Depuis Monsieur Vincent, rien n’a changé en France en matière de pauvreté.

7 Sep

On nous dit qu’Emmanuel Macron doit présenter le 13 septembre un nouveau plan contre la pauvreté. Etant donné l’état lieux en la matière, on ne peut que souhaiter qu’il soit à la hauteur des besoins de nos compatriotes les plus affectés et non pas tourné, une fois de plus, vers l’aide ruineuse autant qu’injuste aux populations allogènes qui envahissent notre pays.

Hélas, on peut en douter lorsque l’on sait qu’Emmanuel Macron lui-même appelle cette lèpre sociale des  » inégalités de destin « .  » Selon l’endroit où vous êtes né, la famille où vous avez grandi, votre destin est le plus souvent scellé « , déclarait-il le 9  juillet, pour défendre son déjà fameux plan antipauvreté…Avouez que cela commence plutôt mal en terme de volonté politique.

Quelques informations sont déjà apparues dans la presse tels que la distribution de petits déjeuners gratuits dans les écoles, l’allongement de la période obligatoire de formation de 16 à 18 ans, ou encore le versement unique des allocations… Si les pistes évoquées sont jugées intéressantes  par les associations concernées, certaines redoutent néanmoins que les moyens dégagés ne soient pas à la hauteur de l’enjeu. Nous aussi !

Car les signaux envoyés par l’exécutif sont ambigus. En juin, le président a qualifié de  » pognon de dingue  » les sommes consacrées aux minima sociaux. Si le minimum vieillesse (833  euros) sera revalorisé de 35  euros en  2019 et 2020, les allocations familiales, APL et pensions de retraites progresseront de 0,3  % seulement sur ces deux années, soit moins que l’inflation. Sera-t-il possible de renforcer la lutte contre la pauvreté tout en serrant la vis sur certaines prestations ?

Délicat, lorsqu’on mesure l’ampleur du problème.  » La pauvreté est un phénomène complexe et multidimensionnel « , explique Louis Maurin, président de l’Observatoire des inégalités. Son estimation la plus courante est le taux de pauvreté monétaire, exprimant la part d’individus vivant avec moins de 60  % du revenu médian (après redistribution), soit 1 015  euros mensuels pour une personne seule (par les temps qui courent et dans les conditions ordinaires de vie, comment peut-on prétendre que l’on peut vivre décemment avec une telle somme ?).

En  2007, 13,1  % des Français étaient dans cette situation, selon Eurostat. Après un pic à 14,1  % en  2012, pendant la crise, ce taux est retombé à 13,6  % en  2016. C’est plus qu’en Finlande (11,6  %) et au Danemark (11,9  %). Mais moins qu’en Allemagne, où le taux de pauvreté est passé de 15,2  % à 16,5  % entre 2007 et 2016, ainsi qu’en Italie (19,5  % à 20,6  %) et dans la zone euro (16,1  % à 17,4  %).  » Le système de redistribution français a plutôt bien joué son rôle d’amortisseur pendant la récession « , souligne Yannick L’Horty, économiste à l’université de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne). Mais, en vérité, cela témoigne du fait que l’on ne fait pas mieux au vingt-et-unième siècle, avec Emmanuel Macron (et les autres), qu’au dix-septième avec saint Vincent de Paul et ses Dames de la Charité…* Cela donne à réfléchir.

Monsieur Vincent

Mais la pauvreté ne se mesure pas seulement en termes de revenus. Elle se traduit aussi par un accès limité à la santé et à la culture, une alimentation de moins bonne qualité ou, encore, le mal-logement, qui touche 4  millions de personnes en France, selon la Fondation Abbé-Pierre. Pour évaluer ces privations, l’Insee parle de  » pauvreté en conditions de vie « , recensant les ménages confrontés à un certain nombre de difficultés en matière d’habitation, de paiements, de contraintes budgétaires. Son niveau est proche de celui de la pauvreté monétaire, mais elle ne concerne pas exactement les mêmes personnes.  » En outre, la relative stabilité du taux de pauvreté monétaire depuis les années 1980, autour de 14  %,masque des mutations profondes « , explique Julien Damon, sociologue et professeur à Sciences Po.

A l’issue de la seconde guerre mondiale, les pauvres étaient essentiellement des personnes âgées. Au fil des décennies, ces dernières ont été (provisoirement) mieux couvertes par les régimes de retraite, et les difficultés se sont concentrées sur les plus jeunes, en particulier ceux qui étaient peu qualifiés et sans emploi. De plus, le profil des familles précaires a changé : en  2000, le nombre de foyers monoparentaux en difficulté a dépassé celui des familles nombreuses.  » La part de personnes d’origine étrangère parmi les bas revenus est également plus importante qu’autrefois « , ajoute M.  Damon qui reconnaît ainsi le poids de l’immigration dans l’appauvrissement de notre société.

