Macronie : avant les rats, les souris quittent déjà le navire.

17 Sep

 

N’en déplaise à Christophe Castaner, délégué général de La République en Marche, les désillusions gagnent dangereusement du terrain dans le parti. Mais comment s’en étonner ? Il aurait mieux valu nous entendre avant les élections présidentielles de l’an dernier :

« Si Macron est élu…c’est cinq ans de foutus »

Ils voulaient réenchanter la politique. Donner, avec En marche !, un grand coup de balai au  » vieux monde  » et inventer l’investissement militant à coups de  » projets  » et de  » team building « . Créer un mouvement  horizontal où tous pourraient être experts et faire remonter des propositions. La campagne présidentielle 2017, les élections législatives et le premier congrès du mouvement passés, l’enthousiasme est retombé. Minés par des désertions sur la pointe des pieds ou des départs en fanfare, les comités locaux s’essoufflent. Et les adhérents peinent à faire entendre leurs doutes et désillusions quand ils n’ont pas de tribune, comme la député et productrice de cinéma Frédérique Dumas, pour claquer la porte !

Officiellement, La République en marche (LRM), parti créé ex nihilo en  2016, revendique 403 934 adhérents et 3 768 comités locaux. La réalité de terrain est bien moins flatteuse. Le décalage est criant entre les centaines d’adhérents annoncées par chaque comité local sur le site du parti et la poignée de personnes qui s’inscrivent pour assister à une réunion ou participer à une initiative. Les témoignages recueillis dans plusieurs départements dessinent aujourd’hui un mouvement qui se vide de ses forces vives.

Ainsi, par exemple, la Gironde, un des fiefs de la Macronie, comptant dix députés LRM sur les douze du département et 10 000 adhérents revendiqués.  » En un an, on est passé à moins de la moitié, constate une responsable qui travaille dans l’immobilier. Qu’on en perde autant montre qu’il y a quelque chose qui ne va pas. On est un jeune mouvement qui apprend, mais on a un vrai problème d’information et de communication avec les instances au-dessus.  »  » Mon comité était l’un des plus actifs lors de la campagne, il y avait un vrai foisonnement d’idées et de rencontres. On en est aujourd’hui très loin… Cela a juste permis de créer une illusion sur une nouvelle forme de vie politique « , regrette aussi un militant.

Plusieurs témoignages recueillis dans d’autres départements corroborent ces désertions massives. Dans la Sarthe, de nombreux comités ont disparu  et ceux du  Mans sont à la peine.  » Officiellement, on est 400 au  Mans, mais dans les faits, 10% seulement « , constate Henri. A Nantes, autre place forte du mouvement durant la campagne 2017, c’est aussi l’hémorragie.  » On était 10 000 avec des comités très dynamiques. Aujourd’hui, s’il y a 100  personnes actives sur le département, c’est le maximum. Les marcheurs sincères sont partis ou se taisent, c’est affligeant « , raconte Thierry, président d’une association. Mêmes échos au sein des comités locaux à Paris, Marseille, Lannion (Côtes-d’Armor), Saint-Herblain (Loire-Atlantique), dans l’Essonne, le Val-d’Oise ou la Seine-et-Marne…

C’est Corneille et le Cid…à l’envers !

« Nous partîmes cinq cents ; mais par un prompt renfort,
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port« 

Après l’enthousiasme des premiers pas militants et la certitude de révolutionner les pratiques est venu le temps de la gueule de bois quand le parti s’est organisé. Un peu partout, les  » référents « , responsables départementaux, ont été choisis à Paris. Un peu partout aussi, des petits cercles de politiques  » venus du vieux monde «  – du PS ou de la droite – ont pris la main sur les fédérations. La base a alors découvert un mouvement très vertical, construit autour d’un noyau parisien, sans cotisations, sans locaux où se réunir ni instances élues par les adhérents.  » On reçoit les ordres du département pour les tractages ou autres tâches à accomplir, mais il n’y a aucune animation politique. Et quand les comités font remonter une demande, rien ne se passe « , déplore Bernard, cadre supérieur retraité dans une commune de la périphérie bordelaise.

