Et voici une nouvelle espèce de MNA. Elle est dévastatrice.

23 Mai

En matière de mineurs non accompagnés (MNA) Paris a mangé son pain blanc car voici notre capitale bientôt submergée par les hordes de jeunes racailles, particulièrement violents, venus du Maroc (Lire « Les 25 000 mineurs marocains à la dérive finiront-ils tous dans nos rues ? » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/04/21/les-25-000-mineurs-marocains-a-la-derive-finiront-ils-tous-dans-nos-rues/).

Des hordes de gamins qui débarquent dans les rues du 18e  arrondissement, seuls, drogués, violents, le corps couvert de plaies et de brûlures, ne parlant pas un mot de français, semant la peur dans un quartier qui en a pourtant vu d’autres. En plus des milliers de sub-sahariens qui campent ici et là, défigurant notre capitale. C’est Paris, ex-ville Lumière, aujourd’hui.

Les premiers ont surgi il y a un an et demi, ils étaient une vingtaine ; ils sont repartis, quelques-uns sont revenus, de nouveaux sont arrivés, plus nombreux, ils sont une soixantaine aujourd’hui. Les plus jeunes ont 10 ans, les plus âgés prétendent avoir 17 ans (ils ont probablement plus).

Prise au dépourvu, la Mairie de Paris a tout tenté pour les approcher, comme on approche des bêtes sauvages : éducateurs, associations spécialisées dans la protection de l’enfance, solutions d’hébergement, lieux d’accueil ad hoc… Il ne manquait plus que les dompteurs du cirque Bouglione. En vain. Ils fuguent et retournent errer dans la Goutte-d’Or, où ils commettent des actes de délinquance pour le compte de petits réseaux locaux qui les rétribuent en cachets de Rivotril (un antiépileptique détourné de son usage). Ils sont arrivés shootés à la colle ; dans les rues de Paris, ils deviennent polytoxicomanes. Personne n’en savait plus sur leurs profils et les raisons de leur venue. Tout juste avait-on appris qu’il s’agissait de jeunes Marocains, pour la plupart mineurs, qui avaient transité par l’Espagne (qui s’empresse de s’en débarrasser de l’autre côté des Pyrénées). 

Un rapport de l’association Trajectoires, qui étudie le parcours des migrants et des réfugiés en Europe, apporte enfin des éléments de réponse. Commanditée par la Mairie de Paris il y a six mois, cette étude retrace le parcours de ces enfants qui vont et viennent d’une ville française à l’autre (Paris, Montpellier, Rennes, Brest, Bayonne…), d’un pays européen à l’autre (Suède, Danemark, Espagne, Allemagne, Belgique, France…), sans jamais se fixer.  » Ils se font jeter de pays en pays, ils traînent en Europe sans stratégie migratoire pensée, observe le sociologue Olivier Peyroux, coauteur du rapport. Ce sont les migrants les plus mobiles en Europe.  » Les plus  » abîmés  » aussi.

Contrairement à ce que l’on pensait, ce ne sont pas des enfants des rues du Maroc. La plupart ont des parents, et partent souvent à l’insu de ces derniers. Il suffit, paraît-il, de jeter un œil aux photos de jeunes garçons disparus et recherchés par leurs familles, épinglées au mur du commissariat du port de Tanger. Depuis cette ville sise aux portes de l’Europe, des centaines de mineurs tentent chaque mois de rejoindre l’Europe en s’agrippant aux essieux des cars de touristes qui embarquent sur les ferries à destination de Tarifa, localité andalouse située de l’autre côté du détroit de Gilbraltar.

La principale motivation de ces jeunes candidats à l’exil ? Les bonnes âmes prétendent que c’est pour  » Sauver maman  » ! Délocalisations, exode rural, travail des femmes, précarité… Leurs mères  » triment pour une misère «  dans des usines de textile, de décorticage de crevettes, de câblage automobile et aéronautique installées dans le pays par des industriels européens peu scrupuleux. Ils sont prêts à tout pour avoir une chance de mieux gagner leur vie sur le Vieux Continent et leur envoyer de l’argent (ndcer : snif ! snif !) . Mais quoi qu’il en soit,il n’est pas faux que  » Ces enfants incarnent le cauchemar de la mondialisation « , résume Olivier Peyroux.

