Pourquoi, indépendamment des problèmes religieux, l’intégration des migrants extra-communautaires ne peut pas fonctionner ?

8 Sep

En voici un excellent exemple avec la Suède, dont les habitants votent dimanche pour les élections législatives.

Ce Syrien de 23 ans n’a quasiment jamais fait d’études. Il travaille depuis qu’il a 15 ans, d’abord en  parcourant les mers sur des porte-conteneurs. En cuisine, puis, après une formation de six mois au Panama, comme marin. Mais la guerre est arrivée. Il préfère fuir son pays plutôt que de l’aider à se redresser et finit par atteindre clandestinement le sud de la Suède, en mai  2016. Grâce à la route des Balkans, chère à la chancelière allemande, Angela Merkel.

 » Entre l’apprentissage du suédois, de l’anglais, et la formation pour me remettre à niveau, j’en avais pour trois ans. » Il veut travailler pour gagner rapidement de l’argent. Alors, après quelques mois passés en centre d’accueil à attendre ses papiers, il saute sur tout ce qu’on lui propose : des cours de suédois –  » décevants, on était 25 «  –, des cours de connaissance de la société suédoise, un boulot dans un restaurant – deux semaines seulement, car le patron (en bon négrier comme ceux que nous avons chez nous) voulait le payer au noir –, un stage dans un garage. Et finalement, une formation de manutentionnaire de quatre semaines, grâce à laquelle il finit par décrocher un contrat aidé chez Tarkett, spécialiste français du revêtement de sol, dans son usine de Ronneby.

La question de l’intégration des étrangers sur le marché du travail suédois n’aura jamais autant été discutée que ces derniers mois, avant les élections législatives du 9  septembre, où l’immigration, l’intégration et l’avenir de l’Etat-providence suédois arrivent en tête des préoccupations des électeurs.

Pourtant, certaines statistiques auraient de quoi réjouir les immigrationnistes: en  2017, les travailleurs nés à l’étranger ont absorbé 80 % des nouveaux emplois créés en Suède – 90  % dans le secteur public et 100  % dans l’industrie, le commerce et l’hôtellerie.Traditionnels secteurs dans lesquels les Suédois eux-mêmes laissent des emplois vacants tant ils craignent de se fatiguer…Porte ouverte à l’installation des immigrés (« qui va à la chasse…« ).

Les indicateurs économiques sont aussi au beau fixe : 2,4  % de croissance en  2017 (2,8  % prévu en  2018), un taux de chômage à 6,7  %, une industrie qui se porte bien et des finances publiques dans le vert tandis que 250 000 emplois ont été créés au cours des quatre dernières années.

Autant de conditions qui n’existent pas chez nous !

Mais le tableau est trompeur, assure Carola Lemne, directrice générale de la confédération suédoise des entreprises (Svenskt Näringsliv). Car à y regarder de près, le taux de chômage, par exemple, révèle de très fortes disparités : s’il est quasiment nul pour les personnes nées en Suède (4,2  %), il atteint 16,2  % pour celles nées à l’étranger. Un groupe qui a rapidement augmenté, ces dernières années, avec l’arrivée de près de 500 000 demandeurs d’asile depuis 2010. Aujourd’hui, 18,5  % des dix millions d’habitants du pays sont nés à l’étranger, contre 14,7  % en  2010. INGERABLE alors qu’on approche des 20%.

Paradoxe : la Suède souffre d’une pénurie de main-d’œuvre, qui ne devrait qu’empirer. Sur le site de l’Arbestförmedlingen, le service public de l’emploi, environ 100 000 postes sont à pourvoir. Les besoins se font sentir dans deux tiers des secteurs de l’économie. Pour combler les départs à la retraite, les communes et régions suédoises devront embaucher 124 000 personnes d’ici 2025.  » Il faudrait que 25  % de chaque cohorte prenne un de ces emplois « , note Carola Lemne, qui précise, par exemple, que  » la Suède ne forme que la moitié des conducteurs de poids lourds dont elle aurait besoin « .

L’équation ne devrait pas être si compliquée à résoudre, estime Marcus Karlström, directeur de l’agence pour l’emploi de Ronneby. Au bord de la Baltique, la commune de 28 000 habitants a accueilli un peu plus de 2 400 réfugiés depuis 2015. Dès leur arrivée, ils sont intégrés au  » programme d’établissement « , géré par l’agence pour l’emploi. En échange d’une allocation de 307 couronnes par jour (soit 28,50 euros pour un adulte seul), ils doivent suivre des cours de langue, une sensibilisation à la société suédoise, des stages et formations, pendant deux ans, ou jusqu’à ce qu’ils décrochent un emploi.

En revanche, s’insurge Marcus Karlström,  » S’ils ne participent pas aux activités, les allocations sont suspendues. «  A Ronneby, 46  % ont intégré un emploi ou une formation dans les trois mois, suivant le programme. C’est mieux que dans le reste du pays, où la moyenne atteint 35  %.

La commune a joué un rôle déterminant, en proposant, depuis trois ans, un contrat d’un an à cent réfugiés. L’agence pour l’emploi a aussi organisé des formations sur mesure pour répondre à la demande d’entreprises locales, qui n’arrivaient pas à recruter. Et pourtant, 46  % des habitants de Ronneby nés à l’étranger sont au chômage.

Pour le directeur de l’agence, ce n’est pas étonnant :  » Nous avons accueilli beaucoup de monde très vite, trop vite. Certains sont analphabètes. Beaucoup de femmes n’ont jamais travaillé. Il faut leur expliquer le modèle suédois, qui est fondé sur le travail des femmes et des hommes. «  Ainsi, à 37 ans, Wafaa, une Syrienne arrivée en Suède en  2015 et déjà mère de cinq enfants (autant de musulmans supplémentaires dans ce pays luthérien), tente des études d’aide-soignante, après avoir appris le suédois. En Syrie, elle donnait paraît-il des cours d’aérobic…  » Ce n’est pas facile « , dit-elle.

Hamed, 27 ans, arrivé de Palestine à 14 ans (l’un de ses innombrables MNA – mineurs non accompagnés -), confie, lui, qu’il travaille au noir.  » J’ai eu un contrat dans une commune pendant un an. Mais pour continuer, il fallait faire des études. J’avais besoin de gagner de l’argent.  » Il a préféré les offres des esclavagistes sans scrupule qui ne paient pas de cotisations sociales et lui permettent…de se soustraire aux impôts du pays. Mais, comme vous le savez, nous avons les mêmes à la maison.

Pour Carola Lemne, la  » patronne des patrons « , un des problèmes réside dans l’absence d’emplois simples en Suède : 5  % seulement contre 10  % à l’étranger.  » Et même pour un petit boulot, il faut parler suédois, avoir le permis. «  Le fait que les salaires d’entrée sur le marché du travail suédois soient  » parmi les plus élevés en Europe «  n’arrange rien, selon elle. A force de négociations, les partenaires sociaux sont parvenus à se mettre d’accord début mars, sur le principe d’un  » emploi d’établissement  » : un contrat de deux ans, financé à hauteur de 8 400  couronnes par l’employeur, l’Etat avançant un peu plus de 9 000  couronnes. Au total, 10 000 personnes pourraient être concernées. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout simplement que le patronat tire profit de cette main-d’oeuvre peu exigeante et docile pour pratiquer le dumping social. Mais, là encore et comme vous le savez, nous avons les mêmes à la maison.

D’ailleurs, côté syndicat, la question est sensible.  » Sous prétexte de vouloir accélérer l’intégration des réfugiés, la droite et le patronat sont prêts à remettre en cause notre modèle social et le système des accords collectifs, ce que nous n’accepterons jamais « , déclare Therese Guovelin, la vice-présidente de LO, la confédération des syndicats suédois.

Et ce qui devait arriver finira par arriver. Le 9  septembre, demain, un quart des adhérents de la puissante centrale pourrait se laisser séduire par le programme nationaliste et social conservateur des Démocrates de Suède. Un vote d’extrême droite que Therese Guovelin analyse comme une réaction à  » la précarisation de l’emploi, avec une augmentation des contrats à temps partiel et de l’intérim, et le recul de l’Etat-providence en Suède, avec la fermeture d’hôpitaux dans les campagnes, les files d’attente dans les centres de soin, ou le niveau qui baisse dans les écoles. » Ajoutez-y l’explosion des violences en tout genre, des viols et de la criminalité et vous comprendrez la colère sourde (mais bien tardive) des Suédois.

L’économiste Joakim Ruist approuve :  » On parle beaucoup de problèmes d’intégration, mais ce qu’on veut dire, en fait, c’est qu’on souhaite arrêter l’immigration. «  Le chercheur a signé un rapport très remarqué au printemps, où il évaluait le coût de l’accueil des réfugiés à 1  % du PIB suédois, soit 40  milliards de couronnes et autant que l’aide au développement et le pays est au bord de l’asphyxie.

Il est probable que, dimanche, les citoyens de Carl XVI Gustaf mettront dans les urnes des bulletins de vote à la hauteur de leurs désillusions :

Mais, diable, pourquoi ne nous ont-ils pas écoutés plus tôt ?

Le 8 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

 

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3 Réponses to “Pourquoi, indépendamment des problèmes religieux, l’intégration des migrants extra-communautaires ne peut pas fonctionner ?”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 8, 2018 à 1:32 #

    La solution semble vers l’ensemble des Pays du Visegrade, rejoints par l’Autriche et l’Italie :

    – référence aux préceptes chrétiens inscrite dans la constitution

    – respect de la vie de la conception à la mort

    – affirmation de la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme

    – responsabilité des parents pour l’éducation de leurs enfants

    – soutien politique des communautés chrétiennes dans les pays où elles sont menacées.

    Politique d’immigration : oui à l’immigration, mais une immigration EUROPENNE, de culture CHRETIENNE. Respecter le principe : « cujus regno, ejus religio ».

  2. Hervé J. VOLTO septembre 8, 2018 à 1:37 #

    UN DERNIER POUR LA ROUTE…

    Une affaire jugée actuellement à Aix-en-Provence, montre le bout de son nez, ou plutôt le bout de ses pieds.

    Sabri est musulman, et très logique : puisque la charia condamne les voleurs à avoir les mains coupées, les fugueurs, comme sa femme, doivent être condamnés à avoir les pieds coupés, ce dont il l’a, du coup, menacée si elle persistait à vouloir le quitter.

    Il était également très logique pour lui qu’ayant épousé sa femme alors qu’elle n’avait que treize ans en Turquie, il se soit énervé qu’elle ne lui donne pas d’enfants dès cet âge tendre, et ait pris une seconde épouse.

    Logique, enfin, que, finalement nanti de six enfants – trois avec la seconde… et trois finalement avec la première -, il supporte mal que la première fuie ses mauvais traitements en prétendant emmener la moitié de sa progéniture. Surtout si l’un des trois est un fils.

    Il a donc menacé de lui couper les pieds quand elle a voulu quitter le domicile bi-conjugal le 14 août, et retenu le petit troisième de force.

    Le tribunal d’Aix-en-Provence l’a condamné à 18 mois, dont la moitié avec sursis…

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