Une victoire illusoire ?

21 Juin

Emmanuel Macron a donné le sentiment, mardi 19 juin, au château de Meseberg (Allemagne), où il tenait sommet avec la chancelière d’Allemagne, Angela Merkel, et son gouvernement, de savourer une victoire. Enfin ! Après neuf mois d’intenses tractations et trois discours majeurs sur l’Union européenne (UE), il venait de  décrocher un accord de la chancelière à « son » budget de la zone euro ! Son obsession.

Emmanuel Macron et Angela Merkel à Meseberg le 19 juin 2018

Pourtant, il a dû abandonner en chemin son immense dessein d’un  » superbudget  » pour l’Union monétaire, administré par un ministre des finances et supervisé par un Parlement spécifiques. En outre, aucun montant n’a encore été défini pour ce budget entre les demandes du président français (de l’ordre d’une centaine de milliards d’euros) et les propositions de la chancelière allemande (de l’ordre…d’une dizaine de milliards d’euros) pas plus que l’usage qui pourrait en être fait ! Sans oublier que cette superbe esquisse devra, en tout état de cause, obtenir l’aval des autres Etats de la zone euro…Pas prêts, mais pas prêts du tout à cracher au bassinet. Surtout du nord vers le sud de l’Europe !

En réalité, Angela a craqué pour Emmanuel avec, pour seule motivation, qu’elle avait besoin de cet accord avec le président français à défaut d’avoir réussi à convaincre ses propres ministres et membres de sa coalition gouvernementale qu’une solution radicale serait rapidement apportée à la crise aiguë que connaît l’Europe en matière migratoire. Une simple question de blason à redorer après tant d’errance

C’est mieux, certes, pour Emmanuel Macron que ce qu’avait obtenu son prédécesseur en juin 2012. Souvenez-vous en effet de François Hollande rentrant de Bruxelles à Paris, la queue entre les jambes, avec pour toute satisfaction d’avoir obtenu un prétendu  » pacte de croissance « , sans aucune valeur formelle et très vite oublié. C’est mieux, tout simplement parce qu’inattendu quelques semaines au paravant. Et que, depuis, les velléités du ministre de l’intérieur allemand, Horst Seehofer, de fermer les frontières de son pays ont mis la chancelière dans tous ses états…

Mais, au fond, que sont les acquis réels d’Emmanuel Macron dans cette affaire ? Bien peu de chose si l’on en croit sont thuriféraire habituel et  » visiteur du soir « patenté, l’eurolâtre Bernard Guetta*, pour qui ce n’est pas gagné. Voici ce qu’il nous disait hier dans son éditorial politique sur France Inter :

«  Comme la France, l’Allemagne comprend désormais si bien l’urgence de faire de l’Union une puissance politique qu’elle commence à parler français. C’est pour cela qu’elle a cosigné hier cette déclaration commune, la déclaration de Meseberg, qui l’engage à la condition que la France devienne aussi financièrement vertueuse qu’elle ne l’est elle-même.

Ce n’est pas gagné. Cela dépend beaucoup de la capacité d’Emmanuel Macron à continuer de dominer sa scène intérieure. Rien n’est autrement dit joué…

Si la zone euro dispose bientôt d’un budget lui permettant d’investir dans les industries d’avenir et de soutenir ses membres les plus fragiles ; si elle harmonise ses fiscalités sur les société et peut faire face à des crises nationales grâce à un fonds commun ; si la garantie de ses banques devient commune ; si elle commence maintenant à envisager à deux, douze ou dix-neuf les défis stratégiques qu’elle doit relever et si, parallèlement, à deux ou plus, l’Union se dote d’un nouveau char, d’un nouvel avion de combat et d’un nouveau satellite militaire, si l’Union de la Défense, prend forme tandis que les 27 s’accordent – ce n’est plus impossible – à conduire les migrants naufragés vers des pays non-membres de l’Union, comme l’Albanie ou la Tunisie, où pourrait se faire le tri entre migrants économiques et réfugiés politiques, alors…

Eh bien alors, si les principes énoncés hier deviennent réalité, c’est un rebond et non plus la dislocation de l’Union qui s’annoncera. « 

Disons d’emblée qu’avec autant de SI, ma grand-mère aurait mis Paris en bouteille ! Mais quand on entend un homme de gauche, passé par le trotskisme, l’anticolonialisme militant et la Ligue des droits de l’homme nous proposer de  » faire le tri entre migrants économiques et réfugiés politiques  » dans des hot spots basés en Albanie ou en Tunisie…on tombe sur les fesses.

Aussi, pour Emmanuel Macron, il nous semble que la vérité est ailleurs. Et s’il s’était trop focalisé sur ce seul combat au point d’avoir mis trop de capital politique à obtenir son embryon de budget, alors que l’urgence est du côté de la crise migratoire et des hordes venues d’ailleurs, évidemment ?

Car, sans montants importants (des centaines de milliards d’euros et pas ces quelques dizaines de milliards qu’a évoquées Angela Merkel – on l’a bien vu avec la crise grecque -), le « budget Macron » sera incapable de faire seul barrage à une crise économique d’envergure.

Et les Européens seront-ils rassurés de savoir que Paris et Berlin travaillent activement à cette enveloppe commune, dont personne ne sait expliquer le fonctionnement ? Le baratin ou même la propagande calmeront-ils leurs angoisses face aux bouleversements géopolitiques, aux flux migratoires et à la mondialisation ? Dissuaderont-ils ceux et celles qui sont tentés d’en finir avec cette association de malfaiteurs qu’est devenue l’Union européenne de reculer lors des prochaines élections européennes ? Bien sûr que non.

A Bruxelles, tout le monde se fait déjà peur en évoquant un raz de marée d’eurodéputés « antisystème » en mai 2019. Car la migration est devenue, comme nous l’annonçons depuis toujours, le plus grand danger de tous les temps pour les Européens et sera le thème principal sinon unique de la future campagne électorale de 2019. Et quels leaders européens entend-on le plus sur ce créneau électoral ? Qui fait des propositions ? Matteo Salvini, le chef de file de la Ligue italienne, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, ou Sebastian Kurz, le jeune chef du gouvernement autrichien, en coalition avec la droite dure…Mais où sont les autres ?

Si, pour paraphraser la chancelière Merkel, « les fondations de l’UE sont en danger tant que la question migratoire n’est pas résolue », pourquoi Emmanuel Macron, qui brigue la tête de l’UE, ne se dresse-t-il pas contre la traite négrière qui viole chaque jour la Méditerranée ? Pourquoi a-t-il préféré ne se battre que pour son projet de budget de la zone euro qui n’intéresse déjà plus personne ? Tant elle est moribonde.

Comme l’Europe qui n’est défendue par personne face aux nouvelles  » Grandes Invasions barbares « .

Le 21 juin 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Lire « Deux charlatans de la République » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/05/31/deux-charlatans-de-la-republique/

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