Les différences entre la France, si mal gérée par ses élites politiques, et les pays d’Europe centrale ne cesse de nous étonner.

15 Août

Alors que la notre pays lutte désespérément pour résorber le chômage de longue durée, la République tchèque, elle, fait face à un problème d’une tout autre nature : elle n’a jamais autant manqué de bras. En juillet, le taux de chômage était de seulement 3,1  %, selon les données publiées jeudi 9  août par le Pôle emploi tchèque. C’est le plus bas niveau de l’Union européenne. Sur le même mois, le nombre de postes vacants a culminé au niveau historique de 310 000, en hausse de 65  % sur un an. Il est désormais supérieur à celui des demandeurs d’emploi (231 565 personnes).

La situation n’est pas propre à Prague.  » Les difficultés de recrutement sont criantes dans toute l’Europe centrale et de l’Est, alors que les usines tournent à plein régime « , explique Grzegorz Sielewicz, économiste spécialiste de la région pour Coface, à Varsovie. En Hongrie et en Pologne, le taux de chômage est également inférieur à 4 %. Par ailleurs, il est tombé à 4,5  % en Roumanie en juin, et il dépasse à peine 5,5  % en Slovénie, selon Eurostat. Une tendance liée à la bonne santé économique de ces pays, comme hélas à la démographie. Depuis les années 1990, plus de 20  millions de personnes ont quitté la région, soit près de 5,5  % de la population. A cela s’ajoute la chute de la natalité, qui accentue le déclin de la force de travail.

Pour attirer les candidats, les entreprises ont augmenté les salaires. Ils ont progressé de plus de 30 % en Roumanie et de 20 % Hongrie depuis 2010. En République tchèque, ils ont bondi de 7 % en  2017 et devraient croître encore de 7,8 % cette année, d’après les prévisions de la Société générale. Le salaire minimal polonais est passé de 1 750 zlotys (410  euros) en  2016 à 2 000 zlotys bruts (470  euros) aujourd’hui. Et ce, au profit du pouvoir d’achat des salariés, dont le niveau de vie s’approche lentement des standards de l’Europe de l’Ouest.

 » Toute la difficulté est qu’à un certain point, la hausse des salaires menace la rentabilité des entreprises les plus fragiles « , souligne Pavel Sobisek, économiste chez UniCredit, à Prague. A terme, elle risque également de dégrader la compétitivité et les perspectives de croissance de la région, dont le modèle économique repose encore largement sur la faiblesse des coûts de main-d’œuvre.

Pour faire face à ces contraintes, les entreprises explorent désormais une autre voie importante : les robots.  » Dans l’industrie, elles sont de plus en plus nombreuses à développer l’automatisation des procédés et des chaînes de production pour compenser le manque de main-d’œuvre « , observe M. Sielewicz. Selon lui, les importations de robots industriels dans la région devraient croître de 20  % par an au cours des années à venir. Ce qui, n’en doutez pas, réjouit fort…les Allemands.

Le constructeur automobile Skoda, fleuron de l’économie tchèque (et appartenant au groupe Wolksvagen), est en pointe sur le sujet. Depuis quelques mois, il déploie des robots 100 % autonomes pour transporter les composants dans son usine de Vrchlabi (nord). Afin de tenir son plan de croissance – produire 2  millions de véhicules en  2025, contre 1,2  million en  2017 –, le groupe a développé un ambitieux programme de numérisation et d’automatisation.

 » Si nous voulons continuer à grandir, c’est la seule option, avec l’immigration « , déclarait en mars Bernhard Maier, le PDG de Skoda.  » Le potentiel d’automatisation est également élevé dans certains pans de l’industrie agroalimentaire, notamment le traitement de la viande et des produits laitiers « , note Jakub Borowski, économiste au Crédit Agricole, à Varsovie. Sauf qu’il ne s’agit pas d’immigration subsaharienne, maghrébine ou du même acabit, comme nous le verrons bientôt.

Il y a de la marge. En moyenne, l’industrie polonaise dispose de 32 robots pour 10 000  employés, selon la Fédération internationale de robotique. C’est moins que la moyenne mondiale, à 74. La République tchèque (101), mais surtout la Slovaquie (135) et la Slovénie (137) sont mieux équipées. Elles dépassent la France (132), même si elles sont encore loin derrière l’Italie (185) et l’Allemagne (309), qui détient le record en Europe.  » Cette mutation tirera l’investissement privé ces prochaines années, ajoute M. Borowski. Mais elle se fera sur le long terme, et toutes les entreprises n’y auront pas accès. « 

Car, pour beaucoup de TPE et de PME, les coûts liés à ces équipements sont trop élevés.  » Robotiser implique une révolution dans le pilotage et la conception des modes de production à laquelle beaucoup d’entrepreneurs ne sont pas prêts « , résume Jakub Borowski. D’autant que le pic de croissance lié au rattrapage post-crise est désormais passé. Le léger tassement de l’activité attendu cette année pourrait décourager les investissements. En outre, le travail humain reste irremplaçable dans certains secteurs, notamment dans les services et l’agriculture.

Pour soutenir malgré tout le mouvement, les gouvernements tchèque et polonais soutiennent l’innovation et multiplient les plans en faveur de  » l’industrie 4.0 « , le concept à la mode pour désigner la nouvelle génération d’usines intelligentes et connectées. Une partie du patronat local appelle aussi les autorités à agir pour augmenter la participation des femmes au marché du travail, par exemple en développant les infrastructures pour la petite enfance. Certains, plus timides, plaident aussi pour une meilleure intégration de la communauté rom, importante en Hongrie ou en Roumanie, et souvent mise à l’écart de l’emploi. Cependant, le sujet, largement tabou, suscite à juste titre des crispations.

Tout comme la piste de l’immigration. Si la Pologne et la République tchèque ont, à l’image de la Hongrie, fermé leur porte aux réfugiés du Proche et du Moyen-Orient, elles ont en revanche assoupli leurs conditions d’accueil pour les travailleurs ukrainiens. Le ministre tchèque du travail a promis en mai d’accélérer encore les procédures permettant d’accorder des visas de long terme aux Ukrainiens, qui sont déjà plus de 70 000 dans le pays.

En Pologne, ils dépassent le million, et le nombre de permis de travail qui leur ont été délivrés l’an passé a crû de 81  %.  » Ceux accordés aux Biélorusses ont également progressé de 116  % « , ajoute Grzegorz Sielewicz. Fin juillet, le gouvernement polonais a annoncé un prochain accord avec les Philippines, afin d’accueillir des travailleurs de ce pays d’Asie jugé  » culturellement proche « . Etonnant, non ? 

La raison est simple : les Ukrainiens, les Biélorusses comme…les Philippins sont chrétiens ! Voilà la solution.

Le 15 août 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Les différences entre la France, si mal gérée par ses élites politiques, et les pays d’Europe centrale ne cesse de nous étonner.”

  1. JeanAndré août 15, 2018 à 12:28 #

    Faudra-t-il en déduire que la meilleure solution est d’importer nous aussi quelques millions d’Ukrainiens ou de Philippins parce que « culturellement plus proches de nous », du fait qu’ils sont Chrétiens? De fait, les immigrés Africains, qu’ils soient Sénégalais ou Algériens, sont du point de vue culturel, eux aussi « plus proches de nous », puisque grâce à la colonisation, ils parlent, fut-ce à leur manière, notre langue, composante tout aussi importante que la religion de la notre culture nationale. Voyez la grande difficulté de l’Allemagne à valoriser les centaines de milliers de migrants syriens ou irakiens qu’elle a importés ces deux dernières années, du fait que ceux-ci ne parlent pas un mot d’allemand alors qu’ils parlent souvent l’anglais ou le francais: ca leur coûte les yeux de la tête aux concitoyens de Mme Merkel pour les rendre utiles au pays, qu’il s’agisse d’emplois qualifiés ou non. En réalité, il n’y a pas de solution miracle, sauf à pratiquer une politique nataliste de telle envergure que le pays dispose rapidement d’une masse de main d’oeuvre qualifiée rendant sinon superflue, du moins moins pressante la nécessité d’importer des gens qu’on déracine de leur propre pays et qui ne pouvant s’adapter réellement à notre culture (et même à nos lois), sont source de problèmes insolubles pour nous comme pour eux-mêmes. Une chose me paraîit certaine: l’importation de main d’oeuvre de l’ex bloc communiste, peuples rendus paresseux et mafieux par un siècle de communisme soviétique (ce n’est pas le cas des hongrois ou des polonais), comme sont p.ex et notamment les Ukrainiens, ce n’est pas la panacée, et je souhaite bon courage à ceux qui les inviteront en masse, comme vous dites que se préparent à le faire les pays d’Europe centrale, eux-mêmes économiquement dépendants, d’ailleurs, d’une Allemagne en mal de main d’oeuvre pour des raisons démographiques. Le patronat allemand en a fait l’expérience avec les allemands de l’est, et c’est pour cela qu’il a sauté sur l’occasion pour importer massivement des syriens et irakiens plutôt que des Ukrainiens..

  2. Hervé J. VOLTO août 15, 2018 à 1:34 #

    L’analyse de JeanAndré est exellante.

    La France est, en république, un pays ingouvernable, toujours en grève, ayant un dette abyssale et possédant des banlieues-ghettos devenues zones de non droit. Perte des repères moraux, délocalisations, chômage, précarité, insécurité, lois liberticides et fiscalité conficatoire : en ce début de XXI° siècle, ce n’est plus la faute à Marie-Antoinette…

    Les pays du Visegrade -Hongrie, Slovaquie, Rèpublique Tchèque, Pologne- affichent sans complexe leur vocation Chrétienne : inscription des préceptes Chrétiens dans la constitution de leurs pays, respect de la vie de la conception à la mort, affirmation de la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, responsabilité des parents pour l’éducation de leurs enfants, soutien politique des communautés Chrétiennes dans les pays où elles sont menacées, liberté religieuse dans les Etats musulmans, politique d’immigration : oui à l’immigration, mais une immigration européenne, de culture Chrétienne !

    C’est que fit la France jusuq’à la Révolution dite Française, puis de 1814 à 1830, de 1870 à 1876 et de 1940 à 1945…

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