L’Union européenne n’est pas armée pour faire face à la guerre économique qui s’annonce.

7 Août

Chacun le voit, une guerre économique s’annonce. Ainsi, mercredi 1er août, les autorités américaines ont révélé qu’elles envisageaient d’imposer des droits de douane de 25 % sur 200 milliards de dollars (environ 171 milliards d’euros) de produits chinois importés, et non de 10 %, comme évoqué jusqu’ici.

Si la mesure ne sera probablement pas confirmée avant début septembre, une chose est sûre : l’escalade des tensions commerciales, avec une réponse déjà programmée de Pékin portant sur 60 milliards de dollars d’importations américaines en Chine, n’aura pas seulement des conséquences financières directes sur les secteurs ciblés.  » Elle pourrait aussi aboutir à une reconfiguration des flux des échanges mondiaux en faveur du commerce intra-Asie « , explique Mathilde Lemoine, chef économiste du groupe Edmond de Rothschild, qui vient de publier une note sur le sujet ( » A qui profite l’offensive commerciale américaine ? « ).

Pour le comprendre, il faut distinguer les apparences de  la réalité et rappeler qu’au-delà des coups d’éclat, le fondement de la politique agressive de Donald Trump est de réduire le déficit commercial du pays en regagnant des parts de marché. En effet, celles-ci ont fondu ces dernières décennies.

Aujourd’hui, les exportations américaines pèsent 9,4 % des exportations mondiales, contre 12  % dans les années 1970. Dans le même temps, celles de l’Asie sont passées de 15 % à 34 %, tandis que celles de l’Union européenne (UE) représentent 38,4 %.  » L’Asie capte une part toujours plus grande du commerce mondial, au détriment de l’Europe et des Etats-Unis « résume Mme Lemoine.

Depuis 2009, cette montée en puissance s’accompagne d’une intensification des échanges entre l’empire du Milieu et ses partenaires asiatiques. La part de l’Asie émergente est ainsi passée de 10 % à 16 % dans les exportations chinoises entre 2009 et 2017.

La bataille commerciale avec les Etats-Unis pourrait encore accentuer cette régionalisation.  » Si la Chine a riposté aux attaques américaines en augmentant les droits de douane à 25 % sur 50  milliards de dollars de produits importés des Etats-Unis, elle a parallèlement abaissé ses taxes sur des produits agroalimentaires venant de Corée du Sud, d’Inde, du Laos, du Sri Lanka et du Bangladesh afin de soutenir l’activité économique de la région « , rappelle Mme  Lemoine.

Cet aggiornamento pourrait également avoir un impact sectoriel, avec une recomposition des échanges, en particulier dans l’électronique et l’automobile. D’un côté, la Chine a ainsi réduit de 25 % à 15  % les droits de douane sur les importations de voitures le 1er  juillet. De l’autre, l’accord de libre-échange entre le Japon et l’UE signé le 17  juillet prévoit de réduire les taxes sur les importations européennes de voitures japonaises. Résultat : les producteurs du Vieux Continent pourraient être soumis à une concurrence plus rude sur leur sol comme en Asie.

Afin d’accompagner la montée en gamme de son économie et de ses exportations, la Chine, qui a déjà assoupli sa politique monétaire, a annoncé mi-juillet qu’elle s’apprêtait à adopter une politique budgétaire  » plus vigoureuse  » pour «  stimuler la demande interne « . Et ce, en investissant dans les infrastructures, en soutenant l’innovation et en baissant les impôts pour les entreprises.

Pour sa part, Donald Trump envisage également de nouvelles mesures de soutien, notamment aux exportateurs, en plus de la relance fiscale déjà adoptée.  » Dit autrement, la course aux parts de marché entre Pékin et Washington pourrait aboutir à un nouveau stimulus budgétaire pour l’économie mondiale « , relève Mme  Lemoine.

Dans son scénario, les échanges entre la Chine et les Etats-Unis plongeraient de 30 %, mais les trois quarts de la chute des exportations chinoises vers Washington seraient compensés par la hausse des ventes vers d’autres pays. Les économistes appellent cela les effets de  » détournement de trafic « .

Au sein de ce maelström, l’Europe pourrait être la grande perdante. Dans la zone euro, la seule arme commune dont disposent ses membres est…la Banque centrale européenne. Or celle-ci ne dispose que de peu de marges de manœuvre, si ce n’est de retarder le relèvement de ses taux directeurs.

Le carcan de la monnaie unique et la tyrannie des instances bureaucratiques de l’Union européenne ne facilitant pas l’acquisition de nouvelles capacités économiques, il faut nous attendre à faire douloureusement les frais de cette situation dont nous ne sortirons pas indemnes. Les Français doivent le savoir.

Le 7 août 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “L’Union européenne n’est pas armée pour faire face à la guerre économique qui s’annonce.”

  1. Hervé J. VOLTO août 7, 2018 à 6:59 #

    Surtout que La réforme fiscale et la conjoncture économique profitents aux grands groupes américains : La bonne santé de l’économie et les baisses d’impôts alimentent les bénéfices et incitent les entreprises à augmenter leurs prix !