Ces évolutions dessinent les principaux ressorts de la pauvreté : chômage, origine sociale et culturelle, niveau d’éducation, auxquels s’ajoute le poids des déterminismes. Selon l’Organisation de coopération et développement économiques (OCDE), six générations, soit cent quatre-vingts ans, sont nécessaires pour que les descendants d’une famille en bas de l’échelle des revenus atteignent le revenu moyen.  » En France, dans la plupart des cas, on est pauvre parce qu’on naît pauvre « , résume Yannick L’Horty. Précisons ici que nous pouvons témoigner qu’il n’en fallut que cinq à plusieurs familles que nous connaissons particulièrement bien pour parcourir un chemin social plus réussi encore entre le XIXème et le XXIème siècles ! Progrès ? Vous avez dit progrès ?…

Les raisons pour lesquelles notre pays peine à éradiquer les  » inégalités de destin  » d’Emmanuel Macron tiennent en partie au système bâti dans l’après-guerre autour de la Sécurité sociale. A l’époque, le risque d’exclusion lié aux pertes d’emploi n’a pas été suffisamment pris en compte.  » On l’a compris avec violence dans les années 1980, après l’apparition du chômage de masse « , rappelle Nicolas Duvoux, sociologue à l’université Paris-VIII et membre de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (ONPES). Le revenu minimum d’insertion (RMI) fut créé en  1988 pour tenter d’y faire face, remplacé vingt ans plus tard par le revenu de solidarité active (RSA), tous deux étant censés encourager le retour à l’emploi. Sans y parvenir.

Au fil des réformes, notre système est devenu complexe : faute de s’y retrouver dans le maquis des aides, un tiers des bénéficiaires potentiels ne demandent pas celles auxquelles ils ont droit. Est-il trop coûteux ? Selon une étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) publiée en juin, le montant des prestations sociales s’élevait à 32,1  % du PIB en  2016, contre 27,5  % dans l’Union européenne. Dans le détail, plus de 80  % de ces sommes sont dédiées à la santé et à la vieillesse. Supprimons donc déjà les prestations sociales attribuées aux migrants (ne serait-ce que l’Aide médicale d’Etat – AME – dédiée à la prise en charge à 100% de leur santé et qui se monte à 900 millions d’euros) et les choses iront mieux !

L’effort consacré à la seule lutte contre la pauvreté et l’exclusion se chiffre autour de 1,8  % à 2,6  % du PIB, selon le périmètre considéré, note l’étude de la DREES. Soit 40,5 à 57  milliards d’euros, dont 10,9  milliards pour le RSA socle, 3,2  milliards pour le minimum vieillesse et 2,9  milliards pour les allocations familiales allouées aux foyers pauvres. Notons que sans ces transferts sociaux, le taux de pauvreté en France ne serait pas de 13,6  %, mais de 23,6  %. 

Malgré tout, les poches d’exclusion persistent. Notre système couvre insuffisamment les jeunes entrant sur le marché de l’emploi sans diplôme. Notre école, en amont, peine à enrayer la reproduction de la pauvreté. Nos formations pour adultes, en aval, échouent à réinsérer ceux trop éloignés du marché du travail.  » Pour bien faire et combattre le problème à la racine, il faut agir sur tous ces fronts en parallèle « , résume M.  Maurin.

Sans oublier le chômage, machine à fabriquer l’exclusion. Selon l’OCDE, le taux de pauvreté serait divisé par deux si dans toutes les familles, l’un au moins des adultes avait un travail. Dès lors, la France a-t-elle intérêt à se rapprocher du modèle britannique, qui inclut plus de personnes dans l’emploi, quitte à leur fournir des boulots précaires ? » Nous constatons tous les jours que les postes à temps partiel sont insuffisants pour tirer les familles fragiles de la pauvreté « , témoigne Sonia Serra, secrétaire nationale du Secours populaire.

Et ainsi briser la spirale des  » inégalités de destin  » dont nous parlait Emmanuel Macron cet été. Mais ses propositions du 13 septembre seront-elles à la hauteur de cet enjeu ?

Le 7 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

* Rappelons-nous  aussi que, en 1647, Vincent de Paul, alors membre du conseil de conscience fait pression de façon prémonitoire pour interdire la première traduction en français du coran. Publiée sous le titre L’Alcoran de Mahomet, cette traduction d’André Du Ryer (ancêtre de la Cinquième colonne mahométane) se propage en dépit de l’interdiction de l’ouvrage…

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2 Réponses to “Depuis Monsieur Vincent, rien n’a changé en France en matière de pauvreté.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 7, 2018 à 8:15 #

    Pertes des repaires moraux, délocalisations, chômage, précarité, insécurité, lois liberticides et fiscalité confiscatoire : en ce début de XXI° siècle, ce n’est plus la faute à Marie Antoinette…

  2. Catoneo septembre 7, 2018 à 9:07 #

    L’oeuvre de saint Vincent de Paul fut « sponsorisée » par les pouvoirs publics comme le moyen le plus efficace pour vider les rues de Paris des indigents qui l’encombraient et créaient une criminalité insupportable.

    Il fut un précurseur de l’abbé Pierre qui fut lui aussi instrumentalisé par la IVè République pour participer à la dissolution des bidons-villes géants de l’après-guerre qui recréaient partout des « cours des miracles ».

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