La part des cancers évitables est aujourd’hui de l’ordre de 40%.

27 Juin

Hippocrate

Ce qui est, avouez-le, considérable. D’autant que l’on connaît mieux aussi les facteurs sur lesquels il est possible, sinon facile, d’agir pour réduire la mortalité ainsi augmentée. Alors, ça ne vous tente pas ? Surtout que les lecteurs du blogue du CER sont, dans ce domaine, parmi les mieux informés : la totalité des facteurs de risque en question ont été sévèrement pointés du doigt depuis le début de nos publications avec justifications à l’appui. Pourquoi s’en priver ?…

La part des cancers dits  » évitables « , c’est-à-dire attribuables à des facteurs de risque liés au mode de vie ou à l’environnement, vient d’être réévaluée pour la France métropolitaine : elle représenterait 41 % des tumeurs survenues en  2015 chez les adultes de plus de 30 ans, soit 142 000 cas (84 000 chez les hommes et 58 000 chez les femmes). Cette estimation est le fruit d’une vaste étude coordonnée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), publiée lundi 25  juin dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH).

En  2000, la part des cancers évitables était évaluée en France à 35 %, tandis que les études portant sur d’autres pays donnent une fourchette variant entre 30 % et 50 %. L’originalité de l’étude, par rapport aux évaluations antérieures, est d’avoir élargi le spectre des causes évitables à treize facteurs majeurs de risque pour lesquels un lien avec la survenue de cancer est bien établi, et pour lesquels l’exposition des Français était connue. La consommation de viande rouge et de charcuterie ou les expositions professionnelles (trichloréthylène, gaz d’échappement du diesel) n’étaient par exemple pas prises en compte auparavant.

Isabelle Sœrjomataram, qui, au CIRC – agence intergouvernementale de recherche sur le cancer créée en  1965 par l’Organisation mondiale de la santé –, a coordonné l’étude, souligne que le message principal est positif :  » C’est une bonne nouvelle de savoir que l’on peut agir sur 40 % des cancers, en se concentrant sur treize facteurs de risque seulement.  » Le déclenchement d’un cancer peut évidemment avoir des origines multiples et combinées. La part du hasard, c’est-à-dire liée à la survenue de mutations aléatoires dans l’ADN des cellules, fait l’objet d’âpres débats scientifiques. Elle est évaluée par certains à deux tiers des mutations susceptibles de déclencher un cancer.

Le poids de l’hérédité, c’est-à-dire les prédispositions à développer certains cancers en raison de son patrimoine génétique, représenterait environ 5 % des cas. Restent les cancers dits  » évitables « . Tout l’intérêt de l’étude du BEH est donc de chiffrer le poids des déterminants sur lesquels on peut agir en modifiant des comportements (tabac, alcool, alimentation, activité physique) par la réglementation (polluants, pesticides, composants alimentaires) ou la prophylaxie (vaccins).

Sans surprise, le tabac et l’alcool restent les deux principaux  » fauteurs évitables  » de cancers, représentant 20 % et 8 % des cas, les deux sexes confondus. Chez les hommes, c’est ensuite l’alimentation qui prédomine (5,7 % des cas), tandis que chez les femmes, c’est le surpoids et l’obésité (6,8 %).  » Je ne m’attendais pas à ce que ces facteurs de risque soient si élevés, commente Isabelle Sœrjomataram. Il semble que la France suive dans ce domaine la trajectoire de pays comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.  » Il aurait suffi qu’elle lise davantage le blogue du CER !

Viennent ensuite les infections, notamment celles liées au papillomavirus (HPV), responsable de plus de 6 300 cas de cancer, essentiellement du col de l’utérus, en  2015. Puis les expositions professionnelles, avant les ultraviolets (mélanomes), le radon et les radiations d’origine médicale. La pollution de l’air extérieur, puis la présence d’arsenic et de benzène ferment la liste.

Les cancers évitables les plus nombreux sont ceux du poumon (plus de 35 000 cas évitables sur quelque 40 000 cas estimés) et du sein (presque 20 000 cas évitables sur plus de 53 000  diagnostics pour cette localisation), avant le côlon-rectum (19 000 environ). Viennent ensuite lèvres-cavité orale-pharynx (12 000 cas), mélanome (plus de 10 000), foie (7 000), estomac (6 000) et rein (environ 5 000). Les autres localisations représentent moins de 5 000  cas annuels.

Certains facteurs de risque sont définis en négatif : le fait de ne pas manger suffisamment de fruits, de légumes ou de fibres pèse autant que de manger trop de viande rouge ou transformée. Le manque d’activité physique ou un allaitement inférieur à six mois, moins protecteur pour la mère vis-à-vis du risque de cancer du sein, ont aussi été pris en compte (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/09/03/voici-pourquoi-le-nombre-de-cancers-du-sein-ne-va-pas-cesser-daugmenter-en-france/ ).

