« Plan santé » du gouvernement : beaucoup de bonnes idées mais ce n’est pas étonnant…

19 Sep

Puisque c’est, pratiquement, tout ce que le CER réclame depuis sa fondation, en mars 2012 ! Mais à quelques nuances près…

Le président de la République, Emmanuel Macron, a présenté les grandes mesures du plan « Ma Santé 2022« , hier mardi 18 septembre. Le chef de l’Etat a estimé que la France devait « restructurer pour les cinquante années à venir » son système de santé, qui doit être « l’un des piliers de l’Etat-providence du XXIe siècle ». Voici un projet qui n’est pas mauvais même si l’on peut se demander pourquoi il a fallu tant de temps et de malheurs pour en prendre conscience.

Ce plan sera doté d’un budget total de 3,4 milliards d’euros d’ici 2022, a annoncé le ministère de la Santé, mardi matin. Près de la moitié – 1,6 milliard – sera dédiée à « la structuration des soins dans les territoires ». 920 millions d’euros seront consacrés à l’investissement hospitalier, 500 millions à la « transformation numérique » et 420 millions à « l’évolution des métiers et des formations ». Des études de médecine à la lutte contre les déserts médicaux, voici les principales mesures de ce plan santé.

Voici enfin la mort du numerus clausus pour les étudiants en médecine

Ce redoutable système de sélection, qui limite à l’avance le nombre d’étudiants en médecine admis en deuxième année, aura disparu en 2020. « Le système est absurde*. Aujourd’hui, c’est un gâchis qui concerne chaque année 25 000 étudiants« , a déploré Emmanuel Macron, mardi. Evoquant une « rénovation complète des études de santé », le chef de l’Etat a justifié la fin du concours en fin de première année « pour cesser d’entretenir une rareté artificielle ».

Ce parcours de formation restera sélectif, mais sera plus ouvert, plus vivant. « On va revenir dans le droit commun », a précisé l’Elysée, évoquant le souhait d’avoir « plus de médecins qui soient formés demain« « Comme dans toutes les filières, des examens sanctionneront le passage en deuxième année puis en troisième », a détaillé la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.

Nous reviendrons très vite sur cet élément essentiel de la réforme proposée.

Une prise en charge des urgences « non-vitales » jusqu’à 20 heures en ville

Afin de remédier aux « urgences qui sont engorgées », Emmanuel Macron a annoncé la prise en charge des urgences « non-vitales » en ville, « jusqu’à 20 heures » le soir. « Un passage aux urgences sur cinq relèverait d’une consultation en médecine générale », a-t-il argumenté. Le chef de l’Etat promet que les médecins seront « mieux rémunérés, avec une vraie incitation » pour cette prise en charge supplémentaire.

La création de 400 nouveaux postes dans les déserts médicaux

Une autre mesure de ce plan santé est la création de 400 nouveaux postes de médecins salariés dans les territoires considérés comme des déserts médicaux. L’Elysée, à travers ces créations de postes, entend « permettre aux patients d’accéder à une consultation généraliste », dans tous les territoires.

Le développement de « communautés territoriales de santé« 

Afin de développer « la capacité (…) d’aller sans rendez-vous voir un médecin généraliste » dans tous les territoires, Agnès Buzyn a annoncé, mardi matin sur BFMTV, la création de nouvelles « communautés territoriales de santé » à travers l’Hexagone. Avec, pour objectif, d’en avoir 2 000 d’ici quatre ans.

