Les nuages s’accumulent enfin au-dessus d’Angela Merkel.

18 Juin

Ma grand-mère me rappelait que l’on est souvent puni par là où l’on a pêché…Nous en avons aujourd’hui la preuve avec ce qui se trame en Allemagne contre Angela Merkel. Rattrapée par les conséquences de sa folie immigrationniste de 2015 mais aussi par la rébellion de ses voisins d’Europe centrale et maintenant de l’Italie, la chancelière allemande est aujourd’hui en très mauvaise posture.

Jamais elle n’a en tout cas subi une telle pression de la part de l’aile droite de sa majorité, menée par son ministre de l’intérieur, le conservateur bavarois Horst Seehofer (CSU), bien décidé à lui imposer un durcissement sans précédent de la politique migratoire du pays.

Pour l’heure, Mme Merkel reste très discrète. Fidèle à la méthode qui a toujours été la sienne et qui jusque-là lui a permis de sortir des situations les plus délicates, elle a décidé de consulter à tour de bras, avec l’espoir de parvenir à un compromis. Mercredi 13  juin, une réunion a ainsi été organisée à la dernière minute à la chancellerie en présence de M. Seehofer ainsi que des ministres-présidents de Bavière, Markus Söder (CSU), et de Hesse, Volker Bouffier (CDU), deux Länder où doivent se tenir des élections régionales, en octobre, et où les conservateurs espèrent pouvoir contenir la poussée du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Jeudi après-midi, une autre réunion, rassemblant cette fois les ministres-présidents de l’ensemble des seize Länder du pays, a été inscrite à l’agenda de la chancelière.

De la réunion de crise organisée mercredi soir à la chancellerie, peu d’éléments ont filtré. A leur sortie un peu après minuit, aucun des participants ne s’est exprimé. Selon l’agence DPA, Mme Merkel se serait montrée ouverte à l’une des mesures prônées par son ministre de l’intérieur et à laquelle elle s’était opposée jusqu’alors : l’expulsion de tous les demandeurs d’asile déjà enregistrés dans un autre pays européen, en vertu du règlement de Dublin, selon lequel un migrant doit déposer sa demande d’asile dans le pays où il est entré en premier. Au moment même où l’Italie et d’autres pays réclament la remise en cause de ces accords de Dublin ! Pauvre Angela Merkel. Toujours en avance d’un coup pour nuire à ses voisins mais en retard d’un autre quand il faut leur venir en aide…Nous avions déjà connu cela avec la crise grecque.

Alors, quel scénario la chancelière imagine-t-elle précisément ? Invitée, mercredi soir, de la chaîne de télévision ZDF, Annegret Kramp-Karrenbauer, la secrétaire générale de la CDU, en a donné quelques grandes lignes. Proche de Mme Merkel, la numéro deux du parti a reconnu qu’il serait sans doute difficile de trouver un accord global sur la politique migratoire entre les vingt-huit membres de l’Union européenne (UE), mais elle imagine que celle-ci pourrait autoriser «  la conclusion  d’accords bilatéraux entre certains Etats, comme la Grèce ou l’Italie, partageant le même objectif que la CSU « . Ben voyons !

La référence à l’Italie et à la Grèce n’est pas anodine. Ces deux pays ont toutes les raisons de s’inquiéter des conséquences de la mesure défendue par M. Seehofer. S’ils peuvent partager, sur le principe, sa volonté de durcir la politique migratoire, ils ne veulent à aucun prix accueillir les  » dublinés  » qui seraient expulsés d’Allemagne, au prétexte qu’ils sont eux-mêmes parmi les premiers pays d’arrivée des demandeurs d’asile venus d’Afrique ou du Moyen-Orient. Et alors que la seule et unique solution ne peut être que LE RENVOI PUR ET SIMPLE DE CES HORDES MIGRANTES LÀ D’OÙ ELLES VIENNENT. C’est-à dire de l’autre côté de la Méditerranée.

Même si les choses restent encore assez floues, une entente semble ainsi s’esquisser avec plusieurs partenaires de l’Allemagne voulant eux aussi obtenir plus de fermeté européenne dans les questions migratoires, en premier lieu l’Italie où, depuis son arrivée aux affaires, le 1er  juin, l’omniprésent ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, a multiplié les propositions.

Après avoir évoqué une réforme du règlement de Dublin dans un sens plutôt fédéraliste – le président du conseil, Giuseppe Conte, a évoqué la piste d’une répartition contraignante et automatique des migrants arrivés sur le sol européen, lors de son discours inaugural devant le Sénat italien, le 5  juin –, Rome a porté l’attention sur la Méditerranée, dimanche 10  juin, en refusant l’entrée de ses ports à l’Aquarius, le navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, accueilli finalement par l’Espagne. M. Salvini a par ailleurs lancé l’idée d’installer des camps en Afrique, ébauchant les contours d’une alliance, sur ses sujets, entre Rome, Vienne et Berlin, en pleine guerre des nerfs avec la France.

Une telle alliance a d’ailleurs été explicitement évoquée, mercredi, par le chancelier conservateur autrichien, Sebastian Kurz, de passage à Berlin. Aux côtés de M. Seehofer, qui avait préféré s’afficher à ses côtés plutôt que d’assister au même moment au sommet sur l’intégration présidé par Mme Merkel, M.  Kurz a ainsi défendu la formation d’un  » axe des bonnes volontés «  entre les ministres de l’intérieur autrichien, italien et allemand sur les questions migratoires. En Allemagne, le terme n’est pas passé inaperçu.  » Des puissances de l’Axe (sic !), nous avons déjà donné, mauvais exemple ! « , a ainsi tweeté avec un humour jaune le député Roderich Kiesewetter, porte-parole du groupe CDU pour les questions de politique étrangère, en référence à  » l’axe Rome-Berlin «  scellé, en  1936, entre Hitler et Mussolini.

Il n’empêche. Si l’expression utilisée pour la qualifier suscite une certaine gêne au sein de la droite allemande, la politique prônée par MM. Seehofer et Kurz – dont le pays prendra la présidence tournante de l’UE le 1er  juillet, semble compter de plus en plus de partisans à Berlin.

Une réalité que Mme Merkel ne peut ignorer et dont elle risque de faire les frais. A moins qu’elle accepte de…manger son chapeau.

Le 18 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Les nuages s’accumulent enfin au-dessus d’Angela Merkel.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 18, 2018 à 9:53 #

    Beaucoups d’allemands, comme de Français, ont en ce début de XXI° siècle le sentiment d’appartenir à un groupe victime d’une oppression sans issue. Leur idéal politique leur semble tellement desespéré qu’ils en viennent à considérer que seul un cataclysme pourra ouvrir une brèche dans le bétonnage idéologique environnant. Ils se réfugient dans l’attente d’un grand soir, un évènement inattendu, imprévisible, spectaculaire, surhumain, et pour tout dire, miraculeux, qui leur poirtera la délivrance. Un coup d’état ? Une guerre civile ? Un homme providentiel, de Sang Royal, comme on l’attend en France ?

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