Immigration : le sommet de la forfaiture pourrait bien avoir été atteint.

15 Sep

Et nous devons ce terrible constat aux confidences à l’un des cadres* de l’ONG Médecins sans frontières, organisation que l’on ne peut pas soupçonner d’être hostile au fait migratoire puisqu’elle est même acoquinée avec SOS-Méditerranée, passeur elle-même de migrants par l’intermédiaire de son navire négrier Aquarius. Il insiste en particulier sur le fait que, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, c’est l’implication massive des fonctionnaires des Etats dans la gestion des migrants qui explique que les passeurs ne sont presque jamais arrêtés : quand un réseau est démantelé, les affaires continuent ou reprennent vite. Les passeurs réels que sont les forces de l’ordre remplacent vite un intermédiaire, un courtier, par un autre.

Une authentique forfaiture. Un crime d’Etat.

De Daniel Cohn-Bendit à Marine Le Pen, en passant même par Emmanuel Macron, nombreux sont les responsables politiques qui dénoncent la collusion existant entre les organismes d’aide aux migrants (dits ONG humanitaires) et les passeurs (des criminels). Les uns exercent leurs activités au vu et au su de tout le monde, les autres agissent dans l’ombre mais tous s’associent pour faire franchir en toute illégalité les frontières.

Pour ouvrir une frontière à la migration, il faut en avoir le contrôle. Dans ces zones frontalières, les no man’s land n’existent pas et ceux qui y exercent le pouvoir le font parfois les armes à la main. Qui détient les armes ? Des forces régulières (douane, gendarmerie, police, armée…) ou irrégulières (milices ou bandes armées pour les pays, comme la Libye, où l’Etat est faible).

Il existe évidemment bien des artisans du contournement des postes frontières qui échappent au contrôle des fonctionnaires ou des miliciens. Mais comparée aux centaines de milliers de personnes qui empruntent les « autoroutes migratoires » contrôlées par les autorités, cette pratique artisanale n’est sans doute pas si importante qu’on le croit.

Comment savons-nous que les passeurs sont le plus souvent des fonctionnaires et non de mystérieux criminels ? Parce que les Médecins sans frontières (MSF) parcourent ces routes de l’exil depuis plus de quarante ans, nous dit Jean-Hervé Bradol :  » Dans les quelques situations où il ne nous a pas été possible d’obtenir les autorisations préalables, ces frontières, nous ne les avons jamais franchies seuls. A chaque fois, nous avons formulé notre demande aux représentants locaux des forces de l’ordre. Dans certains cas, nous les avons soudoyés. En effet, le passage de frontières est une activité pour laquelle il existe un marché. » Cette affirmation est forte et grave, surtout lorsqu’elle s’applique à ce que l’on prétend être des  » Etats de droit « .

Et J-H Bradol de poursuivre : «  Le plus souvent, des intermédiaires qualifiés à tort de passeurs proposent leurs services d’entremetteurs entre les voyageurs et ceux, les véritables passeurs – en grande majorité des fonctionnaires –, qui ont le pouvoir de les laisser poursuivre leur périple. Les services de ces intermédiaires ne sont pas ceux d’un passeur. Ils sont ceux d’un courtier. Pour saisir la nuance et en comprendre l’intérêt, il suffit de se souvenir de la différence entre le courtier en assurances et l’assureur. Seul ce dernier possède le pouvoir de verser une indemnité à l’assuré. » Il va même jusqu’à affirmer que ce sont bien des fonctionnaires italiens qui, à Vintimille et dans les Alpes du Sud, facilitent les départs des migrants pour la France.

L’exemple le plus frappant est sans conteste celui de l’année 2015, qui a vu la Turquie ouvrir le passage vers l’Europe à plus d’un million de personnes. Il s’en est suivi la création de voies de migration de masse (la fameuse route des Balkans) pour que ces populations en mouvement puissent arriver dans les Etats disposés à les accueillir, notamment l’Allemagne et la Suède. Puis les portes se sont refermées à la suite de décisions prises par les Etats concernés : la Turquie, puis les pays de transit des Balkans et, enfin, les Etats constituant les destinations finales.

Jean-Hervé Brandol affirme par ailleurs que, en réalité, les passages clandestins contournant les postes de douane sont rares  » parce que les Etats qui contrôlent leurs frontières en font un double commerce, économique et politique. Comment pourraient-ils dédaigner les retombées financières qu’une telle activité génère ? Si les soi-disant passeurs touchent des centaines de milliers d’euros, les Etats, eux, brassent des milliards de subventions pour réguler les passages. Ces sommes importantes, rendues disponibles pour gérer les migrations, alimentent ainsi tout un secteur économique.« 

Ce marché, vous l’aurez compris, porte un nom que nous ne cessons de dénoncer : le trafic d’êtres humains.

