L’auberge espagnole.

19 Juin

Les médias européens et français en particulier ne tarissent pas d’éloge :  » C’est une leçon de solidarité sans fausses notes qu’a offerte Madrid en accueillant les migrants de l’Aquarius, que l’Italie et Malte avaient refusé de recevoir, provoquant une nouvelle crise européenne sur les migrants. » Rappelant avec gourmandise le slogan affiché au-dessus de la mairie de Valence (Espagne) sur une immense banderole qui flottait au vent, dimanche 17 juin alors que les 630 migrants de l’Aquarius foulaient les quais du port :  » Le passé est en noir et blanc. Le futur, multicolore. » Et une autre encore qui affirmait «  Valence, ville de réfugiés « . On croyait enfin rêver. On rêvait en effet.

Le premier ministre espagnol, le socialiste Pedro Sanchez, n’a de son côté rencontré que très peu de critiques en Espagne. Ce geste qualifié d’humanitaire a renforcé l’image du nouvel exécutif, qui gouverne en minorité depuis le 1er  juin à la suite d’une motion de défiance contre le conservateur Mariano Rajoy, aussi bien vis-à-vis des Espagnols que de la communauté internationale. Et, lorsque le gouvernement a rendu officielle sa décision, les éloges ont plu. Ada Colau, maire de Barcelone et ancienne activiste du droit au logement qui, le matin même, s’était dite disposée à accueillir les migrants de l’Aquarius car  » l’obligation d’un gouvernement démocratique est de ne pas regarder ailleurs « , a salué un  » changement chargé d’espoir dans la politique humanitaire du gouvernement de Pedro Sanchez « .

Le parti de la gauche radicale, Podemos, a félicité, sur Twitter, une  » bonne décision « . La maire de Madrid, Manuela Carmena, s’est dite  » heureuse face à une réponse pleine de bon sens. Nous les recevrons les bras ouverts « . Rapidement, elle a offert 100 places de logements immédiatement disponibles, tout comme la mairie de Barcelone. Près de 200 mairies ont suivi. Et plus de 800 particuliers ont aussi offert un logement.

Le lehendakari(président régional) basque, Iñigo Urkullu, s’est joint à cette vague de solidarité en se disant  » disposé à accueillir 10  % des personnes qui se trouvent sur le bateau (…) C’est une question de dignité humaine et de respect des droits de l’homme « . Tout comme la présidente de la région de Navarre, Uxue Barkos. Le président de Catalogne, Quim Torra, a proposé d’accueillir l’intégralité des rescapés de l’Aquarius. Quant au président du parti libéral Ciudadanos, Albert Rivera, il a défendu la décision  » humaine d’essayer de sauver des vies «  tout en réclamant une politique migratoire  » efficace « , qui évite la «  souffrance «  des migrants, et que  » personne ne mette sa vie en jeu « .

Le Parti populaire (PP, droite) fut davantage partagé. Le 11  juin, le porte-parole du Parti populaire en Catalogne, Xavier Garcia Albiol, a estimé que la décision de Pedro Sanchez était  » adéquate « , tout en ajoutant que  » l’Espagne ne peut pas devenir une grande ONG où tout le monde peut venir (…) car les ressources sont limitées « . Une réaction suivie, le lendemain, par celle du coordinateur du PP, Fernando Martinez-Maillo, qui a évoqué le  » danger  » de faire de l’Espagne une  » passoire « . Nous y étions. Certains, plus lucides que les autres, voyaient bien réapparaître cette vieille idée du XVIIIe siècle, sur la route de Compostelle, de «  l’auberge espagnole « , dans laquelle chacun venait avec ses vivres et sa boisson , de peur de ne rien y trouver pour se sustenter…

Pour le politologue Pablo Simon, l’accueil des réfugiés fait largement «  consensus «  en Espagne, avec  » plus de 85  % des Espagnols qui y sont favorables « .  » Aucun parti n’a activé le ressort xénophobe pour gagner des voix « , explique ce professeur de l’université Carlos-III de Madrid, tout en rappelant que le PP  » a jusque-là rivalisé politiquement avec les socialistes pour remporter des voix au centre « . Selon le Centre de recherche sociologique, seuls 3,3  % des Espagnols mentionnent l’immigration parmi leurs principales préoccupations, très loin derrière le chômage, la corruption et les difficultés économiques.

