Dommage que la présidence autrichienne de l’Union européenne ne dure que six mois !

4 Juil

Vendredi 29  juin, au lendemain du sommet européen que vous savez (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/29/lunion-europeenne-et-les-nouvelles-grandes-invasions-barbares-encore-un-marche-de-dupes/), le quotidien gratuit autrichien Heute titrait, avec une photo de lui en compagnie du président français Emmanuel Macron :  » L’Union européenne valide le plan de Sebastian Kurz pour les centres d’asile « . Apparaître comme celui qui donne le la sur tout le continent, c’est justement ce à quoi le  » wunderkind « , l’enfant prodige de la politique autrichienne, âgé de 31 ans seulement, travaille quotidiennement. Et il y arrive de plus en plus.

En s’adressant aux journalistes, après la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement à Bruxelles, ce conservateur (ÖVP, Parti populaire d’Autriche) qui dirige son pays de 8,7  millions d’habitants avec la droite radicale (FPÖ, parti de la liberté d’Autriche), s’est réjoui que les Vingt-Huit adoptent pour la première fois certains des projets qu’il porte depuis des années, pour limiter le nombre des arrivées de demandeurs d’asile.  » Nous sommes contents que l’attention soit enfin portée sur la protection des frontières extérieures « , a affirmé celui qui préside le Conseil de l’UE, depuis le 1er juillet, pour les six mois qui viennent.  » C’est un pas important dans la bonne direction. «  Et c’est bien notre avis bien que nos exigences et autres propositions aillent beaucoup plus loin que ce seul projet.

Faire adopter par les démocrates occidentaux les idées défendues sur les migrations par l’extrême droite et les populistes de l’Europe de l’Est, tout en évitant les dérapages sémantiques et en conservant une attitude pro-européenne, c’est le nouveau style de gouvernance qu’incarne Sebastian Kurz. Arrivé à la tête du gouvernement en décembre dernier, il se présente comme un  » pont  » entre des dirigeants ne se parlant plus, lui qui semble aussi à l’aise à converser avec le hongrois Viktor Orban – également membre du Parti populaire européen (PPE, droite) –, qu’à s’afficher auprès du président français, dont il a repris le slogan d’une  » Europe qui protège « .

 » Je préfère toujours quand on me propose d’être un pont plutôt que quand on me propose de mettre des barrières « a récemment expliqué à Vienne la ministre française des affaires européenne, Nathalie Loiseau, jamais en reste d’une blaguounette sans utilité et moins encore efficacité. Autrement dit : Paris ferait une différence entre l’intransigeance de Budapest et la position intermédiaire de M. Kurz.  » Je me souviens du rôle très positif joué par le précédent gouvernement autrichien lorsque, à la fin de l’été dernier, le président Emmanuel Macron était venu à Salzbourg et qu’une réunion avait été organisée avec l’Autriche, la République tchèque et la Slovaquie « , a ajouté Mme Loiseau. La Macronie, donc, le reconnaît : Vienne peut encore contribuer à rapprocher les positions. Si seulement elle pouvait l’obtenir dans la durée et la radicalité vis-à-vis des hordes migrantes qui tentent de déferler sur notre continent…

 » Sebastian Kurz conserve un fort capital politique, parce que c’est moins gênant pour ses partenaires allemands et français de négocier avec lui qu’avec un Viktor Orban,  » analyse avec lucidité le politologue Thibault Muzergues, qui vient de publier un essai sur le glissement idéologique actuel en Europe (La Quadrature des classes, éd. Le Bord de l’eau, 175 pages, 18 euros).  » Il a les manières qu’il faut, il n’a jamais dit, comme Orban (ndcer: même s’il le pense très fort), que la civilisation chrétienne était en danger à cause de l’immigration. Et son pays a accueilli des demandeurs d’asile (ndcer: mais c’était à l’époque où les gouvernements autrichiens n’étaient que les caniches d’Angela Merkel). Il incarne donc une politique se situant entre celle d’Angela Merkel et de Viktor Orban sur la question, en estimant qu’il faut désormais se concentrer sur l’intégration des réfugiés et limiter le flux des arrivées, pour ne pas laisser l’extrême droite prospérer. « 

Pourtant, il gouverne avec cette droite dure au point que c’est le FPÖ qui gère les affaires étrangères, la défense et l’intérieur, des portefeuilles régaliens.

L’ÖVP n’est certes pas le FPÖ. Les conservateurs autrichiens savent bien que l’Italien Matteo Salvini et Viktor Orban ne sont pas de leur côté. Et ils veulent rester vigilants de peur d’être débordés. Lorsqu’un journaliste américain a écrit, très récemment, que Sebastian Kurz était  » d’extrême droite « , il a eu droit à un petit coup de fil courroucé, émanant de l’ambassade d’Autriche à Washington.

Mais ce grand écart est parfois difficile. Le chancelier a ainsi été critiqué, quand il a parlé lors d’une rencontre mi-juin à Berlin avec le ministre de l’intérieur et président de la CSU, Horst Seehofer en guerre contre Angela Merkel, d’ » un axe des volontaires dans la lutte contre l’immigration illégale «  avec Rome et Berlin. Le terme est apparu connoté historiquement, renvoyant à l’entente entre Berlin, Rome et Tokyo, pendant la seconde guerre mondiale, aux yeux de ceux qui persistent à vouloir faire l’amalgame entre la droite ferme de l’Europe actuelle, le fascisme de l’Italie de Mussolini et le national-socialisme d’Hitler.

Et tous s’y mettent dans cet hallali, jusqu’aux coups bas. Dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit, l’ancien chef de la formation libérale NEOS, Matthias Strolz, qui explique avoir bien observé les méthodes du chancelier, Sebastian Kurz serait un   » opportuniste sans vision « , la figure de proue d’un nouveau courant  » national conservateur  » dangereux. Il chercherait à  » jouer sur les émotions «  provoquées par les flux migratoires pour  » polariser «  la société et en  » profiter «  politiquement. Qui veut tuer son chien l’accuse de la rage !

Mais, hélas, la présidence de l’Union européenne par l’un de ses membres les plus avisés ne dure que six mois…

Le 4 juillet 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Dommage que la présidence autrichienne de l’Union européenne ne dure que six mois !”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 4, 2018 à 1:41 #

    mais poutr six mois, nous aurons l’exemple de ce qu’il est possible de faire concrètement.

  2. conseilesperanceduroi juillet 4, 2018 à 2:42 #

    Parfaitement d’accord avec vous. Et comme la pédagogie est l’art de la répétition…cela donne de l’espoir.

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