Les perdants de ces petits jeux de pouvoir et d’intérêts sont ceux qui meurent en chemin. Et selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), entre le 1er janvier 2014 et le 30 juillet 2018, 5 773 corps ont été retrouvés de-ci de-là et on a comptabilisé 11 089 personnes disparues en mer Méditerranée.

Ces migrants sont, d’une certaine manière, victimes (même si personne ne les force à quitter leurs familles) du fait que les pays de départ, de transit et d’installation veulent optimiser ce qu’ils perçoivent comme les gains que leur participation à l’économie politique de ce trafic d’êtres humains leur octroie. En Afrique comme en Méditerranée, cette pratique se renouvelle en se perpétuant depuis des siècles.

Mais, que penser des dirigeants politiques qui sont à la tête des Etats qui aujourd’hui prétendent y mettre un terme alors qu’ils participent à une activité dont ils sont les principaux exploitants ?

Songez-y lorsque vous votez. Songez-y donc lorsque vous élirez vos députés au Parlement européen de Strasbourg, au printemps prochain. Et souvenez-vous qu’un homme exceptionnel, Viktor Orban, Premier ministre de Hongrie, est mis aujourd’hui au ban de l’Union pour s’être dressé contre ces pratiques…

Le 15 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Il s’agit de Jean-Hervé Bradol,directeur d’études à Médecins sans frontières – Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires.

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4 Réponses to “Immigration : le sommet de la forfaiture pourrait bien avoir été atteint.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 15, 2018 à 3:13 #

    Les frontières. Ces lieux troubles où finit un monde et où en commence un autre ont toujours attiré l’ambiguité. Contrebandiers, apatrides, sang-mêlés, proscrits, espions, terroristes, ceux qui ont double-nature et double-langage se retrouvent souvent là…

    C’est incontestablement au bord de la Méditérannée, frontière maritine entre le Sud de l’Europe et le Nord de l’Afrique, que s’arrète l’ensemble des côtes, localités et ports duement répertoriées de notre continant europèen. Après, c’est le vide noir et opressant de la mer…

    Inversement, pour des matelots, officiers de bord, pilotes, mécaniciens, carthographes, cryptopisteurs, chasseurs de navires marchands, (et aussi maquilleurs d’embarcations volées ou spécialistes clandestins en passage d’Immigrés illégaux), les quais de Tripoli, Misrata, Syrte, Benghazi, Tobrouk -et les ateliers qui les entourent- sont des lieux de recrutement réputés.

    Nombreuses sont les peuplades qui, par provocation ou obligation, ont fait le choix du nomadisme maritimes, allant de ports tunisiens en en ports italiens en dépit de dangers de routes peu sures. Certaines appartiennent à des tribus de pécheurs-commerçants avisés et sont assez prospères. D’autres ne sont que de pauvres biffins apatrides réduit à l’errence et se reconvertisant dans la piraterie ou le trafic d’immigrés clandestins.

    Les ports de l’Afrique du Nord, ultime escale avant l’inconnu où se bousculent nomades, aventuriers, baroudeurs, mercenaires, agents secrets Français ou Italiens en mission, ou tout contrebandier et trafiquant désirant se joindre à une expédition dans le bassin Méditéranéen dirigée par des passeurs criminels ou par des ONG tout aussi criminelles, qui explorent les confins de la Méditérannées.

  2. Hervé J. VOLTO septembre 15, 2018 à 3:27 #

    Elections européennes: Marine Le Pen va-t-elle débaucher Jean-Paul Garraud de LR?

    L’ancien député UMP et conseiller national LR plaide pour un rapprochement entre le parti de Laurent Wauquiez et celui de Marine Le Pen. Il pourrait franchir le pas vers le Rassemblement national dans les prochains mois.

    En effet, selon nos informations, Marine Le Pen s’est entretenue avec Jean-Paul Garraud, magistrat, ancien député UMP de Gironde (2002-2012) et actuel vice-président du groupe LR en Gironde. Son nom circule pour figurer sur la liste du Rassemblement National aux européennes.

    Après Thierry Mariani, ancien député LR du Vaucluse, un autre ex-député de la droite est pressenti pour figurer sur la liste du Rassemblement national, selon plusieurs cadre du parti. Jean-Paul Garraud, 62 ans, conseiller municipal de Libourne et vice-président Les Républicains de Gironde, a rencontré Marine Le Pen juste avant l’été.

