Même la Suède en vient à lutter contre l’immigration clandestine. C’est dire…

14 Juil

Vous rendez-vous compte ? La Suède. L’archétype du pays d’accueil depuis des décennies. Au point de donner des leçons d’intégration à la Terre entière. Mais au point aussi que…l’idéal de la jolie suédoise, élancée, blonde et aux magnifiques yeux bleus de notre jeunesse a quasiment disparu d’un paysage désormais métissé.

Une équipe de natation junior en Suède : la dernière génération de « chères têtes blondes »

Le 14  juin, la majorité municipale d’Eskiltuna (commune de 105 000  habitants située à 110  km à l’ouest de Stockholm), composée de sociaux-démocrates, de conservateurs et de centristes, a voté une motion, avec le soutien de l’extrême droite, soumettant la  » collecte passive d’argent «  (mendicité) sur la voie publique à une autorisation, obtenue en commissariat contre le paiement d’un droit. Motion visant ici plus précisément les Roms Bulgares et Roumains.

De l’avis général, l’arrêt devrait être annulé par le conseil régional. Mais le message est clair, selon Carolina Bäck, la chef de Stadsmission, l’association d’aide aux sans-abri :  » Dans les faits, il s’agit d’une interdiction de mendier à destination de personnes en situation très précaire qu’on présente comme un trouble à l’ordre public. «  Elle y voit un signe de la  » polarisation «  du débat à Eskilstuna, ville tiraillée par des vents contraires : creuset industriel devenu cité universitaire, petite commune de province englobée dans le grand Stockholm, foyer d’immigration où l’intégration s’est arrêtée, dans le sillage des crises successives. Bref, la fin piteuse d’une belle utopie !

Les sociaux-démocrates (SAP) – entendez socialistes – y gouvernent depuis 1919. En  2014, ils se sont alliés aux  conservateurs et aux centristes, après avoir gouverné dix-neuf ans avec le Parti de gauche (Vänsterpartiet, gauche radicale). Maria Chergui, leader de la formation désormais dans l’opposition, ne décolère pas :  » On a fait de notre ville une pépinière où on tente des expériences pour voir ce qui peut être appliqué ailleurs. « 

De fait, la direction du SAP à Stockholm ne cache pas son intérêt pour l’arrêt mendicité et le  » modèle Eskilstuna « . A la tête de la municipalité depuis 2011, Jimmy Jansson, incarnation d’une frange décomplexée du parti, longtemps tenue à distance de peur de faire le jeu des Démocrates de Suède (SD, extrême droite). A 40 ans, le cheveu gominé et la mise soignée, l’élu mentionne volontiers ses origines ouvrières, comme pour montrer que l’ascenseur social ne lui a pas fait oublier d’où il vient. Encarté à 16 ans, il se présente comme un  » social-démocrate de cœur « , plaçant la  » solidarité «  au centre de l’idéologie de son parti.

Jimmy Jansson vante les résultats de sa politique : le plus gros recul du taux de chômage des jeunes dans tout le pays, une baisse de plusieurs milliers du nombre d’allocataires de l’équivalent du revenu de solidarité active (RSA) français, des créations d’emplois à la pelle.  » On est exigeants, résume-t-il. Si vous touchez des allocations, vous ne pouvez pas dire non à  l’apprentissage du suédois, à une formation professionnelle ou à un emploi. On va jusqu’aux extrémités de ce que la loi nous autorise à faire « , lance-t-il fièrement.

Trop longtemps, dit-il, les sociaux-démocrates sont restés  » aveugles «  aux problèmes en marge de la société :  » L’exclusion, le chômage, la criminalité.  » De peur d’en reconnaître les causes :  » L’immigration « , assène-t-il.  » Ce n’est pas une exagération de dire que la quasi-totalité des jeunes qui se tirent dessus, se font exploser et se battent pour le marché de la drogue sont d’origine étrangère. « 

Accueillir 163 000 demandeurs d’asile en  2015 n’était pas une erreur  » d’un point de vue humain « . Mais cela l’était  » pour la cohésion de la société «  et pour  » l’ouvrier, l’employé, le prof, qui travaille, s’use la santé, paie ses impôts, voit la société s’enrichir, mais n’en touche pas les bénéfices qui vont aux 35 % de personnes nées à l’étranger et sont au chômage à Eskilstuna « .

Le propos surprend tant il est en décalage avec le discours que tenait le parti il y a encore quelques années. Maria Alias, 33 ans, née en Irak et arrivée en Suède à 6 ans comme réfugiée, l’assume :  » On s’est réveillés, lance la jeune femme, candidate au Parlement. On a pris conscience des problèmes. Nous sommes un parti qui promeut l’ordre. On n’est pas racistes, on est réalistes ! « 

A ses côtés, Ann-Sofie Wagström, 57 ans, élue municipale depuis vingt-sept ans, approuve, mais reconnaît que cela lui  » fait un peu mal au ventre «  d’entendre parler, à longueur de journée, du durcissement des conditions d’accueil et de la lutte contre la criminalité. Parfois, elle a  » du mal à reconnaître «  son parti. Elle préférerait  » discuter de santé, des maternités qui ferment, des écoles « . Mais elle précise aussi qu’elle  » ne veut pas revenir en  2015 « , quand, ajointe aux affaires sociales, elle a dû gérer l’arrivée de 700 mineurs demandeurs d’asile, dont il a fallu organiser en catastrophe la scolarisation.

Le 4  mai, Eskilstuna s’est retrouvée au cœur d’un psychodrame quand sa députée Sara Karlsson, ex-femme de Jimmy Jansson et tenante d’une politique généreuse de l’asile, a  quitté son siège au Parlement. Le premier ministre, Stefan Löfven, venait d’annoncer que les restrictions temporaires au droit d’asile, adoptées en  2015, seraient pérennisées.

Devant deux grands drapeaux bleu et jaune, dans son bureau à la mairie, Kim Fredriksson, leader des SD (droite dure), jubile. Aux dernières élections en  2014, son parti a obtenu 16,4  % des voix. Les sondages le donnent à plus de 20  % au scrutin législatif du 9  septembre. La majorité a beau nier son influence, lui est convaincu du contraire :  » On voit bien comment les autres partis ont ajusté leur discours sur l’immigration et la criminalité. «  Son obsession du moment : les caméras de surveillance, dont il veut truffer la ville.

Le 20  juin, la municipalité a révélé les résultats du test de drogue qu’elle a fait réaliser dans ses eaux usées au printemps : les analyses ont montré des taux élevés de cannabis et d’amphétamines. Une semaine plus tard, un coup de feu a été tiré près de la gare, atteignant un homme à la jambe, au cours d’un règlement de comptes entre trafiquants de drogue.

Arby, dans le nord de la ville, est l’un de ces quartiers. Environ 4 600 personnes, dont 60 % d’origine étrangère et 20 % de chômeurs, y vivent dans des barres d’immeubles de sept étages. Toutes les problématiques des banlieues défavorisées s’y retrouvent. Mais  » les responsables politiques ont juste l’air de découvrir ce qui existe depuis des années « , s’énerve Pamela Jovanovic, présidente de l’association du quartier. Résultat : à Arby aussi, les SD progressent.

En Suède, comme chez nous,  » Ils ont des yeux et ne voient point « . Mais  » Les faits sont têtus ! « 

Le 14 juillet 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :