Croissance économique : la fin de l’état de grâce macronien.

21 Juin

Beaucoup de bruit pour rien ? C’est à se demander. Car, si l’on se souvient des incantations sans cesse renouvelées de François Hollande et de ses ministres à propos de la  » prochaine inversion de la courbe du chômage  » finalement…jamais inversée, on est en droit de douter des pouvoirs d’Emmanuel Macron et de ses propres ministres sur la croissance économique et la progression du PIB de notre pays. Et pourtant, que ne nous avait-on pas promis pendant les campagnes électorales de 2017 et depuis l’arrivée au pouvoir de La République en marche !

Pour l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la croissance française devrait en effet nettement décélérer en  2018, pour atteindre à la fin de l’année 1,7 %, loin des 2,3 % enregistrés en décembre pour 2017.

Cette trajectoire, due au freinage  » relativement brutal «  de l’activité au cours des deux premiers trimestres de cette année, pourrait néanmoins se redresser dans la seconde moitié de l’année, selon la note tout en métaphores climatiques publiée mardi 19 juin.  » La prévision est toutefois entourée de davantage d’incertitudes que les précédentes « , met en garde Julien Pouget, chef du département de la conjoncture à l’Insee.

Que s’est-il passé début 2018 ? Après l’accélération de la fin 2017, on pouvait s’attendre à un ralentissement, mais les analystes ont été surpris par la faiblesse de la demande intérieure et la contraction de la production manufacturière. Une caractéristique de l’économie française : la consommation est, de très loin, le principal moteur de la relance économique tandis que les entreprises peinent à suivre la demande. Si l’un ou l’autre de ces deux domaines (voire les deux à la fois) renâcle, rien ne va plus.

La consommation, en berne depuis l’automne, est restée dans les limbes, tandis que l’investissement des entreprises marquait le pas. Résultat : le climat des affaires, qui atteignait de meilleurs niveaux en décembre 2017, s’est replié dans tous les secteurs, à  l’exception du bâtiment, traditionnellement moins réactif aux brusques évolutions de l’activité (mais qui – grâce à la traite négrière et aux travailleurs clandestins largement exploités et peu exigeants qui en résultent – bénéficie d’une situation de l’emploi exceptionnelle qui gomme les aléas du contexte économique*).

Il y a donc fort à parier que le gouvernement, qui mise toujours sur une croissance de 2 %, soit contraint de revoir ses prévisions à la baisse.

L’appréciation de l’euro par rapport au  dollar (l’un des échecs les plus cuisants de la Banque centrale européenne), la hausse des prix de l’énergie, les tensions protectionnistes et les contraintes qui pèsent sur l’appareil productif, notamment en Allemagne, ont contribué aussi à ternir l’horizon. Des nuages dont l’ombre portée sur l’activité tirerait la croissance de la zone euro à  2,1  %, après 2,6  % en  2017.

Plus qu’à un bouleversement de conjoncture, on assisterait donc au  » retour vers une croissance plus modérée «  en France, selon Frédéric Tallet, de l’Insee.  » Le pic est certainement derrière nous, mais on reste dans un scénario de reprise « , insiste avec optimisme Mathieu Plane, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), un think tank classé à gauche. Allez, on y croit !

Après + 0,2  % et + 0,3  %, les statisticiens tablent sur une progression de l’activité de 0,4  % au troisième puis au quatrième trimestre, tirée notamment par l’investissement des entreprises. Mais celui-ci ne devrait croître que de 3,1  %, après 4,4  % en  2017.

De son côté, le gouvernement espère en un rebond du pouvoir d’achat, en seconde partie d’année. Les conséquences de l’étalement du calendrier des réformes fiscales, qui ont grevé les dépenses des ménages, s’annuleront à l’automne, observe M. Plane. Les ménages, qui ont dû puiser dans leur épargne, devraient voir la hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) enfin compensée par l’entière suppression des cotisations salariales. Certains bénéficieront également de la réduction de la taxe d’habitation. MAIS PAS TOUS. Et, justement, pas ceux qui ont la meilleure faculté de consommation.

