Quand les actionnaires de la grande distribution se sucrent sur le dos des agriculteurs.

20 Juin

Les autorités l’affirment. Et vous savez qu’on peut les croire…Il y a eu un léger mieux pour les prix agricoles en  2017. Et pourtant, la progression de 3  %, tous secteurs confondus, n’efface pas la crise traversée par nombre d’agriculteurs français. Très loin s’en faut car, pour pour beaucoup, ces prix ne sont pas suffisamment rémunérateurs.

Mais vous devez savoir que, dans le même temps, la grande distribution continue, elle, à conforter ses marges. C’est l’un des enseignements du rapport de l’Observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires, remis, mardi 19  juin, au Parlement (http://www.franceagrimer.fr/Stockage-Actualites/Rapport-2018-de-l-Observatoire-de-la-formation-des-prix-et-des-marges-des-produits-alimentaires/(filiere)/2/(nodeActu)/228).

Attendue en avril, cette septième édition a tardé à sortir. Il faut dire que le calendrier était difficile à gérer, le sujet étant au cœur des débats qui ont nourri les Etats généraux de l’alimentation, lancés en juillet  2017. Et le projet de loi pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agroalimentaire qui en découle. Un texte législatif, adopté en première lecture par les députés mercredi 30  mai, et qui sera soumis aux sénateurs à partir du 27  juin.

Un de ses objectifs fixés par le président de la République : mettre fin à la guerre des prix à laquelle se livrent les grandes enseignes de distribution, destructrice de valeur pour tous et source de prix non rémunérateurs pour les producteurs.

Un travail plus que nécessaire, au vu des conclusions du rapport.  »  En  2017, sur la base des données collectées par l’Observatoire, les prix payés aux agriculteurs ont été à nouveau inférieurs à la réalité des coûts de production et n’ont pas couvert la rémunération du travail et du capital, et cela même en tenant compte des aides européennes  « , écrit Philippe Chalmin, professeur à l’université Paris-Dauphine et président de l’Observatoire, dans l’avant-propos.

La progression des prix moyens à la production du porc de 6  %, du lait de vache de 13  % et de la viande de bœuf de 3,6  % a contribué à la hausse globale estimée à 3  % des prix agricoles en  2017. Mais ces rebonds interviennent après des niveaux bas et ne compensent souvent pas entièrement les baisses encaissées les années précédentes. Surtout, ils sont parfois de courte durée.

Des fluctuations auxquelles sont soumis très directement les agriculteurs, alors que l’Europe a ouvert progressivement l’ensemble des marchés agricoles à la concurrence. A l’exemple du secteur laitier, qui a traversé une crise sans précédent après la fin des quotas, en  2015. Mais aussi, tout récemment, du secteur sucrier, qui ne bénéficie plus du régime des quotas depuis octobre  2017 et se retrouve confronté à une plongée des cours.

Les consommateurs, eux, ne sont guère favorisés par ces variations brusques des cours des matières premières. Les prix à la consommation des produits alimentaires ont progressé d’un peu plus de 1  % en  2017, soit un taux légèrement supérieur à l’inflation. Ceci est tout particulièrement vrai sur les principaux produits suivis par l’Observatoire, comme le lait UHT, le yaourt ou le steak haché. Seule exception notable, le beurre, dont le cours a flambé sur les marchés mondiaux et dont une partie de la hausse a été répercutée sur le client final. Le prix moyen d’une plaquette a bondi en un an de 5,71  %, à 6,08  euros le kg. Nous nous en étions tous aperçus.

