Budget de l’Etat : comment faire plus avec moins ?

13 Sep

Même une médaille Fields ne permettrait pas à un mathématicien de résoudre ce problème mathématique ! Alors, vous pouvez aisément imaginer que ni Emmanuel Macron ni ses ministres n’y parviendront. Et pourtant, les Français les ont portés au pouvoir il ya maintenant un peu plus d’un an. Les malheureux…

Alors que l’an II du quinquennat d’Emmanuel Macron a débuté sous des auspices économiques nettement moins favorables que les premiers mois de son mandat, le gouvernement doit faire face à une mauvaise nouvelle supplémentaire : le déficit public devrait s’établir à 2,8  % du produit intérieur brut (PIB) l’an prochain. C’est l’estimation que Bercy inclura dans le projet de loi de finances (PLF) 2019, attendu le 24  septembre en conseil des ministres.

C’est moins bien que les prévisions envoyées en avril à la Commission européenne (2,4  %). Il y a tout juste deux mois, en préparation du débat d’orientation des finances publiques de la mi-juillet, le gouvernement misait même sur 2,3  %. Ce dérapage pour 2019 intervient alors que le déficit public de cette année, comme le laisse entendre le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, devrait déjà se situer  » autour de 2,6  % « , et non à 2,3  %. Une correction qui a contraint l’exécutif à dégrader dans la foulée sa trajectoire de dette publique, et de maîtrise des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires. Entendez que les contribuables de ce pays déjà confiscatoire ne tarderont pas à passer de nouveau à la caisse.

Ces différentes révisions s’ajoutent à des indicateurs peu porteurs sur le front de l’emploi. Le taux de chômage a quasiment stagné à 9,1  % au deuxième trimestre 2018, alors que le gouvernement avait promis de le ramener à 7  % en  2022. Quant aux créations d’emplois dans le secteur privé, qui avaient connu un record en  2017, elles ont continué de ralentir au deuxième trimestre, a annoncé l’Insee, mardi 11  septembre. Une accumulation de mauvais chiffres qui risque de compliquer encore un peu plus la rentrée d’Emmanuel Macron, déjà frappé dans les sondages par une perte de confiance des Français dans sa capacité à réformer le pays.

Si ces naïfs nous avaient écoutés pendant la campagne électorale nous n’en serions pas là.

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

En cause principalement, nous dit-on, le tassement de la croissance. Celle-ci n’est plus prévue qu’à + 1,7  % pour 2018 et pour 2019 (et non plus 2  % et 1,9  %), dit-on à Bercy. De plus, le reclassement de SNCF Réseau en administration publique, annoncé le 6  septembre, pèsera sur le déficit à hauteur de 0,1 point de PIB chaque année (un peu plus de 2  milliards d’euros). Si la croissance ralentit, c’est la faute au rebond des prix du pétrole, à une dynamique économique mondiale qui s’essouffle et à des  » facteurs domestiques conjoncturels «  prétend Bercy qui s’échine à vouloir faire croire au caractère exceptionnel de ces vents contraires. Allant jusqu’à citer parmi ces causes de ralentissement, les  » intempéries «  des derniers mois, les  » ponts de mai «  ou les  » mouvements sociaux du printemps  » !

Pas un mot, en revanche, sur les possibles effets du calendrier fiscal choisi par l’exécutif, alors que plusieurs économistes et les représentants de l’opposition soulignent les effets négatifs de la baisse en deux temps des cotisations chômage et maladie – au 1er  janvier et au 1er  octobre – tandis que la CSG avait été augmentée en une seule fois en début d’année.

Les artisans du budget 2019, pour qui il ne s’agit que d’un  » trou d’air « , se veulent optimistes pour la fin d’année. Ils mettent en avant les  » mesures pour le pouvoir d’achat «  que sont la seconde tranche de baisse de cotisations et la suppression d’un tiers de la taxe d’habitation pour 80  % des foyers. L’objectif de croissance 2018 reste pourtant sujet à caution : selon l’Insee, l’acquis de croissance à mi-année – c’est-à-dire la hausse que connaîtrait le PIB sur toute l’année si l’économie venait à s’arrêter totalement au second semestre – n’était que de 1,3  %.