Pour stimuler le pouvoir d’achat, les analystes espèrent également dans les salaires, stimulés par les créations d’emplois. Environ 183 000 postes devraient voir le jour en  2018 : 81 000 au premier semestre, 102 000 au second. Des chiffres toutefois nettement moins élevés que l’année précédente, pendant laquelle près de 340 000 emplois avaient été créés, et qui s’expliquent en partie par la suppression des contrats aidés et un intense freinage dans l’intérim.

Dans ces conditions, le taux de chômage, après une baisse sensible en  2017, se stabiliserait à 8,8  % de la population active. Malgré ce léger mieux en perspective, l’Insee ne s’attend pourtant pas à une envolée des dépenses des ménages. Le pouvoir d’achat comme la consommation progresseraient de 1  %, le regain d’inflation (+ 1,8  %) liée à la hausse des prix de l’énergie grignotant le revenu disponible brut.

Résultat, les foyers seraient plutôt enclins à mettre de l’argent de côté. Entre le premier et le quatrième trimestre de l’année, le taux d’épargne passerait de 13,6 % à 15,1  %, signe d’une montée des incertitudes. Une morosité qui se reflète également dans un investissement des ménages (en particulier dans le logement) désespérément plat.

Ce dernier point est plus inquiétant qu’il n’y paraît.  » On sous-estime le poids de la construction dans la reprise, note Mathilde Lemoine, chef économiste chez Rothschild. Entre 2015 et 2017, elle explique en grande partie l’accélération de la croissance en France et dans la zone euro. Or, c’est un indicateur qui s’affaiblit et qui continuera à piquer du nez sous l’effet du resserrement du crédit. « 

Reste enfin la question du commerce extérieur. Alors qu’il grève depuis des années le produit intérieur brut (PIB) français, ce solde devrait contribuer positivement à la croissance, à hauteur de 0,5  % en  2018, contre 0,1  % en  2017. Après un premier trimestre en berne, les exportations pourraient rebondir à l’automne, d’après la note de conjoncture, grâce à des livraisons d’avions et de paquebots. Mais sera-ce suffisant ? Pas sûr.

En résumé, il est probable que, globalement, l’année 2018 ne sera pas un grand cru économique. Quant à la suivante, 2019, elle débutera avec l’instauration du prélèvement généralisé à la source de l’impôt sur le revenu. Nombre de Français verront de ce fait, brutalement, chuter leur revenu réel avant l’équilibre qui surviendra plus tard dans l’année.

Mais, en juin 2019…les élections européennes risquent d’apparaître à beaucoup comme un possible règlement de compte avec le pouvoir et ses galéjades. Surtout si la solution à la crise migratoire a été une fois encore repoussée aux calendes grecques…

Que du bonheur !

Le 21 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Lire « Sous l’effet de la colère ils ont enfin avoué l’inavouable » : 

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/29/sous-leffet-de-la-colere-ils-ont-enfin-avoue-linavouable/

Publicités

Une Réponse to “Croissance économique : la fin de l’état de grâce macronien.”

  1. Hervé J. VOLTO juin 22, 2018 à 1:46 #

    A moins d’une flax tax à 15% du revenu de l’ìemployeur et de l’employé, comme de lur société, il est probable que, globalement, l’année 2018 ne sera pas un grand cru économique. Quant à la suivante, 2019, elle débutera avec l’instauration du prélèvement généralisé à la source de l’impôt sur le revenu. Nombre de Français verront de ce fait, brutalement, chuter leur revenu réel avant l’équilibre qui surviendra plus tard dans l’année.

    Mais, en juin 2019…les élections européennes risquent d’apparaître à beaucoup comme un possible règlement de compte avec le pouvoir et ses galéjades. Surtout si la solution à la crise migratoire a été une fois encore repoussée aux calendes grecques. D’ici là, ils cont9oinueront à débarquer. Et à débarquer encore…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :