avaient pas accueillis à bras ouverts. Même si le pays est habitué à Ebola – neuf épidémies ont frappé la RDC en quarante ans -, la population a peur. Craignant d’être placées à l’isolement en cas de fièvre, les personnes ayant été en contact avec des malades ne veulent pas être surveillées pendant 21 jours (la période d’incubation du virus).«Nous devons faire de gros efforts de sensibilisation auprès des communautés à propos de la maladie et adopter des mesures essentielles pour endiguer rapidement l’épidémie», précise sa responsable Axelle Ronsse.

Le déroulement de ce terrible scénario témoigne de ce que nous n’avons cessé de répéter tout au long de la précédente épidémie : cette maladie est redoutable par sa gravité comme par la facilité et la vitesse avec laquelle elle se transmet. Les risques de contamination à distance, y compris dans des pays extra-africains sont considérables du fait :

1/ des flux migratoires trans-méditerranéens que l’Union européenne persiste à ne pas vouloir réellement endiguer,

2/ de l’incurie des autorités aéroportuaires face à un transport aérien explosif de voyageurs risquant de transporter le virus en question. D’ailleurs, en 2015, nous avions rapporté une publication de la revue scientifique The Lancet (excusez du peu) qui traitait des exclusions aériennes et des stratégies de dépistage aux aéroports, destinées à l’Afrique de l’Ouest (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/11/15/dossier-ebola-troisieme-synthese/).

Nous attirions alors l’attention sur les précautions à prendre pour protéger nos populations, précautions sur lesquelles nous revenions il y a huit jours et qui consistent à 

 » mettre un terme immédiat à tout voyage de citoyens Congolais vers l’Europe. De quelque nature et par quelque moyen que ce soit.« 

Certes, un vaccin expérimental contre Ebola pourrait être déployé dès mardi 22  mai en République démocratique du Congo (RDC). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reçu le feu vert des autorités pour expédier les premières doses dans les prochains jours. Un pont aérien devra être mis en place pour acheminer les médicaments et les équipes jusque-là. L’un des grands défis logistiques est la chaîne du froid : le vaccin doit être conservé à – 80 0C et transporté dans des congélateurs adaptés. Une utopie.

Mis au point par le laboratoire pharmaceutique Merck en  2016, il s’est révélé efficace lors d’essais sur les humains, mais n’a pas encore reçu d’autorisation de mise sur le marché (AMM) car les preuves sont encore insuffisantes.

Ce vaccin ont été fabriqué par Merck à la suite d’un accord passé avec Gavi, une organisation internationale dont l’objectif est de favoriser l’accès des pays pauvres aux vaccins. En janvier  2016, elle s’était engagée à verser 5  millions de dollars au laboratoire américain en contrepartie de la création d’un stock d’urgence.  » Il est inquiétant de constater que le monde n’est toujours pas prêt à faire face aux nouvelles menaces sanitaires qui pourraient se présenter à l’avenir. Il faut absolument changer de mentalité et investir dès aujourd’hui dans la recherche et le développement pour assurer notre protection dans les années à venir « , avait alors déclaré Seth Berkley, le directeur de Gavi. C’était il y a deux ans…

Nos responsables politiques sont décidément toujours aussi brillants en matière de protection des populations ! Nous n’ajouterons que cette image explicite à notre réquisitoire :

Le 18 mai 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

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