Donald Trump et l’Iran : au-delà des apparences.

7 Août

Ne vous fiez pas aux apparences pas plus qu’aux commentaires de nos médias pour qui Donald Trump n’est que le démolisseur de l’oeuvre indépassable de leur icône, Barack Obama.

Car, au-delà de ses Tweet en lettres majuscules et de ses rodomontades, le président des Etats-Unis a, plus souvent qu’on ne le dit, de la suite dans les idées. Son contentieux avec l’Iran en témoigne. C’est, en effet, une guerre d’usure que Donald Trump a engagée avec Téhéran. Il la poursuit méthodiquement. Mais pas pour les raisons que l’on croit ni pour les conséquences que l’on nous dit.

Que voient nos médias et à quoi assistent, médusés, nos dirigeants politiques…sans rien y comprendre ?

Une guerre diplomatique, d’abord. Le candidat Trump n’avait pas eu de mots assez durs pour fustiger l’accord sur le gel et le contrôle du programme nucléaire iranien signé à Vienne, en juillet  2015, avec la République islamique par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies (Etats-Unis, Russie, Chine, France et Grande-Bretagne), auxquels s’était associée l’Allemagne. Le 8  mai, il a donc décidé unilatéralement de se retirer de cet accord.

Une guerre psychologique, ensuite. Ces dernières semaines, le ton est monté entre Washington et Téhéran. Le 22  juillet, le président iranien, Hassan Rohani, mettait en garde les Etats-Unis :  » L’Amérique devrait savoir que la paix avec l’Iran est la mère de toutes les paix et que la guerre avec l’Iran est la mère de toutes les guerres. «  Réponse de Donald Trump, deux jours plus tard :  » Ne menacez jamais plus les Etats-Unis ou vous paierez des conséquences comme peu en ont connu à travers l’Histoire.  » Mais ne croyez pas que ces mots soient autre chose que…des paroles verbales. Car l’essentiel, pour Trump, n’est pas là.

Une guerre économique, enfin. Sortant de l’accord de Vienne, Washington a décidé de rétablir de façon graduée des sanctions à l’encontre de Téhéran, assorties d’efficaces menaces de rétorsion contre toute entreprise, européenne notamment, qui chercherait à les contourner. Depuis le 6  août, les blocages visent les transactions financières, les importations de matières premières et les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique. Et ce n’est qu’un début car en novembre, ce sont les exportations de pétrole, vitales pour l’économie iranienne, qui feront l’objet du blocus américain. Résultat, depuis le mois d’avril, la monnaie iranienne s’est dépréciée de plus de moitié par rapport au dollar, menaçant d’asphyxier plus encore Téhéran.

C’est donc le cœur de l’accord de Vienne que veut frapper Donald Trump : le président Rohani avait promis aux Iraniens l’ouverture économique et la prospérité retrouvée en échange du gel du programme nucléaire. Cet espoir est mort, à l’évidence. Les Iraniens l’ont bien compris, tant l’inquiétude est lourde et la nervosité palpable à Téhéran et dans de nombreuses villes du pays, où des manifestations sporadiques se sont développées depuis le début de l’année.

Trump voulait isoler l’Iran ? L’opération est en bonne voie. Escompte-t-il, dans la foulée, acculer Téhéran à renégocier un accord beaucoup plus dur et contraignant que celui de 2015 ? Les responsables iraniens ont, pour l’heure, écarté catégoriquement une telle éventualité. Espère-t-il déstabiliser, voire inciter au renversement du régime des mollahs ? Tout semble démontrer, au contraire, que celui-ci est encore en mesure de réprimer ou de juguler tout mouvement de révolte.

Alors, que veut finalement Donald Trump ? Tout simplement, se faire le bras séculier de ses amis d’Arabie saoudite et d’Israël. Et donc faire admettre à l’Iran, selon les termes du secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, qu’il n’aura  » plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient « , par l’intermédiaire de ses milices au Liban, en Syrie, en Irak ou au Yémen.

C’est risqué mais, là aussi, l’opération est en bonne voie. Une façon de reprendre un peu de terrain à la Russie.

Mais cela nous rappelle aussi un excellent ouvrage :

Le 7 août 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Donald Trump et l’Iran : au-delà des apparences.”

  1. Catoneo août 7, 2018 à 3:57 #

    Comme vous le signalez en fin d’article, le régime des Mollahs ne pliera pas. Le clergé et ses affidés ont capté la moitié de l’économie iranienne, engrangé une épargne considérable, tiennent les robinets pétroliers qui y abondent, et salarient une milice intérieure aussi bien équipée qu’une armée classique.

    En cas de révolte du peuple, tous les ingrédients existent pour réprimer la contestation dans le sang comme le faisait Saddam Hussein et nous le montre Bachar el-Assad. A partir d’un certain nombre de morts on ne parle plus que de statistiques, disait Staline. Au nom de « Dieu est grand » la théocratie chiite incinèrera les « impies » par centaines de milliers !

    L’autre projet (celui d’Obama) était plus subtil : pourrir la société iranienne par le Coca et les Levis 501, avec du rock en renfort. Cela a bien marché dans les pays de l’Est avant la chute du Mur, et il n’y avait pas encore Internet.

  2. Hervé J. VOLTO août 7, 2018 à 6:39 #

    Selon Clément Therme, Chargé d’enseignement -Discipline(s) : Sociologie Institution de rattachement : Institut d’études politiques (IEP de Paris)- «En Iran, Hassan Rohani n’a plus de modèle alternatif à proposer après le retour des sanctions américaines».

    Alors que le pouvoir iranien doit répondre à une nouvelle vague de manifestations, la première série de sanctions américaines contre l’Iran, provoquée par le retrait de l’administration Trump en mai de l’accord nucléaire, est entrée en vigueur lundi. Ces sanctions concernent notamment l’industrie automobile et les échanges de monnaie. Elles seront suivies par celles, à partir du 4 novembre, qui viseront l’industrie pétrolière de la République islamique. Objectif : étouffer l’économie iranienne pour obtenir un changement de régime ou un changement radical de sa politique étrangère en Syrie, au Liban et au Yémen.

    Ces manifestations sont menées par les classes populaires, contrairement à celles de 2009 guidées par la bourgeoisie et les intellectuels. Elles rassemblent des catégories corporatistes comme les gens du Bazar (grand marché de Téhéran), les transporteurs, les ouvriers, les villageois ; des minorités religieuses comme les soufis ; les populations victimes de problèmes d’eau, d’électricité, des dégâts environnementaux. Les manifestants n’ont rien à perdre et n’hésitent pas à défier les forces de sécurité. Certains aspirent à la fin de la République islamique…

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