Mais, même lorsque le prix de la matière première augmente, la distribution conforte ses marges. Dans le cas du jambon, elle s’est appréciée de 13  centimes à 4,17  euros par kg. Mieux, pour le poulet standard, la marge brute a progressé de 17  centimes pour atteindre 1,70  euro. Les grandes enseignes n’ont pas, non plus, répercuté les baisses au rayon légumes. Alors que les prix payés aux producteurs ont globalement reculé de 5  %, la marge brute des distributeurs sur le panier de légumes est en hausse de 6  % en  2017. Qu’il fait bon être actionnaire d’une grande entreprise de distribution…

Il est vrai que les rayons volaille, charcuterie comme fruits et légumes, produits laitiers ou boulangerie-pâtisserie sont les plus rentables de la distribution. Avec des marges brutes allant de 24,6  % à 58  %. Pour l’ensemble des rayons alimentaires frais, la marge brute a progressé en  2016, passant de 29 à 29,7  %. La marge nette, après prise en compte de tous les coûts salariaux comme logistiques, estimée à 1,7  % avant impôt, ressort également en hausse par rapport à l’année précédente (1,3  %). Des données qui correspondent à l’année 2016.

C’est toute la difficulté du travail de l’Observatoire, qui s’appuie sur l’organisme public FranceAgriMer. L’exercice de transparence n’est pas chose aisée. Les distributeurs livrent les données de marge nette avec un an de retard. Certains industriels sont aussi peu coopératifs. Avec la loi Sapin 2, l’Observatoire a pu exiger en  2017 que Lactalis publie ses comptes. Des informations qui seront prises en compte dans le prochain rapport.

L’Observatoire espère maintenant que le projet de loi agriculture et alimentation renforce ses moyens. Il pourrait aussi être saisi pour établir les indicateurs et les coûts de production d’une filière, sachant que le texte législatif prévoit d’inverser la construction du prix, en partant du coût de production de l’agriculteur. Une mesure phare qui, avec l’encadrement des promotions et la hausse du seuil de revente à perte, devrait, selon le gouvernement, redonner de l’air aux agriculteurs. Quand ? Demain ? Non…après-demain !

Et voici la preuve de ces bonnes pratiques en trois exemples :

Jambon cuit

Pour un kilo de jambon, le consommateur a dépensé 11,56  euros en  2017. Soit plus qu’en  2016 (11,20  € le kilo). Sur cette somme, l’agriculteur a touché 3,74  euros (3,53 €), l’abatteur 1,06 euro (1,07 €), l’industriel 1,97 euro (1,97  €), le distributeur 4,17  euros (4,06  €).

Poulet entier

Le consommateur a également payé plus cher son poulet d’une année sur l’autre, à 3,98  euros le kilo en  2017 (3,86  euros en  2016). L’agriculteur a touché 1,27  euro (1,27  €), l’abatteur 0,80 euro (0,86  €), le distributeur 1,70  euro (1,53  €).

Yaourt

Le consommateur a payé 1,65 euro le kilo en  2017 (1,63  € en  2016). L’agriculteur a touché 0,21  euro (0,26  €), l’industriel 0,9 euro (0,89  €), le distributeur 0,45 euro (0,40 €).

Qu’il fait bon être actionnaire aujourd’hui d’une grande entreprise de distribution…Mais avant le retour de Maximilien de Béthune, duc de Sully !

Le 20 Juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Quand les actionnaires de la grande distribution se sucrent sur le dos des agriculteurs.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 20, 2018 à 9:10 #

    Dans le camp d’en face, on se plaint que la situation européenne devrait être au cœur de nos débats, or elle en est absente.

    Pierre Gattaz été élu à l’unanimité à la tête de Business Europe qui représente les entreprises en Europe, et cela lui a donné l’occasion de discuter avec ses homologues. Beaucoup s’inquiètent d’une forme d’euro-scepticisme qui s’exprime parfois dans les urnes. Après le Brexit, la situation en Italie leur rappelle que même un pays fondateur de l’Europe peut être touché.

    Or, comme chefs d’entreprise, il spensent durs comme fer que l’Europe n’est pas une option mais une nécessité. Sa construction a permis à leurs entreprises de se développer et d’être plus fortes. Cela a généré de la croissance, de la richesse pour tous, et des emplois. Le lien entre croissance et emplois, grâce à un marché intérieur plus fort, doit en permanence être rappelé. Les netreprises agricoles sont laissé sur la touche, cependant…

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