Pourquoi ?

Deux raisons principales à cette capacité d’accueil des Espagnols :

1/ la première est historique, l’Espagne ayant été longtemps une terre d’émigration dans bien des directions : d’abord en Amérique centrale et du sud puis en Amérique du nord avant l’Afrique du nord et la France. Aller à la recherche d’une herbe plus verte que chez soi n’est donc, pour les Espagnols, rien d’autre que naturel;

2/ les Espagnols ne sont aujourd’hui que peu confrontés à une immigration de masse comme celle que connaissent d’autres pays d’Europe et le notre en particulier, d’origine africaine, maghrébine ou asiatique. Tant ils en ont été efficacement protégés par leurs dirigeants politiques depuis la guerre civile de 1936-39 et même ce que l’on a appellé la  » transition démocratique  » qui a suivi. Seuls les Sud-Américains, culturellement très liés à l’Espagne, y trouvent un accueil bienveillant et numériquement significatif.

Il ne faut donc pas s’étonner de cet élan soudain pour la cause des hordes migrantes venues d’Afrique et ayant transité par la Méditerranée pour accoster à Valence, suite au refus de Malte et de l’Italie de les accueillir. Et, ce, au moment même où un nouveau gouvernement socialiste est arrivé subrepticement au pouvoir et se trouve en quête de reconnaissance de la part de l’Union européenne. Celui-ci n’a d’ailleurs pas tardé à poser quelques repères édifiants tels que son intention de rétablir l’accès au système de santé publique pour les sans-papiers (l’équivalent de notre Aide médicale d’Etat) et…de retirer les lames tranchantes sur les barbelés installés à Ceuta et Melilla, les villes autonomes espagnoles situées au Maroc !

Mais, prudent, il a finalement accordé à ces nouveaux arrivants un permis de séjour exceptionnel pour raisons humanitaires de 45 jours, au terme duquel ils devront régulariser leur situation, sans que n’aient été totalement exclues de possibles expulsions.

En vérité, que va-t-il se passer ? La réponse est très simple. Quelques-uns de ces 630 migrants resteront en Espagne (probablement d’ailleurs de façon temporaire) mais la plupart d’entre eux quitteront spontanément le pays pour gagner au plus vite la France et, sans doute aussi, d’autres pays plus au nord. Répondant ainsi aux invitations qui leurs sont faites, en particulier par nos propres dirigeants politiques. La route depuis l’Afrique et la Libye aura été plus longue que par Vintimille et les Alpes mais finalement plus sûre, avec en prime une réception exceptionnelle par les autorités espagnole. La fête, quoi…

Et le gagnant dans cette histoire aura été, sur toute la ligne, le nouveau ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini. Qui n’a évidemment pas l’intention d’en rester là.

À ce propos il nous vient à l’esprit une question d’importance. Pensez-vous que ce Barnum immigrationniste, fruit des atermoiements de l’UE, pourra se reproduire autant de fois que des navires de passeurs et de négriers seront refusés dans les ports italiens ou maltais ? 

Nous connaissons bien sûr la réponse : la lâcheté coûte toujours beaucoup plus cher que le courage.

Le 19 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “L’auberge espagnole.”

  1. Catoneo juin 19, 2018 à 4:55 #

    Pour être juste, on doit signaler qu’au moment où Salvini fermait les ports italiens à l’Aquarius, les garde-côtes italiens débarquait à Catane 940 migrants (dont 200 gosses) qu’ils avaient secourus en mer. Le message du ministre est clair : que les ONG françaises (SOS Med et Médecins SF) rapportent leurs prises en France, l’Italie ne se préoccupera désormais que des siennes.
    C’est logique et M. Macron a raté une occasion de se taire.

