Connaissez-vous la rivière Evros ?

18 Juin

Mer Egée (de Turquie en Grèce) ? Méditerranée centrale (de Libye ou de Tunisie en Italie) ? Détroit de Gibraltar (du Maroc ou d’Algérie en Espagne) ? Peut-être pensiez-vous que ces trois principales voies maritimes  constituaient les seuls points d’invasion de l’Europe. Eh bien non ! Il y en a d’autres et le plus important d’entre eux se trouve à la frontière entre la Turquie, la Grèce et la Bulgarie, sur la rivière Evros. Démontrant combien est dangereuse et nuisible la présence d’un Etat turc sur le continent européen, au-delà du Bosphore au nord et des Dardanelles au sud.

L’Evros est une rivière tumultueuse qui marque la frontière entre la Turquie et la Grèce, à 75 kilomètres de la ville d’Edirne, en Thrace orientale. Si les candidats au départ prennent moins souvent les bateaux pour rejoindre l’Union européenne par les îles grecques, ils optent toujours pour la traversée de la rivière Evros, réputée – à tort, car il existe des cas de noyade – moins dangereuse que celle de la mer Egée.

Ces passages de migrants redoublent après la décrue printanière du fleuve, comme en témoignent évidemment leurs immondices laissés sur place : sacs plastique, vêtements abandonnés et canots pneumatiques dégonflés qui jonchent ses berges. Ces tout derniers mois, le rythme s’est encore accéléré. Les autorités grecques faisaient état d’une moyenne de 44 arrivées par jour dans la zone en  2017. Elles sont passées à 62 en janvier et février  2018, puis à 200 les mois suivants.  » En avril, nous avons enregistré 2 700 arrivées pour la région d’Evros « , a déploré Dimitris Vitsas, le ministre de la politique migratoire, lors d’un débat parlementaire sur les réfugiés, mardi 24  avril.

 » Chaque jour, je vois des réfugiés. Je les croise quotidiennement dans mes champs ou le long des sentiers qui mènent au village « , confirme Erdogan Adali, le chef de l’administration du village d’Akcadam, situé à 3 kilomètres du fleuve.  » Ils sont dans un état pitoyable. Dès que je les vois, je suis obligé d’alerter les gendarmes qui viennent les chercher pour les ramener au centre de rétention d’Edirne « , raconte l’agriculteur au visage buriné, dont les rizières et les champs de blé jouxtent le village.

Rencontrés dans les petits hameaux – Doyran, Cakmak, Akcadam – qui longent le fleuve, les villageois racontent tous la même histoire. Le trafic se fait à la nuit tombée. Largués par les passeurs sur la berge, les migrants embarquent à la hâte sur des canots de fortune. Une fois de l’autre côté, à eux de se débrouiller pour déjouer les patrouilles et tenter de rejoindre les premiers villages grecs, après la frontière.

 » Une fois arrivés côté grec, ils se font souvent attraper par les gardes-frontières qui les renvoient comme ils sont venus, à bord des canots gonflables. C’est comme cela qu’on les retrouve au petit matin dans nos champs « , explique Ümit, éleveur à Akcadam qui ajoute  » les Grecs profitent de ce que nos soldats sont absorbés par la prière du soir pour mettre les migrants dans des canots et les renvoyer chez nous « 

Attablés à la terrasse de la  » maison de thé «  du petit hameau, les agriculteurs assurent, la main sur le cœur, que  » les gens du coin n’ont rien à voir avec ce trafic « . Tous évoquent l’existence d’une  » organisation puissante « , dont les passeurs, les rabatteurs et les guetteurs  » sont le plus souvent recrutés parmi les réfugiés « .

 » Nos soldats en ont marre de cette chasse aux migrants « , soupire Ali Kart, le chef de l’administration de Doyran, un village perdu au milieu des rizières. Les candidats à la traversée sont toujours plus nombreux malgré les patrouilles renforcées, les caméras infra-rouges installées et  » le survol de la zone par des drones de surveillance « , affirme le cultivateur sexagénaire. Du plus loin qu’il se souvienne, l’endroit a toujours été propice aux passages de clandestins,  » mais depuis 2015 surtout, le flux est incessant « .

Aucun chiffre n’est transmis par les autorités turques, peu disertes sur le sujet. A Edirne, l’ancienne capitale ottomane baignée par l’Evros, pas un migrant n’est visible en ville. Murat Can Dagdemir et Alican Gül, deux jeunes avocats du barreau, sont en contact régulier avec eux. Commis d’office pour les défendre, ils sont souvent appelés dans les deux centres de rétention situés à la périphérie de la ville, où des Syriens, des Irakiens, des Afghans, mais aussi des Somaliens et de Erythréens languissent dans l’attente d’être expulsés.

 » Notre travail consiste à essayer de leur éviter l’expulsion, mais ils sont le plus souvent renvoyés chez eux « , déplore Murat. Un fonctionnaire de l’immigration explique :  » On a toujours eu des migrants clandestins ici, et ils ont toujours été renvoyés chez eux. La nouveauté, c’est que, depuis peu, on renvoie aussi les Syriens. « 

Les autorités turques sont sans pitié pour les réfugiés syriens qui tentent de franchir l’Evros.  » En général, ils sont renvoyés dans les zones du nord de la Syrie, tenues par l’armée turque « , assure le fonctionnaire. Il n’empêche, ils ont quand même été 2700 à franchir clandestinement la frontière en avril. Et depuis, le flux ne s’est pas ralenti ce qui laisse un sérieux doute vis-à-vis des affirmations des Turcs.

La Turquie héberge actuellement plus de 3  millions de Syriens qui y ont trouvé refuge après avoir été chassés par la guerre dans leur pays. Plutôt bien tolérée jusqu’ici, leur présence n’est pas sans poser parfois des problèmes de cohabitation avec la population locale, excédée par les hausses vertigineuses des loyers et par le fait que les réfugiés cassent les tarifs horaires des journaliers en louant leurs bras à très bas prix. Un peu comme ils le font chez nous en travaillant au noir pour des entrepreneurs véreux.

Il faudra bien accepter qu’un jour tout cela explose à la figure des gens malhonnêtes qui nous gouvernent…

Le 18 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Connaissez-vous la rivière Evros ?”

  1. Hervé J. VOLTO juin 18, 2018 à 9:57 #

    C’est celà qu’il risque d’arriver : un jour tout cela pourrait bien exploser à la figure des gens aveugles et malhonnêtes qui nous gouvernent…

    LES FOUS DU ROIS savent quand à eux que le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre, sur un siège avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement dans le ciel.

    Et qu’il n’a plus qu’à attendre… Une étincelle !

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