Un coup d’avance contre les risques de pandémie ? Nous ne le devrons pas à Emmanuel Macron.

3 Sep

Nos dirigeants politiques s’avèrent incapables, malgré nos recommandations et même quelques injonctions, de prendre les dispositions nécessaires pour protéger nos compatriotes des risques infectieux et parasitaires venant principalement d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Les pandémies telles que, par exemple, le Sida, la fièvre Ebola, le choléra ou même la peste ne donnent pas lieu aux décisions protectrices nécessaires pour nos populations. Le risque d’une véritable catastrophe sanitaire, brutale et violente, n’est donc pas pour nous une vue de l’esprit mais, hélas, une réelle  préoccupation (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/08/29/algerie-et-apres-la-peste-islamique-voici-le-cholera/).

Heureusement, malgré les restrictions budgétaires que l’on sait, présentes mais aussi à venir, nos services de santé des Armées s’emploient à mettre en oeuvre leurs compétences scientifiques autant que leur savoir faire opérationnel pour prévoir les moyens permettant de lutter, le moment venu, contre ces pandémies.

Pour ce faire, l’armée française met en place ses laboratoires de recherche et sa force de frappe anti-infectieuse au cœur de la base militaire de Brétigny-sur-Orge, où l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) a regroupé la quasi-totalité de ses activités. Ses murs abritent un laboratoire de haute sécurité (P-4 dans le jargon), où les militaires pourront dès la fin de l’année 2019 manipuler les pathogènes les plus dangereux : Ebola, Marburg, ou encore Lassa.

Depuis l’envoi, en 2001 aux Etats-Unis, de lettres piégées à l’anthrax, le risque biologique est dans la ligne de mire de l’armée, tout comme le risque nucléaire, radiologique et chimique (NRBC). L’épidémie d’Ebola, qui avait fait 11 300 morts en Afrique de l’Ouest (Guinée, Sierra Leone et Liberia) entre 2014 et 2016, et celle en cours en République démocratique du Congo (RDC) -avec déjà 75 morts-, ont aussi rendu plus concrète la menace. « Nos troupes peuvent être exposées à des épidémies. Et Ebola fait partie, parmi d’autres, des virus qui auraient pu être militarisés ou qui pourraient l’être », souligne le pharmacien chef des services, Frédéric Dorandeu, chef de la division défense NRBC. Pendant la guerre froide, l’ex-URSS avait ainsi développé un programme pour transformer des virus en armes biologiques. « La recherche, c’est éviter la surprise stratégique », ajoute-t-il

 L’accès au P-4 se fait par une lourde porte orange, scellée par un joint rempli d’air comprimé. A l’intérieur, l’atmosphère n’est troublée que par le ronronnement des souffleries qui maintiennent une pression négative dans le laboratoire, pour éviter toute fuite vers l’extérieur. Dans les deux pièces où auront lieu les expérimentations, une dizaine de tuyaux bleus descendent du plafond : c’est là que les chercheurs en scaphandre se brancheront pour travailler. « Les chercheurs travaillent dans cet environnement au maximum deux à trois heures par jour. C’est fatigant », souligne le médecin en chef et chef du département de biologie des agents transmissibles. Une animalerie a été aménagée pour accueillir des rongeurs, des porcs et si besoin des primates afin d’effectuer des tests.

Dans ce P-4, les scientifiques de l’IRBA ambitionnent de développer des contre-mesures médicales afin de protéger les combattants, mais aussi la population civile en cas d’attaque. « Quelqu’un peut essayer d’introduire un agent biologique sur le territoire. Et, pour y faire face, il nous faut d’abord des diagnostics », explique Eric. Même s’il n’existe pas de médicament ou de vaccin, l’identification rapide du virus permet d’améliorer la prise en charge des patients et de réduire la mortalité. « Soit vous connaissez l’agent auquel vous avez affaire, et c’est un peu plus facile, soit vous essayez de faire un diagnostic sans a priori en recherchant le matériel génétique appartenant à différents agents infectieux », précise le scientifique.

Dans ce domaine, le Service de santé des armées (SSA) a acquis une expérience précieuse lors de l’épidémie d’Ebola en Guinée. Installé près de l’aéroport de Conakry, le centre de traitement de l’armée française a accueilli 60 soignants infectés au contact des malades. « Quand vous avez des cas réels, vous pouvez tester, améliorer, optimiser vos outils diagnostics », explique le docteur Eric. « Ce centre était le premier à prendre en charge les patients avec un niveau de technicité comparable à celui d’un hôpital avec un suivi biologique », ajoute-t-il. C’est dans ce contexte que les scientifiques de l’IRBA ont pu tester un outil de diagnostic rapide de la maladie, mis au point par le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives). Baptisé eZyscreen, son format est identique à celui des tests de grossesse vendus en pharmacie. Il apporte une réponse en 15 minutes, contre plus de 2 heures avec les tests classiques.