    Pendant ce temps, en France, côté Immobilier: le prélèvement à la source va-t-il tuer le Pinel ? Les investisseurs locatifs risquent d’être surpris en janvier prochain. La chute des cours mondiaux du sucre se conjugue à la fin des quotas européens : c’est toute une filière qui doute en France.

    La raison ? Une surproduction mondiale au terme de la campagne 2017, venue d’Asie. Thaïlande, Pakistan et surtout Inde ont bénéficié de conditions climatiques très favorables. Après une mousson bénie, les champs de canne indiens ont donné deux fois plus que d’ordinaire !

    -On s’est retrouvé avec beaucoup trop de sucre sur les marchés mondiaux, explique Eric Lainé, président de la Confédération générale des planteurs de betterave (48 000 producteurs). Certes, la consommation mondiale progresse grâce à l’Asie et à l’Afrique, mais seulement de 1,5 à 2 % par an.

    Un alignement défavorable. Pas de chance. Car c’est à ce moment-là que la donne a changé en Europe. Jusqu’ici, le continent vivait dans une relative bulle protectrice. Le sucre n’est qu’un exemple. Bon… le Brexit profite à la France : il n’est pas seulement un ballet diplomatique entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, mais un enjeu de pouvoir, d’intérêts et de rivalités. Philip Hammond, le chancelier de l’Echiquier, en est bien conscient. Lors d’une réunion privée le 16 juillet, il a mis en garde des hauts responsables du secteur bancaire britannique à propos des velléités européennes, portées par la France, révèle le Financial Times.

    Selon Philip Hammond, Paris souhaiterait affaiblir la place londonienne afin de mettre la main sur une partie de ses lucratives activités, qui ont aussi fait l’attractivité du Royaume-Uni et de Londres. La capitale Française souhaiterait ainsi devenir à travers le quartier de la Défense une des nouvelles places financières de l’Europe. Pour le chancelier de l’Echiquier, les années suivant la sortie du pays de l’Union européenne, la City de Londres verrait ses capacités sur le continent restreintes. La France pourrait résister sur la tempète qui va s’abattre sur l’Allemagne. Mais pour résister, le contribubale Français devra subir une hausse d’impôts imposssible à éviter selon l’optique blairiste d’Emmanuel Macron. Lorsque les Français, pas peu exédés, descendront dans la rue en Septembre, dissoudra-t-il l’Assemblée nationale et permettra-t-il une cohabitation avec Marine Le Pen Premier Ministre ? Celà aurait l’avantage d’être moderne…

  2. Hervé J. VOLTO août 7, 2018 à 7:15 #

    Après celà, je laisserai la parole à quelqu’un d’autre…

    Attention à la canicule pour l’industrie agro-alimentaire ! Une qui bosse, la ministre de la Santé Agnès Buzyn, sur tous les fronts pour l’alerte canicule. Les ministres sont en vacances pour quinze jours, mais Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, continue de surveiller la canicule comme le lait sur le feu. L’épisode Mattéi lors des grosses chaleurs de 2003 a laissé des traces. Le problèmesera pour l’expotaion des produits alimentaires Français…

    Le débat sur l’immigration agite le monde occidental. En Europe, partout il s’impose comme essentiel, à l’Ouest comme à l’Est de l’Europe, au Nord (en Suède) comme au Sud (en Italie). Et c’est aussi le cas aux Etats-Unis où la volonté de l’administration Trump de bloquer l’immigration clandestine n’a pas de limite, pas même le fait de séparer les parents de leurs enfants, ni même le désaccord avoué récemment publiquement de sa fille Ivanka.

    Les menaces commerciales et les déclarations agressives de Donald Trump à l’égard de l’Allemagne auraient-elles eu un impact sur le pays ? Au mois de juin, l’économie allemande, notamment son industrie, s’en sort moins bien, selon plusieurs indicateurs économiques. L’excédent commercial est ainsi inférieur d’un milliard aux attentes. Les exportations, ajustées des variations saisonnières, sont restées stables, alors que les importations ont progressé de 1,2 %, a indiqué l’Office fédéral de la statistique, mardi 7 août. Résultat, l’excédent commercial est revenu à 19,3 milliards, contre 20,4 milliards en mai. Des économistes tablaient sur 20,3 milliards.

    La production industrielle n’est pas en reste et a également reculé plus que prévu, selon le ministère allemand de l’Economie. La production a ainsi baissé de 0,9 % contre un repli de 0,5 % attendu par les économistes, selon un consensus Reuters. La hausse de mai a par ailleurs été révisée à + 2,4 % contre + 2,6 % en première estimation.