    Député UMP durant dix ans et ancien secrétaire national du parti à la Justice, Jean-Paul Garraud a cofondé avec Thierry Mariani La Droite populaire, l’aile droite de l’UMP. Depuis 2012, le magistrat de métier est retourné dans la justice active. Il officie aujourd’hui à la cour d’appel de Poitiers… sans totalement décrocher du champ politique.

    Soutien de François Fillon pendant la campagne de 2017, candidat malheureux aux dernières législatives sous l’étiquette LR et toujours conseiller national du parti, il a refusé d’appeler à voter Emmanuel Macron au second tour. Depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012, il sème discrètement ses cailloux, sur les réseaux sociaux ou plus récemment dans le magazine L’Incorrect, en faveur d’une « union des droites ».

    -Je partage la philosophie et les orientations du Rassemblement National, explique Jean-Paul Garraud dans une interwiew à la presse Français, PARCE QU’IL Y A DES CHOSES QUE JE RESSENS PROFONDEMENT COMME L’IDENTITE ET LA SOUVERAINTE. C’est par le politique qu’on peut agir. Dans l’urgence, je suis prêt à aller au bout de la démarche.

    L’urgence, c’est pour lui Laurent Wauquiez face à une « contradiction interne qui le voue à l’échec » et les « aspirations profondes des gens ». Le magistrat tient toutefois à préciser qu’il « ne recherche pas à tout prix un mandat » et que « la décision ne [lui] appartient pas. ». Une réaction à la forfaiture gouvernementale, oui, celà, oui…

  3. Hervé J. VOLTO septembre 15, 2018 à 10:49 #

    Ceratins pays européens se pleignent avec raiosn de se trouver dans l’obligation, ous peine de sanctions , d’accueillir des immigrés prevenant de pays dont la culture est très foncièrement différente, voire hostile à la leur. En France, nous accuillons des immigrés non-Chrètien depuis l’indépendance de l’Algérie, c’est à dire beien avant d’autres pays voisins du notre, et donc n’a pas à recevoir de leçons de morale en ce qui concerne cette question.

    M. Audin fut un soutien actif de la rébellion FLN, donc un traitre comme il y en eut trop hélas ; dont beaucoup il faut dire ont retrouvé plus tard une vie normale, quand par hasard leurs hauts faits d’arme contre nous, Français d’Algérie, n’étaient pas encensés par tout ce qui était politiquement correct. La république n’est vraiment pas rancunière !

    Mais je pense aux nombreuses victimes des abominations perpétrées par le FLN et ses complices avant et après 1962. Il y a une culture du massacre dans l’Islamisme et ce qui se passe maintenant dans tant d’endroits dans le monde, et d’abord chez nous, est la prolongation de cette guerre sans foi ni loi qui nous fût faite alors. Les méthodes sont les mêmes. M. Macron va-t-il aussi aller rendre visite aux survivants des familles de soldats Français disparus aux mains du FLN, des Pieds Noirs massacrés, des Harkis exterminés par dizaines de milliers sous nos yeux ? Certainement pas car ce n’est pas électoralement rentable. Et il ne va pas non plus demander le même mea culpa au gouvernement algérien auprès de qui il dénonçait il y a peu la barbarie du colonisateur Français.

    Rappelons que c’est un gouvernement socialiste qui a donné l’ordre à l’armée Française de débarrasser Alger du terrorisme journalier qui l’ensanglantait car la police n’en avait plus les moyens. Ce qui a été fait. En guerre, il y a des règles du temps de paix qui n’ont temporairement plus cours ; surtout quand on affronte un ennemi dont la foi commande la barbarie. Les moyens pouvaient ne pas être « orthodoxes ». Bien sûr, comme dans toutes les situations de guerre, la limite entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas compte tenu des circonstances est floue, subjective. A ceux que cette idée hérisse, je pose une question : vous avez entre les mains un bandit dont vous savez qu’il détient des informations qui peuvent éviter un carnage d’innocents. Il est muet sauf pour réclamer un avocat. Que faites-vous ? Ah que les discours moralisateurs sont aisés, un demi siècle après, depuis un fauteuil parisien un verre de cognac bien veilli à la main !

  4. hathoriti septembre 17, 2018 à 9:19 #

    Que Marine Le Pen dénonce cette horreur, je le crois sans peine. Mais les 2 autres ? Un cohn bendit ? le petit cron ? j’en doute ! Mais enfin, d’où sort cet argent , ces milliards brassés par des « fonctionnaires » (hauts fonctionnaires ?) De toute façon, on sait bien qui est à l’origine de ce trafic honteux…

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