NON, c’est NON.

4 Sep

Nous avons déjà exprimé notre hostilité au projet démentiel de mégacomplexe de commerces et de loisirs, scandaleusement nommé EuropaCity et que l’on voudrait installer sur les terres agricoles de Gonesse (Val-d’Oise), à 15 km au nord de Paris. Une volonté d’urbaniser 300 hectares de cultures céréalières !*

Au menu : une gare du Grand Paris Express, 800 000 m2 de centre d’affaires et le très polémique EuropaCity, donc, un investissement de 3,1 milliards d’euros pour aménager, sur 80 hectares, un parc à thème, un espace aquatique, une piste de ski indoor, des hôtels, des salles de spectacle, un palais des congrès, une ferme urbaine, 230 000 m2 de boutiques et même un cirque…Bref, le festivisme le plus caricatural.

Vue d’artiste du projet

Du moins, c’est ce qu’avait imaginé le promoteur d’EuropaCity, la société Alliages et Territoires, qui réunit à parts égales le groupe d’immobilier commercial Ceetrus (ex-Immochan) et le géant chinois des loisirs Wanda. Mais on vient d’apprendre que, finalement, l’Etat exige que la société corrige sensiblement le projet.

Le protocole, signé en 2015 sous les auspices de François Hollande,entre l’aménageur et le promoteur, arrive à expiration à la fin de 2018. « Le renouvellement de cet accord est l’occasion de renforcer nos exigences : nous souhaitons revoir certaines composantes du projet », dit-on au cabinet du ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard qui n’aurait pas manqué de lire, sur le sujet, les critiques de notre blogue !

Soumis à l’approbation du premier ministre, Edouard Philippe, compte tenu de l’ampleur et de la sensibilité du projet, le nouveau protocole, conclu pour une durée de trois ans, prévoit qu’Alliages et Territoires s’engage d’ici à la fin de 2018, par une convention, à améliorer une série d’aspects. « Ce projet, nous sommes disposés à le réaliser, mais seulement si ses qualités sont démontrées. Or on n’y est pas encore », assume Thierry Lajoie, le PDG de Grand Paris Aménagement, qui urbanise la ZAC au nom de l’Etat.

POUR NOTRE PART, NOUS Y SOMMES HOSTILES. Et la raison en est évidente: nous nous opposons avec force et constance au consumérisme effréné qui caractérise désormais le monde autant qu’à la marchandisation criminelle de nos sociétés et de nos peuples.

Premier point donc à améliorer, affirment les autorités, les engagements environnementaux, « afin de maîtriser l’empreinte carbone et la consommation du sol ». Cette attention accrue devrait signer la fin du projet de parc des neiges, l’un des éléments les plus énergivores et les plus stupides du programme (nous nommions cela la « dubaïsation » de l’Ile-de-France). Grand Paris Aménagement demande aussi que la production et la consommation d’énergie d’EuropaCity, comme ses espaces de stationnement, soient mutualisés à l’échelle de toute la ZAC, et non pensés dans un fonctionnement autarcique.

Le social, ensuite. Pour favoriser l’insertion et la formation, Alliages et Territoires, qui promet de créer 10 000 emplois, devra s’engager à mettre en place des clauses au moins aussi ambitieuses que la charte conçue pour les Jeux olympiques de 2024.

Le calendrier, enfin. « La possibilité d’un phasage sera étudiée afin de limiter les effets de la concurrence commerciale sur le territoire », dit le protocole. En clair, le projet devra ouvrir avec un nombre limité de boutiques, et une typologie de commerces à étudier de près, au risque de fragiliser son modèle économique. Une manière de répondre à l’inquiétude des petits commerces et des centres commerciaux réunis dans le collectif d’opposants EuropaDuTout. Mais une manière trompeuse qui ne protègera rien ni personne.

Un an après avoir dû revoir sa copie en matière d’architecture pour donner au complexe un visage plus urbain, EuropaCity doit donc se remettre à l’ouvrage. « Ce projet a toujours été une matière vivante, les détails vont continuer à évoluer, je serais incapable de vous dire exactement ce que sera EuropaCity à l’ouverture », relativise le directeur général d’Alliages et Territoires, Benoît Chang, au nom bien de chez nous…

La société assure tout de même vouloir choisir d’ici à la fin de l’année l’opérateur du futur parc à thème — plusieurs gros acteurs auraient fait part de leur intérêt. Et attend, également d’ici à la fin de l’année, de savoir si le Centre Pompidou choisit ou non d’installer à EuropaCity son futur équipement, mélange de réserves et d’espaces d’exposition.

Bien que la desserte du triangle de Gonesse par le métro du Grand Paris Express ait été repoussée à 2027, Alliages et Territoires espère toujours ouvrir une première tranche d’EuropaCity dès 2024, comme prévu à l’origine, pour profiter de l’effet Jeux olympiques — au risque de saturer les routes d’accès. Ce calendrier se heurte pour l’instant à une guérilla judiciaire.

Un premier obstacle a hélas été levé cet été, probablement sous la pression efficace du lobbying exercé par les promoteurs. Le commissaire enquêteur chargé d’apprécier l’utilité publique de la ZAC a émis un avis favorable, le 19 juillet. Dans son rapport au préfet du Val-d’Oise, il écarte la plupart des arguments des opposants, notamment en matière d’écologie, et estime que l’opération est « globalement cohérente avec les objectifs annoncés et qu’elle présente des avantages nettement supérieurs aux inconvénients ».

