Les Français et l’Union européenne.

10 Juil

Selon l’enquête annuelle sur les « fractures françaises », réalisée par Ipsos Sopra-Steria et publié par Le Monde (https://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2018/07/09/apres-un-an-de-presidence-macron-l-optimisme-s-est-dissipe_5328157_823448.html), à peine une personne sur deux pense que l’appartenance à l’UE est une bonne chose. Souvenez-vous que nous sommes à moins d’un an des prochaines élections européennes et qu’il nous faut par conséquent profiter de cette excellente fenêtre de tir…

L’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République avait pu susciter un regain d’enthousiasme pro-européen, du moins dans son électorat. Mais un an après, l’enquête Ipsos en question constate que la perception de l’Union européenne reste des plus clivantes dans une opinion publique française pas encore franchement eurosceptique (comme l’Italie ou les pays du groupe de Visegrade), du moins largement déçue par la construction communautaire.

D’après cette étude d’opinion, 53 % des Français, contre 58 % en juin 2017, jugent que l’appartenance à l’UE est une « bonne chose », ou une « très bonne chose ». Au contraire, 31 % sont d’avis qu’il s’agit d’une « assez » ou d’une « très mauvaise chose », une proportion en hausse de 5 points de pourcentage en un an. « L’UE est plébiscitée par les catégories moyennes et supérieures (ndcer: toujours très attachées à la seule consommation, au libre échange voire au mondialisme) mais rejetée par des catégories plus populaires », observe l’institut Ipsos, chiffres à l’appui : deux tiers des cadres jugent ainsi positivement l’appartenance à l’ensemble continental, tandis qu’un ouvrier sur deux la considère comme une « mauvaise chose ».

De même, une majorité de personnes interrogées (52 %) estime que l’appartenance à l’UE a tendance à aggraver les effets sur les Français des crises traversées par l’UE, contre 30 % d’un avis contraire (et 18 % qui considèrent que le fait d’appartenir à l’Union est sans impact). Pour un peu plus d’un tiers des personnes interrogées, l’UE suscite avant tout de la déception, plutôt que du rejet (9 %), de l’adhésion (6 %) ou de l’espérance (16 %). Quel dommage qu’ils faille toujours trop de temps pour que les évidences soient partagées par une majorité de citoyens.

Sans surprise, les électeurs de La République en marche (LRM) restent les plus favorables à l’Union européenne. Ils sont 87 % à considérer que l’appartenance à l’UE est une « bonne chose » (contre à peine 15 % qui pensent de même du côté du Rassemblement national – RN). Prouvant ainsi combien l’électorat majoritaire d’Emmanuel Macron est lié au mondialisme cosmopolite et ploutocrate. L’UE contribue même à protéger les Français pour plus de deux électeurs LRM sur trois.

Sans surprise, ceux du RN sont les plus réservés. Ils jugent ainsi à 85 % que l’appartenance à l’UE aggrave pour leur pays les crises endurées par le Vieux Continent. Au passage, les électeurs RN estiment toujours à 68 % que la France devrait sortir de l’euro pour revenir au franc (contre 27 % pour l’ensemble du panel Ipsos) – une proportion en nette hausse en un an, en dépit du rétropédalage de Marine Le Pen à ce sujet depuis sa défaite présidentielle. Les sympathisants des autres formations politiques rejettent en revanche massivement l’option d’une sortie de la zone euro. Mettant en évidence le fait qu’ils n’ont pas encore tout compris à la tragédie européenne !

Les dernières passes d’armes à propos des migrants n’ont sans doute rien arrangé : toutes les politiques de l’Union européenne, à commencer par celles concernant les migrants (à 63 %), sont jugées de façon négative par l’opinion publique française. Ouf ! Les plus critiques étant naturellement les électeurs du RN. Du coup, 64 % des sondés (dont 87 % des électeurs RN et 38 % de ceux de LRM) estiment qu’il faut renforcer les pouvoirs des capitales, plutôt que de confier de nouvelles compétences aux instances communautaires.

Enfin, les deux tiers des Français sont d’avis que l’Europe n’a pas réagi avec assez de force aux décisions récentes du président américain, Donald Trump, concernant l’Iran ou le commerce. Ils ne sont que 30 % à trouver que la réponse de l’UE a été « appropriée ». Ce constat est l’un des rares qui fasse un tant soit peu consensus, quels que soient la proximité politique ou le profil sociologique des personnes interrogées. Mais, dans la foulée, 46 % des sondés sont d’avis qu’il faudrait renforcer le rôle de l’UE dans le domaine international.

Il est vrai qu’ils ne sont pas à une contradiction près…

Le 10 juillet 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “Les Français et l’Union européenne.”

  1. Hervé J. VOLTO juillet 11, 2018 à 11:12 #

    La stratégie annoncée en fin de semaine dernière par la Première ministre britannique Theresa May pour sortir le Royaume-Uni de l’UE semblait menacée lundi par les démissions de son ministre britannique chargé du Brexit David Davis et du secrétaire au Foreign Office Boris Johnson. Elle a eu ce week-end une série d’entretiens téléphoniques avec plusieurs dirigeants européens dont le président de la Commission Jean-Claude Juncker. Un nouveau cycle de négociations est prévu la semaine prochaine à Bruxelles, sous la houlette de Michel Barnier.

  2. Hervé J. VOLTO juillet 11, 2018 à 11:14 #

    Boris Johnson a quitté le gouvernement de Theresa May. Ce pour éviter l’isolement. Une démission en coup de tonnerre pour le ministre des Affaires étrangères et porte-drapeau des Brexiters depuis plus de deux ans. Toute la journée, la presse britannique s’est demandé où était le ministre après qu’il ne s’est pas présenté à deux réunions officielles où il était attendu.

  3. Hervé J. VOLTO juillet 11, 2018 à 11:14 #

    On veut dégouter l’opinion public des Français sur un possible Frexit…

  4. Hervé J. VOLTO juillet 11, 2018 à 11:37 #

    Un dernier pour la route…

    La victoire d’une jeune femme de 28 ans aux primaires démocrates dans le 14e district de New York (contre un cacique du parti) confirme-t-elle une demande mondiale de renouvellement politique ? On enregistre là, une fois de plus, un désir de charisme, d’authenticité et d’engagement, propice aussi à des discours forts, identitaires et idéologiques. Cette tendance, qui trouve ses origines dans des situations très locales ou dans des situations sociales très précises, ne sera pas sans conséquences sur la politique internationale. Comment, alors, la prendre en considération à l’échelle diplomatique ?

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