  2. Hervé J. VOLTO juin 19, 2018 à 7:38 #

    Basta les grands dsicourts :

    1. Bloquer la frontière des Pyrénnées.

    2. Surveiller spécialement la route de Valence, Teruel, Saragosse; mais aussi la route de Saragosse, Pampelune, San Sebatien Bayonne; mais aussi la route Saragosse, Lieda, Girone ou Girona, Porbou, Cerbere,qui pourrait devenir le Menton espagnol.

    Attention à la Punta de l’Ocell, entre Porbou et Cerbère : de nuit, ils serait très facile de passer avec un petit cannot pneumatique !

    3. Reste les cols : le plus difficle ! Il ne feront pas l’erreur de passer par Andorre, où les gens, habitués des monatgnes, les refouelraient. Non, c’est à craindre qu’ils passe également par Lourdes, les Cathos-Gayos s’organisant déjà, selon certains de nos observateurs au sein des RT (ex-RG).

  3. Hervé J. VOLTO juin 19, 2018 à 8:23 #

    Je vais me faire mal voir, mais…

    Je suggerais :

    1. de surveiller les cols portant au Pertuis, Puigmal d’Err, Bourg Madame à Puigcerda, Mells, Pic de Maupas, Vignemal, Balatous, Pas de la Casa, Col d’Ibardin, Col Noir, Col du palas, Caol d’Aremoulit, Col de Soques, Col de Port Vieux de sallens, Col de Lizzarrieta, Col de Saint-Ignace : c’est par là que des passeurs pourraient faire entre des immigrés clandsestins d’Espagne en France, je connaît bien la zone pour avoir vécu enfant dans la région de Carcassone/Rennes-le-Château…

    2. de surveiller, en collaboration avec l’intelligence espagnole, les Zones d’Activité Commerciales et les centres commercieux des commune-frontières de PORTALET, DANXARIA, LANDIBAR, IBRADIN (à eux pas du col du même nom !), d’IRUN et de BIDASSOA : les parkings de ces centres commerciaux connaissent un trafic autoroutier incessant, propice aux livraisons ou aux poses casse-croute et il y serait facile de faire transiter des immigrés clandestins…

    Dans ces centres commerciaux frontaliers, se pressent touristes Français venu acheter moins cher, et toute sorte de personnes faisant fonctionner la grande distribution : clients, donc, venus des cotés de la frontière, chaufeurs livreurs venant livrer les marchandises en fourgons ou en semi remorques, techniciens de la maintenances des installations électriques, frigorifériques ou de nettoyage entrant par le dépot…

    Dans ces centres commerciaux se réunit tout un monde interlope, surtout lorqu’il s’agit d’un hyper : acheteurs venants en famille remplir leur chariot, en semaine surtout en fin d’après-midi, le samedi l’après-midi ou le dimanche matin, chauffeurs-livreurs rentrant de courses lointaines, policiers ou gendarmes (Guardia Civile Outre-Pyrénées) venant aux bars décompresser après de longues missions de patrouille en ville, humbles éboueurs faisant une pause entre deux transfers d’ordures, techniciens de maintenance venant se restaurer avant ou après une installation ou une réparation, nomades venant mandier, acheter des biens de premièrs nécessités ou voler des biens de luxe, malfrats et zonnards en tout genre « venant acheter les cigarettes » aux machines automatiques…

    Camions, bus, fourgons, voitures rapides : tout peut servir à des contrebandiers pour faire passer des clandestins de France en espagne !

    A bon entendeur…

  4. Hervé J. VOLTO juin 19, 2018 à 8:48 #

    Un dernier pour la route…

    J’ai oublié les campers… sur le parking d’un hyper-marché, c’est facil d’installer une camping car : à perquisitionner là aussi.

    Croix de bois, Croix de fer, si je ment , je vais en enfer : c’est promis, c’est la dernière fois que je fais un commentaire long comme çà…

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