Une conclusion d’ailleurs diamétralement opposée à celle de l’enquête publique sur la modification du plan local d’urbanisme (PLU) de Gonesse, qui concernait pourtant essentiellement la création de la ZAC… En août 2017, celle-ci avait souligné « des impacts environnementaux négatifs importants » et critiqué un projet « peu compatible avec la notion de développement durable ». Le commissaire enquêteur avait émis un avis défavorable… purement consultatif.

Le préfet de région devrait donc désormais prendre, au début de septembre, l’arrêté actant la déclaration d’utilité publique, permettant d’avancer dans l’acquisition des terrains. Mais les engins de chantier vont devoir attendre. L’arrêté préfectoral de création de la ZAC a en effet été annulé le 6 mars par le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par plusieurs associations. Motif : l’étude d’impact comportait d’importantes lacunes, notamment en matière d’environnement et d’émissions de CO2. L’Etat a fait appel de cette décision le 4 mai. L’arrêt de la cour administrative d’appel n’est pas attendu avant le second semestre 2019. TANT MIEUX. Cela permet de gagner du temps et pourrait permettre que « l’effet Notre-Dame-des-Landes » se mette en place…

Dernière procédure en cours, la modification du PLU de Gonesse par le maire (PS), Jean-Pierre Blazy, lui aussi sous le feu des lobbyistes, fait également l’objet de recours de la part d’associations d’opposants et du centre commercial voisin Aéroville, propriété d’Unibail-Rodamco.

Les opposants entendent bien continuer de se mobiliser comme l’a montré la manifestation bucolique organisée samedi par le Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), qui défend un projet alternatif de conversion de ces terres en zone d’agriculture maraîchère. Même si les tenants du projet industriel résistent par l’asignation au tribunal de grande instance de Pontoise, le 12 septembre, de l’association d’opposants. L’établissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif), qui fait l’acquisition des terrains pour le compte de Grand Paris Aménagement, reproche en effet aux militants de cultiver, depuis le printemps 2017, un lopin de 1 200 m2, où ils récoltent de pleins paniers de choux, carottes et courgettes !

« C’est une occupation illégale. Nous avons signé une convention d’exploitation temporaire avec un agriculteur, explique-t-on avec la plus grande mauvaise foi à l’Epfif. Cet exploitant a besoin de cette parcelle pour stocker des semis. » Mais, au-delà des récoltes, la procédure a une portée stratégique. « C’est un terrain très bien situé pour nos actions de mobilisation, au centre de la zone, et c’est le seul endroit où nous pouvons nous réunir, puisque la municipalité de Gonesse nous a toujours refusé une salle », regrette le président de CPTG, Bernard Loup.

La bataille du triangle de Gonesse est loin d’être terminée et nous sommes aux côtés de ses hommes d’arme.

Le 4 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

Lire « Face à ce déferlement de festivisme, Philippe Muray se retourne dans sa tombe » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/03/01/face-a-ce-deferlement-de-festivisme-philippe-muray-se-retourne-dans-sa-tombe/

et aussi « Coup d’arrêt au festivisme en Ile -de-France » :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/03/07/coup-darret-au-festivisme-en-ile-de-france/

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5 Réponses to “NON, c’est NON.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 4, 2018 à 10:51 #

    Il faudrait faire revivre le monde rural.

    Lutter contre la désertication des campagnes et assurer les services publics en mileux rural, préserver les communes rurales, susciter la création de d’emplois à la campagne, développer l’animation scociale et culturel des campagnes, mettre en valeur le patrimoine chatelain Français (sur l’exemple des Chateaux de la Loire), freiner la pratique des remembrements, valoriser les forêts, promouvoir la pêche sportive, créer, REDISONS -LE, un Conseil de Pêche, Chasse, Nature et Traditions.

    Aider les paysans ?

    Oui ! Interdir constitutionnellement toute taxation foncière sur le non-batie, réexamen de la parafiscalité agricole, développement du commerce de proximité, céer une diposition permettant aux agriculteurs d’écouler leur surplus de production sur les marchés ruraux et de proximité…

    • Catoneo septembre 5, 2018 à 3:10 #

      Une politique de développement des commerces de proximité est aussi sûre que les rogations pour arroser le maïs.
      Ce sont les clients qui n’y vont plus !

      • conseilesperanceduroi septembre 6, 2018 à 8:37 #

        C’est comme pour certains métiers pour lesquels les employeurs peinent à recruter (ce qui leur permet de justifier l’appel aux migrants). Ce sont les bras nationaux qui manquent. Une refonte TOTALE de la formation des jeunes et la revalorisation de métiers qui ne passent pas par le parasitage inutile des amphithéâtres de nos universités pourrait y remédier. Hélas, comme toujours, ce qui manque c’est la volonté et le courage politiques.

  2. Catoneo septembre 5, 2018 à 3:08 #

    L’artificialisation des sols est un crime moral contre les générations montantes, surtout quand il s’agit de terres arables parmi les meilleures du monde.

    Je souhaite qu’une nouvelle ZAD se monte en plaine de France sur le modèle de celle de Notre-Dame des Landes qui a vaincu Vinci, afin de pourrir le projet franco-chinois dont l’Ile de France n’a nul besoin.

    Une ZAD anarchiste contrera efficacement tout déclaration d’utilité publique, en toute illégalité certes, mais je ne suis pas légaliste. Seule compte la victoire en queue de trajectoire !

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