Catalogne : comme prévu, ces conciliabules ne mèneront pas bien loin.

11 Juil
Vous vous souvenez que le nouveau chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui ne dispose que d’une minorité de députés à Madrid, n’a été élu en juin dernier que grâce à un coup de force législatif et à l’union de circonstance d’une carpe et de quelques lapins…Parmi ceux-ci, figuraient des députés séparatistes catalans qui espéraient faire avancer leur cause plus facilement qu’avec le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy.Nous avions pourtant prévenu Pedro Sanchez des risques de telles alliances (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/06/02/quien-te-hizo-rey/).

Le président séparatiste catalan Quim Torra et le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez se sont pourtant rencontrés ce lundi à Madrid. Mais cette reprise du dialogue reste timide. Sitôt terminée, chacun des deux camps est revenu aux postitions de principe…

 
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a rencontré ce lundi le président séparatiste catalan Quim Torra à Madrid.
Le président séparatiste catalan Quim Torra et le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez à Madrid 

Le président séparatiste catalan a rappelé lundi qu’il n’abandonnerait «aucune voie» vers l’indépendance alors que le gouvernement de Madrid a rejeté toute idée de référendum d’autodétermination, à l’issue d’une rencontre au sommet entre les deux hommes qui avait pour objectif de renouer le dialogue après la tentative de sécession d’octobre 2017, mise à mal par la fermeté du précédent gouvernement. «Toute solution passe par le respect du droit à l’autodétermination de la Catalogne. Le gouvernement catalan ne renonce à aucune voie pour parvenir à l’indépendance de la Catalogne», sous-entendu y compris à la voie unilatérale, a insisté Quim Torra devant la presse au siège de la délégation de Catalogne à Madrid.

Peu de temps auparavant, la vice-présidente du gouvernement espagnol Carmen Calvo avait de son côté réitéré qu’un tel droit «n’existe pas» dans la Constitution espagnole. «Il y a très peu de choses à dire» sur le sujet, a-t-elle souligné. «Une crise politique requiert une solution politique. Cette réunion est un point de départ constructif pour normaliser les relations», a tweeté Pedro Sanchez en espagnol et en catalan à l’issue de la réunion, la première depuis plus de deux ans entre un chef de gouvernement espagnol et un président régional catalan.

La Catalogne a été l’automne dernier le théâtre de la plus grave crise politique qu’ait connue l’Espagne depuis son retour à la démocratie quand le gouvernement régional de Carles Puigdemont a organisé un référendum illégal d’autodétermination le 1er octobre avant que le parlement catalan ne déclare unilatéralement l’indépendance le 27 octobre.

En réponse, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy avait – avec l’appui de Pedro Sanchez alors dans l’opposition – mis sous tutelle la région, destitué son exécutif, dissout son parlement et convoqué de nouvelles élections régionales.

Un scrutin remporté de nouveau le 21 décembre par les indépendantistes, dont les principaux dirigeants ont été emprisonnés ou ont fui à l’étranger comme Carles Puigdemont qui attend en Allemagne la décision de la justice sur la demande d’extradition de l’Espagne.

La tutelle imposée à la région a été levée en juin, après des mois de blocages, lors de la prise de fonction de l’exécutif de Quim Torra.

Malgré cette opposition frontale sur la question de l’autodétermination, Pedro Sanchez et Quim Torra ont en revanche décidé de remettre sur pied les commissions bilatérales entre le gouvernement central et l’exécutif régional portant notamment sur les questions de travail, de santé, d’environnement ou d’éducation. Des commissions que le précédent gouvernement conservateur de Mariano Rajoy avait abandonnées à son arrivée au pouvoir en 2011.

A la tête du gouvernement depuis le 1er juin grâce notamment aux voix des indépendantistes catalans, lors du vote d’une motion de censure contre Carlos Rajoy, Pedro Sanchez avait promis immédiatement d’apaiser les tensions avec la Catalogne. Il avait pourtant qualifié Quim Torra deux semaines auparavant de «Le Pen de la politique espagnole» !

Si le gouvernement est opposé à tout référendum, la ministre de la Politique territoriale Meritxell Batet avait en revanche prôné début juin une révision de la Constitution afin d’aller vers une structure fédérale de l’Etat espagnol pour résoudre la crise catalane.

Mais avec 84 députés sur 350, les socialistes de Pedro Sanchez n’ont aucune chance de la voir aboutir. «Il n’y a pas de majorité en Espagne pour faire une révision de la Constitution. La droite peut la bloquer», note Fernando Vallespín, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Madrid.

En résumé, Pedro Sanchez ou pas, cette affaire catalane reste une impasse. Situation jamais bien fameuse en Espagne…

Le 11 juillet 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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