La fin piteuse de l’un des plus emblématiques comités Théodule du gouvernement Macron.

5 Août

Emmanuel Macron, qui avait promis aux Français (dont beaucoup l’ont cru) de ne pas gouverner comme ses prédécesseurs, n’a pas échappé pourtant à leur folle manie de créer un nombre considérable de ces « machins qui ne servent à rien« , ces fausses boites à idées, qui donnent l’illusion que le gouvernement réfléchit et que le chef de l’Etat consulte mais dont il ne sort jamais rien d’utile ni d’efficace. Le général de Gaulle, dans sa grande sagesse et avec le bon sens qu’on lui a connu, nommait ces attrapes couillons des « comités Théodule » :

http://m.ina.fr/video/I00012370/charles-de-gaulle-petite-phrase-le-comite-gustave-theodule-hippolyte-video.html

C’est ainsi qu’il créa (mais qui s’en souvient ?), le 29 août 2017, le Comité présidentiel pour l’Afrique (CPA), un groupe hétéroclite de 10 personnalités issues de la diversité (https://fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_présidentiel_pour_l%27Afrique) et ayant pour objectif de « nourrir la politique africaine d’Emmanuel Macron, de lui faire remonter des propositions et redescendre la perception de sa politique sur le continent. » Rien de tout cela, bien sûr, ne s’est produit…
Puis, lui vint une autre idée. Trouver des suggestions pour baisser la dépense publique. Ingénieuse pensée au demeurant. Sauf qu’il décida de créer un nouveau comité Théodule pour l’y aider !
Et c’est ainsi que naquit, à l’automne 2017, ce modèle de grand oeuvre technocratique que fut (il vient de mourir), le   » Comité action publique 2022  » (CAP22), dont le vrai-faux rapport explosif alimente la chronique depuis un an. Au début, il y a donc la volonté du plus jeune président de la Ve République de transformer l’Etat, censé rendre un service meilleur  et moins coûteux. Cette fois, la méthode sera  » radicalement différente « , promet le Premier ministre et La Voix de son maître, Edouard Philippe. Plus de rabot, mais des réformes qui dégageront des économies. Pour la première fois, assure Matignon, l’Etat investit même dans le changement : 700 millions d’euros financeront des projets de transformation.

En octobre 2017, le gouvernement lance donc le processus en grande pompe sous les ors de l’ancienne salle à manger de l’hôtel de Matignon, aujourd’hui appelée  » salle du conseil « . Le lieu est imposant : des dorures du XIXe siècle encadrent des médaillons évoquant les fables de La Fontaine ; une immense tapisserie des Gobelins illustre l’histoire de Don Quichotte. Peut-être aurait-il fallu y voir un avertissement sur la vanité des entreprises humaines…

Si le gouvernement voit grand, la genèse de la réforme ne brille pas par son originalité : une fois de plus, c’est une bonne vieille commission d’experts qui est appelée à la rescousse. On compose un mélange d’élus, de hauts fonctionnaires, de chefs d’entreprise… CAP22 devra, dans les six mois, dégager des pistes pour aider l’Etat à être plus efficace et moins cher. Le gouvernement mettra en scène le temps de la réflexion, avant d’annoncer ses choix. Classique.

Mais l’opération prend rapidement des airs d’usine à gaz. C’est une énorme machine qui s’ébroue. Le programme se décline à l’infini : trois objectifs, six  » principes-clés « , deux  » phases « … A côté du CAP22, piloté par trois vice-présidents, un  » Comité jeunes  » est monté :  » J22 « .  » Des chantiers interministériels “boîtes à outils”  » sont ouverts, ainsi qu’un  » forum de l’action publique « . Les ministres, eux aussi, doivent entrer dans la danse et présenter un plan !

Les esprits les moins alertes se perdent vite dans ce tourbillon d’initiatives. Les journalistes se font expliquer et réexpliquer qui fait quoi et dans quel but.  » Le gouvernement ne savait pas où il allait, constate la sénatrice LR Christine Lavarde, membre du CAP22. On leur demandait quelle forme prendrait nos travaux, mais nous n’avions pas de réponse. C’était de l’improvisation « , poursuit-elle.