La feuille de route de l’armée inclut aussi des recherches sur les virus moins connus auxquels les combattants peuvent être exposés sur le terrain. C’est le cas du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo : transmis par des tiques, il est endémique en Afghanistan où les militaires français ont effectué de nombreuses interventions pendant plus d’une décennie. « Les scientifiques civils ne s’y intéressaient pas jusqu’à ce qu’il soit repéré en Europe de l’Est, et plus récemment en Espagne », souligne Hervé Raoul, directeur du P-4 de l’Inserm à Lyon. La maladie du charbon – également appelée anthrax – est un autre exemple. Cette maladie qui a quasiment disparu des pays industrialisés est causée par des spores assez faciles à militariser. Un vaccin est disponible et l’armée travaille maintenant au développement d’anticorps thérapeutiques. La ricine fait aussi partie des cibles prioritaires. Cette toxine 6 000 fois plus toxique que le cyanure est bien connue des terroristes comme l’a démontré l’attentat déjoué à Cologne en juin. L’IRBA a notamment développé avec l’Inserm un anticorps sous forme d’aérosol qui a démontré son efficacité chez les singes.

Au-delà des agents « classiques », l’IRBA essaie d’anticiper les menaces futures. De nouveaux outils d’édition génétique – comme le « ciseau ADN » Crispr – pourraient être utilisés à des fins malveillantes pour modifier virus et bactéries. « La grippe peut être un très bon agent de la menace. Le potentiel épidémique est tellement puissant qu’on peut imaginer des scénarios où quelqu’un mal intentionné manipulerait le virus pour le rendre encore plus agressif », détaille le médecin-général Anne Sailliol, directrice de l’IRBA depuis septembre 2017, en précisant que ce n’est tout de même pas à la portée du premier venu.

Jusqu’à ce que l’armée se dote de sa propre infrastructure, les militaires conduisaient leurs recherches au P-4 de l’Inserm à Lyon, l’un des plus grands laboratoires de haute sécurité en Europe, avec une surface de 400 m2. « Nous les avons formés, donc ils ne partent pas de zéro », indique Hervé Raoul, le directeur du P4, qui a également ouvert à l’IRBA sa collection d’échantillons et de virus. Pour des raisons de sécurité, leur commerce est interdit, et les nouveaux laboratoires doivent s’entendre avec d’autres institutions pour créer leur propre biobanque.

Beaucoup plus petit que son grand frère lyonnais, le laboratoire de Brétigny-sur-Orge compte sur les ponts établis avec la recherche civile pour construire son expertise. « Personne n’a suffisamment de temps et d’argent pour travailler tout seul. Nous fonctionnons de plus en plus en réseau », insiste le médecin-général inspecteur Anne Sailliol, en citant des collaborations avec l’Institut Pasteur, le CEA, le Centre national de la recherche scientifique ou encore l’Institut national de la recherche agronomique. L’un des challenges pour l’armée est de constituer une équipe scientifique de bon niveau pour se positionner sur les projets les plus intéressants. Son unité de virologie compte aujourd’hui une dizaine de personnes dont cinq habilitées à travailler en P-4. « De nombreux chercheurs ont quitté le navire lorsque les laboratoires ont été relocalisés à Brétigny-sur-Orge. Il ne sera pas facile d’y attirer des scientifiques réputés », témoigne un scientifique très au fait du « mercato » des virologues. La concurrence s’avère d’autant plus forte que la Direction générale de l’armement (DGA) a inauguré en 2013 son propre P-4 à Vert-le-Petit, à 15 minutes de Brétigny-sur-Orge.

L’autre défi est le financement. Dans la majorité des cas, les tests chez les animaux ne suffisent pas à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) : la sécurité et l’efficacité des nouvelles molécules doit être validée par des essais cliniques chez l’homme dont le coût s’élève à plusieurs dizaines voire centaines de millions d’euros. « Il n’existe pas en France ou en Europe d’outil de financement », regrette M. Dorandeu. « Au printemps, le ministre des armées a sollicité ses partenaires européens pour essayer d’avoir une approche plus globale sur le sujet du financement », ajoute-t-il.

Des collaborations ont été nouées avec d’autres armées, au sein de l’OTAN, « pour partager le fardeau ». La force de frappe financière des Américains, sans commune mesure avec celle de ses alliés, leur permet notamment de sponsoriser des essais cliniques pour des médicaments initialement développés en Europe. « Mais il peut cependant y avoir des compétitions, notamment lorsqu’on se rapproche du passage à l’échelle industrielle, avec des enjeux de brevets », admet Anne Sailliol. « Les Américains… c’est America first ». Nous lui répondons que, pour nous au CER, c’est aussi  » La France d’abord « .

Il faut donc remercier nos militaires. Mais il faut aussi soutenir leurs efforts et aider à leur mise en oeuvre pour la protection de nos compatriotes, même si cela doit se faire en opposition avec les pouvoirs publics et leur vision strictement comptable de la santé.

Le 3 septembre 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

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Une Réponse to “Un coup d’avance contre les risques de pandémie ? Nous ne le devrons pas à Emmanuel Macron.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 3, 2018 à 11:54 #

    -L’armée française met en place ses laboratoires de recherche et sa force de frappe anti-infectieuse au cœur de la base militaire de Brétigny-sur-Orge, où l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA) a regroupé la quasi-totalité de ses activités.

    La meilleure façon de remercier nos armées de chercher des remèdes aux maladies infectieuses, serait d’éviter de trops donner, selon mon humble avis, l’adresse de la base où se tiennent leurs laboratoires, de manière à ce qu’ils puissent travailler en paix pour que nous, civils désarmés, nous puissions dormir tous tranquiles la nuit.

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