Il est 17 heures dans la zone industrielle d’Al-Majd, située à l’est de Béni Makada, l’arrondissement le plus peuplé et le plus pauvre de Tanger. Des centaines de femmes déferlent soudain sur les trottoirs encore déserts une minute plus tôt : elles viennent de terminer leur journée de travail au sein d’ateliers de confection.Achouitex, Aricof, Alana Moda, Elta Conf, Salsabile, Azucena, Larimode, Espatex, Noryotex…sont leurs noms dont nous achetons les produits « pas chers » mais encore trop chers pour les malheurs qu’ils engendrent.

Beaucoup sont sous contrat avec les grandes enseignes européennes telles qu’Inditex (Zara), Mango ou l’autre géant espagnol, El Corte Inglés, qui ont installé leurs usines au Maroc à la fin des années 1990. Mais il y en a d’autres, comme les industries automobile, aéronautique et agroalimentaire françaises par exemple. Ces délocalisations ont créé une demande massive de main-d’œuvre peu qualifiée – et très bon marché – et ont accéléré l’exode rural. Les mineurs marocains du nord de la France et de la Belgique sont les enfants de cette immigration intérieure des campagnes vers les villes marocaines. Molenbeek ne s’en remet toujours pas…

Hakim habite encore Al-Haddad, situé au cœur de Béni Makada. Comme lui, la grande majorité des mineurs isolés originaires de Tanger ont grandi dans cet arrondissement, construit pour accueillir les petites mains venues des territoires ruraux et composé d’une succession de bidonvilles dortoirs en dur, sans infrastructures pour la jeunesse, ou si peu.

Chaque semaine depuis deux ans, Hakim risque sa vie pour traverser le détroit de Gibraltar, clandestinement. Il a 16 ans et un seul rêve :  » Partir « , quitter le Maroc et sa ville natale pour gagner l’Espagne, juste là, en face, à seulement 14 kilomètres, à portée de patera (petite barque) ou à trente-cinq minutes de ferry.

 » Ici, il n’y a rien pour moi, dit-il. Là-bas, je serai recueilli dans un centre pour mineurs, j’obtiendrai des papiers, puis un travail et je pourrai envoyer de l’argent à ma maman. «   » Là-bas « , c’est l’Europe. L’Espagne, la Suède, les Pays-Bas, la France, l’Italie, la Belgique ou l’Allemagne, qu’importe la destination finale. Hakim n’a pas de projet précis, juste le fantasme confus d’un avenir meilleur et l’espoir d’aider sa mère, ouvrière dans une usine de textile payée 1,20 euro de l’heure.

Souad, 51 ans, a tout découvert des projets de son fils, qu’elle réprouve. Sa voix s’étrangle lorsqu’elle évoque  » l’obsession de partir  » de son cadet. Son travail ?  » Le meilleur que j’ai jamais eu « , répond-elle, n’envisageant pas un seul instant de se battre pour un meilleur salaire.  » Il y a pire que la confection, ajoute-t-elle. Dans les usines de décorticage de crevettes, les employées sont payées au poids. Elles gagnent très peu et s’abîment tellement les mains qu’elles n’ont plus d’empreintes… « 

Dans la région de Tanger, entre 65 000  et 80 000 salariés, dont 90 % de femmes, -travailleraient aujourd’hui dans le prêt-à-porter, parfois jusqu’à seize heures par jour pour 1,50  euro de l’heure en moyenne, selon Olivier Peyroux.

Elles seront bientôt plus nombreuses encore : la Chine s’apprête à miser gros. En mars  2017, le Maroc a signé une convention avec le groupe chinois Haite pour l’édification d’un  » Shanghaï marocain « , inspirée des villes industrielles de la République populaire. Montant de l’investissement : 10  milliards de dollars (8,5  milliards d’euros) sur dix ans. Et autant de gamins en plus sur les routes trans-méditerranéennes…

Baptisée officiellement  » Cité Mohammed VI Tanger Tech « , elle accueillera quelque 200 entreprises opérant dans la construction automobile, l’industrie aéronautique ou encore le textile, et devrait créer plusieurs milliers d’emplois.  » Si, à long terme, la concurrence entre entreprises offrira peut-être de meilleures conditions aux salariés, à moyen terme, les conséquences sociales sont nombreuses et inquiétantes, souligne le -rapport de l’association Trajectoires. L’émigration des mineurs marocains en Europe en est l’un des symptômes. « 

L’irruption de la mondialisation dans une société conservatrice et patriarcale a  profondément bouleversé les équilibres familiaux. Dans ce nouveau monde urbain, les couples sont entassés dans des quartiers périphériques, les hommes sont au chômage, les femmes, jugées plus dociles et stables, travaillent pour une bouchée de pain, et les enfants se retrouvent livrés à eux-mêmes. La situation est encore plus difficile pour les divorcées ou les mères célibataires, dont les enfants sont souvent rejetés par l’entourage et par les pères.