A la complexité du processus s’ajoute sa lourdeur. Il y a beaucoup de monde dans CAP22, 34  personnes secondées par un délégué interministériel à la transformation publique, l’ex-conseiller élyséen Thomas Cazenave. Et chaque membre est accaparé par ses obligations professionnelles.  Le comité se met au travail, et c’est laborieux. Certains membres se désintéressent des débats, d’autres s’y investissent pleinement. Des tensions apparaissent : on accuse les proches de Macron d’être obnubilés par les économies et d’avoir pris les commandes. Les rênes sont, il est vrai, tenues courtes. Les sous-groupes travaillent séparément et font remonter leurs idées aux trois vice-président, les seuls à avoir une vision d’ensemble. Tout est verrouillé, pour éviter les fuites. Une méthode chère à l’Elysée…

Parallèlement, le gouvernement lance la réforme de la fonction -publique, le 1er février. Une concertation devra être conduite pendant une année, et l’on promet de bousculer quelques tabous, comme le recours accru aux contractuels dans la fonction publique. Ce jour-là, une formule de Gérald Darmanin claque : le ministre du budget évoque rien de moins qu’ » un plan de départs volontaires «  chez les fonctionnaires. Les esprits s’échauffent. Très attendu, traqué par les journalistes, le rapport de  » CAP22  » devient l’objet de tous les fantasmes. Mais les retards s’accumulent. Au printemps, le gouvernement donne l’impression de chercher une porte de sortie. Fin avril, un mois après la date prévue pour la publication du rapport, c’est celui de Jean-Louis Borloo sur la banlieue qui défraie la chronique. Pour le gouvernement, qui l’enterre dans la douleur, le psychodrame autour du rapport Borloo sert de leçon : plus question de s’empêtrer dans une polémique sur la base de propositions qui ne sont pas retenues in fine.

Le sort de CAP22 est donc scellé : soucieux de déminer, le gouvernement cherche le moyen de débrancher cette machine infernale qu’il a lui-même lancée. Sans cesse repoussée, la publication du rapport est renvoyée aux calendes grecques. L’exécutif souhaite passer aux travaux pratiques : les réformes seront annoncées au fur et à mesure, une fois ficelées. Mais sans tambour ni trompette. Le 12  juillet, Edouard Philippe reçoit les membres du comité.  » On s’est tous dit : On vient assister à notre enterrement !”, raconte un membre. Et, en effet, Edouard Philippe nous a dit que le rapport n’avait pas vocation à être publié…  » 

 » Avant Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et François Hollande avaient eux aussi lancé une grande réforme de l’Etat, note un conseiller à la Cour des comptes. Au début, c’était le même enthousiasme. Lui aussi, Sarkozy avait dit qu’il n’était pas question de faire du rabot, mais qu’il fallait évaluer les politiques publiques avant d’éventuellement en supprimer certaines. Puis le gouvernement réalise que les propositions sont inaudibles. Entre-temps, sa popularité est retombée, les fuites ont réveillé les oppositions, et c’est la grande paralysie.  » 

C’est fou comme plus ça change et plus c’est la même chose !*

Le 5 août 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

« Plus ça change, plus c’est la même chose. » Alphonse KARR (1808-1890), titre de deux recueils d’articles, Les Guêpes, janvier 1849

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Une Réponse to “La fin piteuse de l’un des plus emblématiques comités Théodule du gouvernement Macron.”

  1. Hervé J. VOLTO août 5, 2018 à 12:59 #

    Vous voulez faire des économies ?

    1. Supprimer les cabinets ministériels et ne concerver que le cabinet du Chef d’Etat, à l’américaine.

    2. Suupprimer les conseils régionaux et revenir au Préfet, représentant le chef d’Eatat dans la colllectivité territoriale qui lui est confié, à la Napoléon ou à la Louis XVIII : trops de dépense publiques, c’est trop d’impôts.

    3. Abaisser ces pu… rés d’impots sous un seuil de 23% du revenu : les employeurs y gagneront en compétitivité et les employés en pouvoir d’achat (moins de txte à payer, plus d’argent sur le chéquier !).

    Consultez vos conseils…

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