Une fois encore, notre idée était la bonne…

20 Juin

Fini les  » jactances  » de la chancelière d’Allemagne sur l’accueil des migrants et fini aussi ses professions de foi adressées à ses concitoyens, du style  » Wir schaffer das !  » (nous y arriverons).

Angela Merkel est désormais au bord de la crise et l’Europe, à ses côtés, ne va pas mieux… Tel est la situation que doivent affronter les institutions bruxelloises, dans une atmosphère entre pays membres  » totalement empoisonnée « , comme le confie un diplomate. Au sein des institutions bruxelloises, tout le monde est persuadé que l’approche du dossier de l’immigration ne peut être qu’européenne, mais doit bien constater que les vives discussions qui se déroulent au niveau national, dans la plupart des pays de l’Union, ne font que raviver des plaies jamais traitées et moins encore cicatrisées.

Au point de mettre en péril l’espace de libre circulation de Schengen (prouvant combien il fut organisé sur des bases utopiques) et, avec lui, l’ensemble du projet européen : si les règles nationales ne sont pas unifiées et à coup sûr durcies, le  » shopping  » de l’asile, mis en oeuvre  par les réseaux de passeurs et cornaqué par les ONG, se poursuivra, accentuant la pression sur certains pays de passage, comme l’Italie, la Grèce et l’Espagne, ou de destination, au premier rang desquels l’Allemagne, la Suède et la France. Le refus de pays de l’Est, Hongrie en tête, d’accepter un système de répartition – même temporaire – des personnes pouvant bénéficier d’une protection internationale rend, quant à lui, parfaitement illusoire le credo de la diplomatie française et de Bruxelles, à savoir  » l’équilibre entre responsabilité et solidarité « .

Angela Merkel, soumise à la pression inédite de ses alliés de l’Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, semble aujourd’hui et contre toute attente (sans doute le vent du boulet que nous annoncions il y a déjà longtemps) prête à un revirement complet. Au point d’envisager de conclure des accords bilatéraux avec l’Italie et la Grèce pour le renvoi de migrants qui ont introduit une première demande d’asile dans ces pays lors de leur arrivée en Europe.

A Rome, le nouveau gouvernement réclame précisément la révision de Dublin  III, le règlement qui somme le pays de première arrivée d’enregistrer l’ensemble des demandes d’asile. L’Italie se plaint depuis longtemps du manque de solidarité de ses partenaires alors qu’elle a enregistré plus de 700 000  arrivées en cinq ans. Des pays de destination constatent, eux, que quelque 40  % des migrants qui introduisent une demande d’asile n’ont, en fait, été enregistrés nulle part. Cherchez l’erreur !

C’est désormais une certitude : il n’y aura pas d’accord sur la réforme de  » Dublin « , lors du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, les 28 et 29  juin, à Bruxelles. Donald Tusk, le président du Conseil, a commencé une tournée des capitales afin de tenter, une fois encore, une conciliation. Espère-t-il vraiment forger un consensus, à la fois sur un système de quotas de réfugiés à répartir dans l’Union – en cas d’afflux exceptionnel – et sur le nombre d’années pendant lesquelles un pays membre est jugé responsable des personnes qui y ont demandé l’asile ? L’Allemagne réclame un délai de dix ans, l’Italie, de deux ans… Un diplomate juge dès lors que la démarche du président Tusk sera  » très compliquée « . Pour ne pas dire impossible.

L’Allemagne et la Suède – où des élections ont lieu en septembre et toutes deux sous la pression de leur droite la plus radicale – ne voudront sans doute pas renoncer à l’idée des quotas. A l’autre bout du spectre, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, s’interrogeait samedi 16  juin :  » Peut-il y avoir un compromis dans le débat sur les migrants ? Non. (…) Les textes fondateurs de l’Union ne disent pas qu’un Etat membre doit chercher à devenir un pays d’immigration.  » Tout est là.

Que faire, dès lors, pour sauver à la fois Mme  Merkel et les apparences ? Certains décideurs bruxellois considèrent désormais avec sérieux une solution évoquée récemment par l’Autriche et le Danemark : la création de camps dans des pays tiers – on a évoqué des pays des Balkans occidentaux, dont l’Albanie*. Ils serviraient de lieux de rétention pour les déboutés du droit d’asile et de  » hot spots « , où des migrants pourraient introduire leur demande en vue de séjourner dans l’Union.

Jugée d’abord irréaliste, voire choquante par les idéologues ou les naïfs, l’idée gagne du terrain à la faveur du développement de la crise allemande.  » Ce serait une sorte d’Ellis Islandle long de la Méditerranée, où des bateaux comme l’Aquarius pourraient accoster, indique une source bruxelloise. Cela pourrait être une solution pour tous les pays qui connaissent des problèmes actuellement, comme l’Allemagne et l’Autriche, en l’absence d’une solution définitive sur Dublin.  » Lors de la visite du président du conseil italien, le 18 juin, Giuseppe Conte, Mme Merkel a également évoqué l’idée  » d’accomplir les procédures de demande d’asile à partir de – la Libye – « .

Car là est l’évidence que nous exigeons depuis toujours :

aucune demande d’asile sur le continent européen mais seulement sur la rive sud de la Méditerranée. Les demandes justifiées et acceptées traversent. Les autres…restent sur place avant de retourner chez eux.

La Commission, qui s’en tient officiellement au système des quotas et à ses nombreuses autant qu’illusoires propositions sur l’unification des règles de l’asile (procédures uniformes, liste commune des Etats tiers  » sûrs  » où les déboutés pourraient être renvoyés…), prépare-t-elle discrètement des propositions sur ces éventuels camps  » extraterritoriaux  » ? Les réponses glanées sont floues, ou contradictoires. Certains officiels évoquent seulement des solutions  » innovantes  » qui ne seront pas prêtes avant le sommet de la fin juin. Il faudrait donc des solutions transitoires, pouvant notamment calmer la CSU ! Mais les amis de M. Seehofer (CSU) se laisseront-ils convaincre ? Pas sûr et le pari est hasardeux. A Berlin et ailleurs, on sait que la crise actuelle résulte aussi de vingt années de non-gestion de la question migratoire.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir alerté et proposé.

Le 20 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire « Il en aura fallu du temps… » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/11/il-en-aura-fallu-du-temps-et-des-revendications-du-cer-pour-que-la-raison-commence-a-simposer/

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Une Réponse to “Une fois encore, notre idée était la bonne…”

  1. Hervé J. VOLTO juin 20, 2018 à 9:01 #

    Selon Gerald Knaus:

    -Ressusciter le système de Dublin face aux arrivées de migrants est voué à l’échec !

    Pour l’inspirateur de l’accord UE-Turquie qui a permis de faire chuter le nombre de migrants en Grèce en 2016, la seule manière d’alléger la pression migratoire « est de différencier rapidement ceux qui ont droit à notre protection et les autres. Ces derniers doivent être rapidement renvoyés au pays. » Il esquisse un dispositif concret.

    A suivre…

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