Tout ça pour ça…

17 Juin

Ils sont là, assis sur leur canapé, une main dans le bol de chips l’autre tenant la bouteille de Kronembourg, et ils interpellent les joueurs qui, bien sûr, ne les entendent pas : « Mais passe à droite ! Tire ! Et l’arbitre, il fait quoi ? Il siffle pas la faute ? Mais il faut faire entrer Giroud ! Qu’est-ce qu’il attend, Deschamps ? » Et patati et patata.

« C’est connu, on est 67 millions de sélectionneurs dans l’Hexagone », reconnaît l’écrivain Philippe Delerm dans LE PARISIEN. Passionné de football (eurs), il donne son avis sur ceux qu’il appelle « les Bleus » qui, hier à midi, ont donc affronté l’Australie – leur entrée dans la Coupe du Monde. Une équipe qui ne plaît pas vraiment à l’auteur de La Première gorgée de bière… Enfin : « pas encore », dit Philippe Delerm… « J’attends d’elle l’affirmation d’un vrai style et j’aimerais voir Fékir à la place de Pogba ! » La belle affaire…Car, franchement, qu’est-ce que nous en avons à faire du « Franco-Algérien » Nabil Fékir ou du « Franco-Guinéen » Paul Pogba ?

Quant à Vincent Duluc dans L’EQUIPE, il attendait, écrit-il, de « voir s’avancer une équipe dont on ne sait rien et dont espère tout, la plus jeune équipe de France au départ d’une coupe du monde depuis 1930… C’est une incertitude, et c’est un bouillonnement ». Et Duluc d’expliquer pourquoi il fallait que ceux que lui aussi ose appeler « les Bleus » gagnent face à l’Australie : « Il faut gagner parce qu’avec une victoire, le groupe s’ouvre comme la mer rouge devant Moïse, il faut gagner parce que les mômes n’ont pas besoin d’un mauvais résultat qui alourdirait leurs semelles de vent ! » C’est lyrique, c’est beau. Moïse et les semelles de vent…Mais c’est surtout à pleurer d’être Français.

Et, d’ailleurs, hier, toute la presse s’impatientait. Oui, «Faîtes-nous rêver ! » titrait LA DEPECHE DU MIDI… «L’aventure commence », se réjouissait SUD OUEST… « Les Bleus entrent en scène », renchérissait L’UNION, tandis que LE COURRIER PICARD annonçait qu’ils ont « un mois pour entrer dans l’Histoire »RIEN DE MOINS !

Oui, « entrer dans l’Histoire », et LE FIGARO d’ajouter, au cas où nous ne l’aurions pas encore compris, pourquoi les hommes politiques ont toujours aimé ce sport-là – ou fait comme s’ils l’aimaient, même quand ce n’était pas le cas. « Parce que la popularité du foot les oblige tous », relève Guillaume Tabard, « la popularité de ce sport les fait rêver d’y greffer la leur »… Eh oui, un chef d’Etat en exercice sait qu’il peut voir grimper sa popularité en cas de victoire de l’équipe nationale… « Et puis, le foot, c’est d’abord de la mixité réussi. Pas tant du côté des joueurs que des spectateurs »

Et alors, là, on atteint des sommets de bêtise, d’imposture et de honte. Tout ça pour ça :

Le 17 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Tout ça pour ça…”

  1. Hervé J. VOLTO juin 17, 2018 à 12:57 #

    Panem et circenses…

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