Cela fait plusieurs jours et plusieurs nuits qu’Ayoub, Souleymane et Majid traînent du côté du port de pêche de Tanger, à quelques encablures de la zone des ferries en partance pour l’Espagne, protégée par des grilles de 2,50 mètres de haut et par les agents des douanes. Ils ont 15 ans environ et multiplient les tentatives depuis trois ans.

 » Il est fréquent que ces enfants quittent leur domicile une semaine ou plus, pour rester sur place et augmenter ainsi leurs possibilités, explique Khalid Ait-Boughouliden, éducateur spécialisé dans l’insertion professionnelle et la prévention de l’émigration des mineurs à Tanger. Ils rentrent ensuite chez eux pour se reposer quelques jours, et ils recommencent. « 

Chacun y va de sa stratégie. Les gamins tentent leur chance par petits groupes, entre copains. Certains choisissent de se poster aux stations-service bordant l’autoroute, où les camions de marchandises font le plein d’essence sur la route du port de Tanger Med, situé à 40 kilomètres au nord de la ville, l’un des principaux points de passage des mineurs. D’autres investissent les voies qui mènent aux villes autonomes espagnoles de Ceuta (à 78 kilomètres) et de Melilla (à 400 kilomètres). La plupart passent des mois, voire des années, à attendre une occasion de passer, des mois à  dormir régulièrement dans des squats, à mendier quelques pièces pour se nourrir, à mourir de froid la nuit et à  crever de trouille.

Alors,  » Pour tenir le coup, ils consomment des stupéfiants, raconte Faouzia Bouzzitoun, la directrice de l’association Hasnouna, spécialisée dans le soutien aux usagers de drogues. Les solvants sont les drogues les moins chères du marché, les seules qu’ils peuvent se payer.  » Tarif : 4 dirhams (environ 35 centimes d’euro) la bouteille d’un litre de colle, la  » drogue de l’attente « . Certains paient au  » bout de chiffon imbibé  » : 2  dirhams les quelques gouttes. Plus onéreux mais très prisé, le cachet de Rivotril, vendu à l’unité entre 35 et 60 dirhams (entre 3 et 5  euros). Hélas aussi, la plupart basculent dans la violence qu’ils importeront tout au long de leur périple migratoire.

 » C’est tout le processus migratoire qui est tragiquement destructeur, du début à la fin « , explique Claire Trichot, responsable territoriale, à Tanger, de l’ONG barcelonaise Casal dels Infants (travail social auprès des enfants dans les quartiers populaires).  » Pendant leur trajet, d’un pays à l’autre, les choses empirent, d’où leur état d’addiction lorsqu’ils arrivent à  Paris. « 

 » Cette appétence des jeunes pour l’Europe s’explique par (…) un désir d’accéder à un statut social mis en scène quotidiennement sur les réseaux sociaux par leurs amis (…) qui affichent leur réussite matérielle à travers l’achat de vêtements coûteux et/ou (…) en dévoilant des liasses de billets « , note le rapport de Trajectoires.

Déscolarisé depuis cinq ans, Amine, 17 ans, y croit dur comme fer, lui aussi. Six de ses copains sont partis en  2017, affirme-t-il, et plusieurs prétendent qu’ils vont bientôt revenir pour faire construire une maison à leurs parents.  » Partir est un défi qu’ils se lancent en groupe, commente Claire Trichot. Ils se racontent des bobards pour ne pas perdre la face et ne pas décevoir.  » 

Mais au train où se développe cette tragédie, l’enfer s’annonce pour tous. Ceux qui partent et se nourrissent d’illusion plutôt que d’acquérir des connaissances scolaires puis professionnelles. Et ceux qui doivent subir leur arrivée puis leurs méfaits sans pouvoir compter sur l’aide des pouvoirs publics.

Car le Maroc est un pays sûr et avec lequel notre pays entretient suffisamment de bonnes relations pour lui renvoyer vite fait tous ces gamins en déshérence. 

Le 23 mai 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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