    Chez nos grands partenaires internationaux, l’étude de la politique étrangère nationale est souvent centrale à l’université. En France, elle reste un parent pauvre ! A la fin du mois d’août, se tiendra la XXVIe conférence des ambassadeurs. L’exercice avait été inauguré François Mitterrand en 1993 avec Alain Juppé au Quai d’Orsay pour réunir la communauté diplomatique. Comment cette diplomatie Française est-elle vue dans les travaux des spécialistes universitaires de politique étrangère, dans l’Hexagone et à l’étranger ? En France, l’analyse académique de notre politique étrangère reste peu à la mode. A l’international, les récentes interventions militaires françaises puis l’élection d’Emmanuel Macron ont ravivé une réelle curiosité sans pour autant toujours rompre avec les clichés. Systématiser la rencontre avec cette communauté de spécialistes pourrait être fructueux, aussi bien pour l’Université que pour le « Département ».

    Tout celà fait que les banqus centrales risquent de relever leurs taux d’intéret à la rentrée. Celà signifie plus de ralentissment poour les entreprises europèennes et d’impots pour les cons-tribuables européens.

    -La vedo male per la grecia (Matteo Salvini)…

  3. Hervé J. VOLTO août 7, 2018 à 7:34 #

    Un dernier pour la route…

    Cinquante ans après 1968, le constat s’impose : il n’y a plus rien ni dans l’ordre de la politique, ni dans l’ordre de la pensée. Le temps des idéologies contestatrices aboutit au règne de la pensée unique.

    Notre président se pose en nouveau Napoléon appelé à moderniser notre pays afin de restaurer sa grandeur et sa prospérité. Mais il ne restaurera rien du tout, pour la simple raison dirimante qu’il ne peut s’affranchir des contraintes du monde où il évolue, et dont il est d’ailleurs l’un des plus beaux fleurons, comme le montre tout son parcours de haut fonctionnaire, puis de banquier. Son rôle historique ne peut être autre chose que celui d’adaptateur de notre pays à l’ordre économique mondial.

    C’est parce qu’ils l’ont cru capable de l’assumer que les chefs de gouvernement occidentaux l’ont encensé peu après son entrée à l’Élysée. Et ils entendent bien qu’il n’en sorte pas. Ainsi, Angela Merkel, comblée par l’arrivée d’un président capable enfin de réformer la France pour la plier aux exigences budgétaires de l’Europe, regimbe lorsque Macron prétend, en outre, donner un nouveau souffle à la construction européenne, notamment dans le sens d’une plus grande solidarité entre ses membres. C’est que, pour elle comme pour la plupart des dirigeants européens, l’Europe n’est qu’une zone de libre-échange, et pour les pays du sud et de l’est de notre sous-continent, une manne et un filet de sécurité.

    Macron, en l’occurrence, s’attache à un idéal auquel plus personne ne croit, et s’accroche à cette lubie Française consistant à considérer l’Europe comme le moyen pour la France de recouvrer sa puissance en en prenant la tête et ce, alors qu’elle a en perdu le leadership depuis plus de deux décennies. Sa volonté de relancer l’Europe est vouée à l’échec. Quant à sa volonté de transformer la France pour la sauver, elle n’aura d’autre résultat que de la soumettre encore un peu plus aux lois du marché. Telle est la fonction objective et indépassable de toutes ses réformes en cours ou annoncées, qu’il s’agisse de celles du Code du Travail, de celle de la SNCF ou de celle des retraites.

    Macron l’avoue d’ailleurs quelquefois à mots couverts. Ainsi, en 2016, alors ministre de l’Économie, il récusait le protectionnisme préconisé par Philippot, durant un débat l’opposant à celui-ci, et préconisait implicitement la soumission au libre-échange total en essayant d’y tirer notre épingle du jeu, mais en sachant très bien les dommages qu’il infligeait à notre économie. Se rêvant en moderne Bonaparte, Macron n’est que le président d’une France qui rentre dans le rang de la mondialisation et, toujours plus, abdique sa souveraineté et sacrifie l’intérêt national et les droits sociaux des Français.

    Et il tire avantage de l’absence d’une opposition qui ne saurait être crédible, dans la mesure où elle s’étaie sur le rejet des fondements mêmes de notre civilisation et l’enracinement obsessionnel en une conception de l’homme et du monde foncièrement matérialiste et, par là même, de nature à priver nos compatriotes de l’élan spirituel nécessaire à l’affrontement des grands défis de l’histoire.

    Jean-Luc Mélenchon ? l’opposition au système qui renforce le système.

    C’est marion Maréchal et Dominique de Guillebon qui ont vu juste : la situation politique actuelle nous montre avec éclat que, privée de transcendance, la politique devient impuissante lors des grandes épreuves. Car, dès lors que les idéologies ont fait faillite, elle s’amenuise jusqu’à s’identifier à la simple gestion de l’existant. À cet égard, notre avachissement politique actuel est riche d’enseignements. Le bémol : nous sommes la première puissance militaire et économique de l’Europe, beaucoups de pays européens comptent sur nous pour donner le LA. En sommes nous encore capables ?

  4. Hervé J. VOLTO août 8, 2018 à 8:11 #

    Nous sommes la première puissance militaire et économique de l’Europe, beaucoups de pays européens comptent sur nous pour donner le LA, mais en sommes-nous encore capables ?

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