Dans un contexte économique plus tendu que prévu, le gouvernement a dû redoubler d’efforts pour ne pas passer au-dessus du seuil critique de 3  % de déficit en  2019, alors que Paris vient de sortir de la procédure européenne de déficits excessifs, après deux années sous les 3  % (2017 et 2018). Les mesures annoncées, à la fin d’août, par le premier ministre, Edouard Philippe, visaient à rectifier le tir. La moindre revalorisation des prestations sociales (+ 0,3  % en  2019 et 2020) devrait toutefois générer un peu moins d’économies que prévu (autour de 3  milliards d’euros), compte tenu d’une inflation qui ralentirait l’an prochain. Pas de chance…

Si l’année 2019 constitue un exercice à haut risque pour le gouvernement, c’est qu’elle doit acter la transformation du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en allégement de cotisations. L’an prochain, l’Etat devra à la fois payer ce crédit d’impôt aux entreprises au titre de 2018, et leur reverser le montant des allégements de cotisations pour 2019. De quoi entraîner une hausse mécanique de 0,9 point du déficit public, soit «  un peu plus de 20  milliards d’euros «  de dépenses supplémentaires, précise-t-on à Bercy.

Dans ce contexte, tout nouvel aléa conjoncturel (et nous n’en sommes pas à l’abris) pourrait se révéler dramatique politiquement.  » Si on est à 1,5  % de croissance économique en  2019, on passera les 3  % de déficit « , glissait il y a quelques jours une source gouvernementale. Malgré cet avantage de trésorerie qui se profile pour les entreprises, les patrons des grands groupes français se disent inquiets, eux aussi et se gardent d’investir. D’une part, le patronat souhaite ardemment que l’Etat tienne ses engagements, et affiche un déficit limité en  2019 et un budget à l’équilibre en  2022.  » Il en va de la crédibilité de la France, de sa notation par les agences, donc des conditions auxquelles l’Etat emprunte « , plaide l’un d’eux. Car, si les taux de nos emprunts s’envolaient l’importance de la dette (100% du PIB) en rendrait rapidement le remboursement périlleux.

D’autre part, les grandes entreprises privées redoutent que cet effort public se réalise dans l’immédiat à leur détriment.  » Entre le décalage prévu dans l’allégement du CICE, l’augmentation de l’acompte de l’impôt sur les sociétés et la suppression de certaines aides aux entreprises – qui doivent être annoncées dans le PLF – , nous allons nous faire ratisser collectivement d’au moins 2  milliards d’euros dans ce budget, avance un représentant du patronat. J’aimerais que ce ne soit pas davantage, et que l’Etat prenne de vraies mesures de réduction des dépenses. « 

Pour l’heure, Bercy se limite à réitérer ses objectifs d’ici à la fin du quinquennat : réduction de la dette de cinq points de PIB, des dépenses publiques, de trois points, et des prélèvements obligatoires, d’un point.  » On n’a pas changé de stratégie, on réaffirme nos priorités « , répète-t-on au ministère de l’économie et des finances…sans trop y croire !

Mais la dépense publique, dont la hausse devrait être nulle cette année en volume, est déjà attendue en augmentation de 0,6  % l’an prochain, contre 0,4  % espéré jusqu’à présent. Soit, en valeur, une hausse de 20  milliards d’euros en  2018 et de 25  milliards en  2019. Quant à la dette publique, elle devrait culminer à 98,7  % du PIB cette année, toute proche des 100  %, avant de redescendre à 92,7  % en fin de quinquennat.

Bercy n’a pas fini de jongler avec les chiffres et les matheux du ministère de chercher les mots qu’il faut pour duper les Français.

Le 13 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Budget de l’Etat : comment faire plus avec moins ?”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 13, 2018 à 1:54 #

    Duper, voici le mot clé !

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