Le sentiment est largement partagé ailleurs : les  » marcheurs  » racontent avoir l’impression de n’être que des pions. En Gironde, les instances admettent avoir connu  » un creux de vague «  :  » Il y a des interrogations et des impatiences, mais il faut voir l’aspect dynamique et ne pas s’arrêter sur les chiffres « , tente d’expliquer Nicolas De Giorgio, cadre chez Orange et responsable d’un comité en centre-ville de Bordeaux. La députée Dominique David abonde :  » On est un mouvement citoyen, et il faut le rester si on veut conserver la fraîcheur et la spontanéité. A En marche !, on ne veut pas de militants. « 

Les plaintes contre l’absence de démocratie commencent pourtant à poindre partout. Quelque 120 adhérents actifs, souvent de la première heure, ont lancé une boucle sur l’application de messagerie Telegram pour échanger leurs impressions et leurs propositions pour  » démocratiser «  leur parti. Certains, encore pleins d’espoir, espèrent ainsi faire entendre leurs frustrations.

Mais beaucoup semblent se résigner. A l’image de Nathalie, habitante de Haute-Savoie, qui a envoyé une lettre au siège de LRM.  » Je suis lasse, comme beaucoup, écrit-elle. Nous avons perdu le lien avec le terrain. Si nous ne prenons pas garde, nous nous retrouverons dans quatre ans sans forces vives ; nous aurons vécu un déchirement aux municipales, des petits arrangements entre amis… Nous serons alors devenus un parti comme les autres. « 

 » Et nous aurons perdu cinq ans  » , aurait-elle pu ajouter !

Le 17 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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3 Réponses to “Macronie : avant les rats, les souris quittent déjà le navire.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 17, 2018 à 10:55 #

    Oui, quelque chose ne va pas. Nicolas Hulo, c’est la figure la plus visible car la plus connue et la plus appréciée, qui est parti. Mais combien de petit Hulo anonymes quittent le navire ? Jusqu’à Stephen Berne qui commence à ronchonner, et qui se donne jusqu’à Noël pour décider de rester ou pas !

  2. Hervé J. VOLTO septembre 17, 2018 à 10:57 #

    Il ne reste plus qu’à attendre les révélations d’Alexandre R. Benala. La presse et les médias sont dors et déjà aux haguets !

  3. Hervé J. VOLTO septembre 17, 2018 à 11:13 #

    Après celà, je laisserai la parole à quelqu’un d’autre…

    La députée Frédérique Dumas démissionne de LREM. Elle nous explique pourquoi. Un témoignage de première main !

    L’élue des Hauts-de-Seine quitte le parti présidentiel pour retrouver l’UDI. Elle explique son départ par des « désaccords profonds, sur le fond et sur la méthode ». De quoi s’agit-il ?

    Frédérique Dumas, députée des Hauts-de-Seine, annonce, dimanche 16 septembre 2018, sa démission du groupe La République en marche à l’Assemblée Nationale, signant le deuxième départ du groupe après celui de l’élu de la Vienne Jean-Michel Clément en avril. Dans une interview au PARISIEN, la productrice de cinéma et vice-présidente de la commission des affaires culturelles explique son départ par des « désaccords profonds, sur le fond et sur la méthode », bien qu’elle assure que « beaucoup de choses vont dans le bon sens ».

    -Travailler dans l’espoir d’être écouté, voire entendu, faire bouger les lignes (…) est tout simplement impossible avec l’exécutif et compliqué avec le groupe. Même donner un avis est vu comme une fronde s’il n’est pas conforme, déplore la députée.

    Entrée à l’Assemblée après les dernières législatives sous l’étiquette en EN MARCHE !, elle annonce rejoindre le groupe UDI, sa « famille d’origine ».

    Manque de sens. Dans son interview, elle critique notamment la façon de faire de l’exécutif: -La méthode, qui repose sur la confrontation d’idées, le débat et l’expérimentation, est essentielle à la réussite. Là, on a plutôt le sentiment d’être sur le Titanic, indique-t-elle.

    L’élue s’indigne aussi du poids de la technocratie :

    -Si on met la transformation aux mains de technocrates hors-sol, voire cyniques, cela ne peut pas fonctionner. Certaines décisions se réduisent à des coupes budgétaires. Il n’y a pas d’ambition, pas de sens, assure-t-elle.

    Elle regrette en outre un manque de concertation sur la réforme de l’audiovisuel public et se dit déçue de la rentrée, citant notamment l’élection de Richard Ferrand à la présidence de l’Assemblée.

    -Pourquoi nomme-t-on consul Philippe Besson, qui a fait un livre sur le président ? Pourquoi, quand on a décapité pratiquement tout le ministère de la Culture, la seule nomination que l’on fait est celle d’Agnès Saal (condamnée pour « frais de taxis indus ») ? L’exemplarité, c’est aussi une question de bon sens, précise-t-elle.

    Tout est dit.

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