En revanche, des facteurs comme le nombre d’enfants ou l’âge de la première grossesse, connus pour peser aussi sur le risque de cancer,  » mais sur lesquels on ne peut agir de la même façon que pour l’allaitement, n’ont pas été retenus comme évitables « , souligne Isabelle Sœrjomataram. C’EST POURTANT UNE QUESTION DE VOLONTÉ . Nous en avons d’ailleurs exposé les raisons dans un certain nombre de nos articles. En effet, l’âge de la mère à la première grossesse est directement lié à trois facteurs:

1/ la longueur des études supérieures et l’accession de plus en plus tardive à une carrière professionnelle avant laquelle une grossesse est généralement refusée,

2/ l’usage de moyens contraceptifs avant la première grossesse qui en retardent nécessairement l’arrivée,

3/ dans le pire des cas, la pratique d’avortements (intitulés  » interruption prématurée de grossesse « ), en substitution à la pratique d’une méthode contraceptive, et qui en augmentent le risque cancérologique…

N’y aurait-il pas dans cette liste quelques moyens d’information, d’action ou même de persuasion des femmes ?

Cette analyse représente la somme des connaissances toxicologiques et épidémiologiques concernant la population française. Elle est une simulation, car il est très rare de pouvoir attribuer à un cas individuel une origine précise, comme pour le mésothéliome lié à l’exposition à l’amiante. Les auteurs sont conscients des limites de l’étude. Elle ne prend pas en compte certains facteurs de risque dont les effets sont encore insuffisamment documentés.

 » Cet état des lieux a permis de mettre en exergue des lacunes scientifiques (comme les expositions chimiques), mais aussi le besoin de recherche pour identifier le rôle de facteurs de risques émergents (comme les perturbateurs endocriniens) « , notent ainsi Christopher Wild, directeur du CIRC, Norbert Ifrah, président de l’Institut national du cancer, et François Bourdillon, directeur général de l’agence sanitaire Santé publique France dans l’éditorial du BEH. Cela signifie que, à mesure que des données plus solides apparaîtront, la part des cancers évitables pourrait encore augmenter.

Pour les signataires de l’éditorial du BEH, mesurer la part évitable a un intérêt majeur :  » Cibler des priorités d’action pour la prévention du cancer. «  Si l’on doit se réjouir de la baisse d’un million de fumeurs quotidiens entre 2016 et 2017, la stratégie de réduction du tabagisme à travers l’augmentation du prix doit être  » maintenue et renforcée « , notent-ils. L’alcool, l’alimentation, le surpoids devraient faire l’objet des mêmes efforts de prévention, avancent-ils, notant aussi l’efficacité potentielle des réglementations concernant les valeurs limites de produits cancérigènes dans l’environnement et en milieu professionnel pour diminuer les expositions. Ou des pistes cyclables pour encourager l’activité physique.

Isabelle Sœrjomataram souligne que, pour le tabac et l’alcool, des messages de prévention spécifiques pour les femmes seraient bienvenus. En  2000, le tabac représentait 6  % des cas de cancer chez les femmes, contre 8 % en  2015, et pour l’alcool, ces proportions sont respectivement passées de 4 % à 7 %, tandis que chez les hommes, elles sont restées stables.(Lire « La santé de nos femmes est en grand danger » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/12/28/la-sante-de-nos-femmes-est-en-grand-danger/ ).

François Bourdillon, de l’agence sanitaire Santé publique France, note quant à lui que, outre les grands domaines classiques de prévention (tabac, alcool, alimentation-obésité), l’étude  » interpelle toute la médecine du travail, l’exposition professionnelle n’étant pas négligeable « . Il se dit aussi surpris par la hauteur de l’impact des infections (HPV et virus de l’hépatite B).  » Il faudrait remettre l’accent sur la vaccination « , souligne-t-il. En France, celle contre le HPV, recommandée depuis 2007, était inférieure à 15  % chez les filles de 16 ans en  2015 alors que TOUTES les jeunes filles et même les jeunes garçons devraient être vaccinés !

L’agence sanitaire britannique Public Health England estimait très récemment que la vaccination a fait baisser de 86 % chez les jeunes femmes les infections par les deux types d’HPV causant la majorité des cancers du col de l’utérus. Outre-Manche, 80 % des garçons et filles de 14 à 25 ans sont vaccinés.

Les nouvelles données permettent aussi de mesurer certaines distorsions dans la perception de la hiérarchie des risques par le grand public. Un baromètre de Santé publique France, à  paraître, montre que, en  2015, 67 % des personnes interrogées pensaient que la pollution atmosphérique causait davantage de cancers que l’alcool. Or la pollution atmosphérique, qui a d’autres impacts sanitaires, notamment cardio-vasculaires et respiratoires,  » représente 0,4 % des cas de cancer dans notre évaluation « , rappelle Isabelle Sœrjomataram. Soit vingt fois moins que l’alcool et cinquante fois moins que le tabac.

Et pourtant, avec quoi nous bassine-t-on chaque jour ?….LA POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE ET LE RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE.

Le 27 juin 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :