Pour Emmanuel Macron, l’essentiel c’est la com…

12 Sep

Notre pays crève. Son histoire se perd dans une amnésie soigneusement organisée. Sa culture fout le camps, minée par le cosmopolitisme et son corollaire la barbarie. Ses armées s’étiolent faute de crédits. Sa diplomatie n’est plus que l’ombre de l’ombre d’elle-même. Son économie s’effondre sous les coups de l’union européenne et des mondialistes de tout poil. Sa dette abyssale hypothèque tragiquement l’avenir de nos petits-enfants. Sa population croît mais…seulement au profit d’une terrible immigration de peuplement.

Mais, pendant ce temps-là, le président de la République, Emmanuel Macron, élu par seulement 20% des électeurs mais qui a confisqué le pouvoir à son seul usage, ne se soucie que d’organiser et de valoriser…

son image !

 

Avec Emmanuel Macron, c’est en se rendant utile aux moments-clés de sa vie politique que, souvent, on gagne sa place à l’Elysée. Ainsi, au soir de la victoire, le 7  mai 2017, Sylvain Fort, un communicant catalogué  » intello de droite « , normalien agrégé de lettres classiques passé par la finance, passionné d’opéra et auteur de plusieurs livres salués par les connaisseurs, a su se rendre précieux. Jugez-en : quelle version de l’Hymne à la joie pour accompagner la marche du vainqueur de la présidentielle à travers la cour carrée du Louvre ? Pendant que, hors du champ des caméras, Alexandre Benalla guide les pas d’Emmanuel Macron le long de la pyramide, Sylvain Fort impose sa baguette de chef d’orchestre à la cérémonie. Il choisit sans hésiter l’interprétation d’Herbert von Karajan, auquel il a consacré une biographie juste avant le lancement de la campagne présidentielle ! On croit rêver.

Un an plus tard, alors qu’Alexandre Benalla a été chassé de l’Elysée et que la rentrée s’annonce difficile, c’est sur Sylvain Fort qu’Emmanuel Macron compte pour restaurer son image. Pendant la campagne, l’amateur d’opéra avait affronté la presse en duo avec Sibeth Ndiaye, l’éminence grise du président – pourtant noire comme l’ébène -, communicante venue…du Sénégal en passant par Bercy. Une fois à l’Elysée, il lui a volontiers cédé cette tâche. Il a repris sa plume et s’est installé dans un petit bureau du palais avec le titre de conseiller discours et mémoire. C’est à lui qu’on doit les discours qui ont marqué le début du quinquennat, comme celui destiné à rassurer les catholiques de France, au collège des Bernardins, ou les hommages aux personnalités défuntes, de Simone Veil à Jean d’Ormesson : le crayon posé par le président sur le cercueil de l’académicien dans la cour des Invalides, c’est lui qui est allé l’acheter le matin même chez Gibert, dans le Quartier latin…

Sylvain Fort et sa complice, Sibeth Ndiaye

Mais l’affaire Macron-Benalla a obligé l’Elysée à se réorganiser. Côté communication, exit Bruno Roger-Petit, l’ex-journaliste recruté comme porte-parole, une des têtes de Turc de Sylvain Fort. C’est lui qui avait été envoyé au feu au lendemain des révélations sur le comportement d’Alexandre Benalla lors de la manifestation du 1er-Mai à Paris, lisant laborieusement devant les caméras un texte préparé par le cabinet du chef de l’Etat. Et, dans les prochains jours, Sylvain Fort doit reprendre du service, chapeautant l’ensemble de la communication présidentielle. Il promet un changement de ton. Finies, à l’entendre, les engueulades avec la presse.

C’est pourtant un homme prompt aux philippiques et aux croisades que racontent beaucoup de ceux qui l’ont croisé pendant la campagne, et surtout bien avant qui va devenir le  » communiquant en chef  » de l’Elysée. Dans le petit monde de l’opéra, Sylvain Fort s’est fait connaître par des éditoriaux passionnés sur le site Forum Opéra, un webzine fondé en  1999 et qu’il a rejoint cinq ans plus tard en contactant ses fondateurs par e-mail. Il en est devenu rédacteur en chef avant de démissionner en  2007, après une première polémique provoquée par un article sur  » la nouvelle école du chant français « . En  2015, il étrille dans un feuilleton à clés le directeur de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner, élégamment baptisé  » Stephanov Sifilissner « , et son numéro deux, Jean-Philippe Thiellay, alias  » Fistule « . Histoire de faire un peu dans l’homophobie ! Trois ans après, Sylvain Fort ne comprend toujours pas l’émoi des intéressés.  » De la pure satire dans la veine de Pétrone, balaie l’agrégé. Si on ne s’amusait pas la vie serait trop triste « 

 » Dis-moi qui sont tes amis... »

Fin 2015, nouvelle bagarre contre le même directeur de l’Opéra. Stéphane Lissner a décidé d’installer des cloisons amovibles dans les loges historiques du Palais Garnier. Colère de Sylvain Fort. La pétition qu’il lance sur le site internet Change.org réunit 34 000 signataires. Même le New York Times s’y intéresse. Le communicant prouve qu’il sait ferrailler, mener des batailles d’opinion et des guerres d’influence. Des talents utiles à l’Elysée, lorsque l’expérience politique est à la fois brève, récente et si fragile.

Mais, pendant ce temps-là, où en est-on et que fait-on pour éviter à notre pays les affres du Camp des Saints ?

La politique, il ne s’y est vraiment mis qu’en  2011, lorsque,  » à raison d’une fois par mois « , il fréquente le ministre de l’enseignement supérieur, Laurent Wauquiez, qui s’est lancé quelques mois plus tôt dans sa bataille contre  » le cancer de l’assistanat « . La même année, il participe au  groupe Fourtou, un club de -réflexion informel formé en  2011 par Jean-René Fourtou, patron de Vivendi, pour préparer la réélection de Nicolas Sarkozy. Il y croise de jeunes espoirs de l’UMP, comme Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, sympathise avec la plume de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, Camille Pascal. De cette époque datent aussi les liens étroits de Sylvain Fort avec un autre membre du groupe, Charles Villeneuve, ancienne star du magazine  » Le Droit de savoir  » sur TF1. Avec un autre ancien du groupe Fourtou, le journaliste Etienne Mougeotte, Charles Villeneuve a organisé la prise de contrôle par l’homme d’affaires d’origine libanaise Iskandar Safa de Valeurs actuelles, un hebdomadaire où Sylvain Fort compte des amis. Prouvant ainsi que l’enfer est bien pavé de bonnes intentions !

A Normale Sup, vingt ans plus tôt, Sylvain Fort penchait alors pour Jean-Pierre Chevènement tout en se faisant remarquer pour sa voix de baryton, qu’il travaille au Club opérette. Agrégé de lettres classiques, germaniste, il enseigne durant huit ans. A 27 ans, il décroche sa propre collection à L’Arche, une maison d’édition théâtrale réputée. Outre ses traductions de l’allemand (Schiller) et de l’italien (Leonard de Vinci), il a signé une dizaine de livres bien accueillis par la critique. Parmi eux, une  Leçon littéraire sur l’amitié aux Presses universitaires de France, un Puccini préfacé par le ténor Roberto Alagna chez Actes Sud ou en  2017, un livre sur Saint-Exupéry publié par la discrète maison Pierre-Guillaume de Roux. Quand L’Obs interrogera le candidat Macron sur les écrivains qui l’entourent durant sa campagne (Erik Orsenna, Philippe Besson), il répondra :  » Le premier d’entre eux, c’est Sylvain Fort.  » Une référence.

En  2002, il offre ses services au président de la banque BNP-Paribas, Michel Pébereau, longtemps un des parrains (dans tous les sens du terme…) du monde des affaires français. Il part en Italie participer au rachat de la banque BNL. Six ans plus tard, il est temps de changer à nouveau de carrière. Il entre donc chez DGM, le cabinet de communicants qui conseille des géants comme LVMH ou Bolloré. Et au printemps 2013, il crée finalement sa propre structure Steele &  Holt. Un nom de cabinet anglo-saxon, mais en réalité une blague. C’est une référence à la série américaine des années 1980 qui a révélé Pierce Brosnan, Les Enquêtes de Remington Steele, mettant en scène un voleur devenu détective et son associée, Laura Holt. Tout s’explique…

Spécialisée dans la finance, Steeve &  Holt vise les gestionnaires d’actifs et les banquiers d’affaires, peu à l’aise avec les médias. La société a aussi des activités plus exotiques. On le voit à Genève, en  2016, lors des négociations sous l’égide de l’ONU sur la Syrie, aux côtés de l’opposition démocratique, qu’il conseille. En  2014, Steeve &  Holt est recruté par les Saoudiens pour améliorer l’image du royaume wahhabite en France, où on ne jure que par le Qatar. En janvier  2015, le cabinet se charge ainsi d’attirer les journalistes à un festival d’art contemporain à Djedda. Après le départ de son fondateur pour l’Elysée, Steele &  Holt a continué à assurer la communication en France du prince héritier, Mohammed Ben Salman, et celle de son ministre de la culture, venu justement signer en avril un accord de partenariat avec l’opéra de Paris. Tiens, tiens.

A l’été 2016, nouveau changement de cap. Désormais main dans la main d’Emmanuel Macron, Sylvain Fort prend ses distances avec sa société. C’est un de ses amis, collaborateur de Publicis, qui lui a soufflé que son patron Maurice Lévy cherchait un communicant pour un candidat à la présidentielle.  » Le duel Sarko-Hollande, très peu pour moi. Je n’étais pas spécialement réjoui par le bilan du président socialiste et je trouvais le système rouillé. «  C’est alors que Macron le convoque une seconde fois, le jour où il annonce sa démission de Bercy.  » Il m’a dit : assieds-toi là. La machine est partie, je n’en suis jamais redescendu. « 

Et la France, dans tout ça ?

Mieux, il y a pris goût et selon ses adversaires, il s’occupe encore de marier le pouvoir et sa passion pour la musique. Le 14  juillet, en clôture du défilé parisien, la soprano Julie Cherrier devait interpréter La Marseillaise et L’Hymne à l’amour de Piaf devant le président et des millions de téléspectateurs – un programme arrêté avec le gouverneur militaire de Paris depuis le printemps. Quelques jours avant le défilé, sa prestation est annulée sur décision de l’Elysée. La soprano vient justement d’épouser le chef d’orchestre Frédéric Chaslin qui a imprudemment partagé sur Facebook un message critiquant la campagne menée par Sylvain Fort contre le directeur de l’Opéra de Paris. Rancunier, le gaillard !

Fort dément toute vengeance, mais assume l’annulation de la prestation :  » La séquence a sauté car elle n’était pas au niveau. Et puis, on ne peut pas sortir quelqu’un de l’anonymat un 14-Juillet, une date pour une Jessye Norman ou un Roberto Alagna.  » Et méprisant, avec ça…

Et dire que des Français ont cru bon de confier le sort de notre malheureux pays à Narcisse et à ses sbires.

Le 12 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Pour Emmanuel Macron, l’essentiel c’est la com…”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 12, 2018 à 9:40 #

    Tout est dit !

    Mais… la faute n’est-elle pas un peu la notre ? la faute à nous, oui, qui avons manqué de Foi devant une Marine décevante, ne faisant pas l’effort de réflexion de constater que, à ses côtés, il y avait un Nicolat Dupont-Aignant qui aurait compenser les manques d’une marâtres aigrie qui eu le tort de mettre au placard la plus belle du Royaume, et nous aurait fourni un grand Richelieu ? Ne serait-ce pas l’heure d’un peu d’auto-critique ?

    Et en amont, pourquoi a-t-on permis l’assasinat politique de François Fillon ? Pourquoi, ne se sentant pas porter par notre soutient, s’est-il senti obliger de se retirer, fasisant triompher l’opinion ditillé par le grands médias ? Non… LE PETIT maCrON au pouvoir, c’est notre laxisme, notre permissivité, notre passivité, qui a permis de lui permettre d’arriver au pouvoir ! Le 13 mai 1958, à Alger, le MP 13 n’a pas écouté « la voix de son maître » et si l’Algérie fut perdue, ce fut aussi la fin de la IV° République…

    Alors au sujet du TETE DE maCrON au pouvoir :

    -Les peuples ont le gouvernement qu’ils méritent (Jospeh de Maîstre) !

    Pu… ré, comme Maîstre a raison !!!

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