Ces communautés devront couvrir « tous les territoires d’ici au 1er juillet 2021 », a précisé Emmanuel Macron lors de la présentation du plan santé, et « entre 20 000 et 100 000 patients d’ici 2022 », a-t-il ajouté. « Le système de santé, demain, c’est un réseau de soignants (…) qui garantit l’accès permanent à des soins programmés ou non-programmés », a affirmé le chef de l’Etat. « Le patient doit toujours pouvoir accéder à un médecin traitant », à une réponse « en urgence », a-t-il insisté. Les urgences hospitalières vont enfin pouvoir respirer. Mais à une condition : c’est qu’elles ne soient plus embolisées par les hordes migrantes qui tiennent davantage des sangsues que des demandeurs d’asile…

La création de 4 000 postes d’assistants médicaux

« Nous devons continuer à décharger les médecins d’actes qui peuvent être faits par d’autres », a déclaré Emmanuel Macron lors de la présentation du plan santé. L’objectif est de permettre aux médecins de se consacrer davantage aux actes médicaux. La rallonge budgétaire doit permettre de créer 4 000 postes d’« assistants médicaux » d’ici quatre ans, mais « si le mouvement est là, si le besoin est là, nous en financerons autant que de besoin« , a assuré le président de la République. Reste à savoir pourtant si les budgets suivront, quand on sait les difficultés financières de l’Etat et ses tentatives quasi-désespérées pour réduire son déficit…

Ces assistants médicaux, payés par la sécurité sociale, auront pour mission de « décharger » les médecins des tâches administratives et de certains « actes simples comme une prise de tension ou de température », détaille l’Elysée. Selon Emmanuel Macron, les médecins pensent gagner entre 15 et 20% de temps médical avec cette organisation.

En contrepartie, les praticiens qui bénéficieront de ces aides auront des obligations. Ils devront exercer en groupe ou au sein d’une équipe de soins, mais aussi accepter de nouveaux patients et assurer les « urgences de ville », c’est-à-dire des consultations sans rendez-vous, en journée. Une bonne idée aussi mais qui ne tient pas compte des efforts pédagogiques qui devront être mis en oeuvre au sein d’une corporation à l’indépendance forcenée…

Une réorganisation des hôpitaux

« Chaque hôpital devra se concentrer sur les soins pour lesquels il est le plus pertinent », a annoncé Emmanuel Macron (ce qui sous-entend probablement des regroupements de services et des abandons d’activités). Trois niveaux vont être ainsi créés avec des hôpitaux de proximité, des unités spécialisées et des unités ultra spécialisées. D’ailleurs, « Tous les établissements auront à se repositionner », prévient le président de la République. Un nouveau statut d’hôpital « de proximité » doit ainsi être créé par une loi en 2019 pour les 600 plus petits établissements. Ces derniers seront « réorientés sur des priorités » incluant la gériatrie, la rééducation, l’imagerie, la biologie ou encore la télémédecine, détaille l’Elysée.

Les blocs chirurgicaux et les maternités seront, de leur côté, regroupés dans les plus gros établissements pour leur assurer une activité plus importante, gage de sécurité pour les patients. Et c’est donc bien vers une redistribution des prises en charge que veut nous diriger le gouvernement : « Cela pourra passer par des fermetures d’activités dans certains cas« , a reconnu l’Elysée, assurant par une pirouette que « rien ne se perd, tout se transforme ». En parallèle, les hôpitaux seront également incités à améliorer leurs pratiques : l’enveloppe récompensant la qualité des soins sera portée de 60 à 300 millions d’euros dès l’an prochain. En résumé, il est clair que les perdants seront à l’évidence les territoires ruraux. Comme toujours.

La fin de la tarification à l’activité

Selon Emmanuel Macron, il s’agit de « faire évoluer le mode de financement pour valoriser la qualité du parcours des patients ». La très décriée tarification à l’activité (T2A) doit être supprimée, car ce système crée une course à l’activité et pousse à réaliser des actes inutiles, selon le chef de l’Etat. Et ce n’est pas faux.

La T2A sera ainsi remplacée par des « parcours » standardisés. Cela commencera par certaines maladies chroniques comme le diabète et l’insuffisance rénale chronique. Mais ce système devra devenir progressivement la norme d’ici à 2022. Hôpitaux et libéraux devront ainsi se coordonner et partager une rémunération forfaitaire mais attention à la paupérisation brutale du système de santé durant la période de vache maigre qui se profile avec la prochaine crise financière…

Un « espace numérique » pour chaque patient

Emmanuel Macron a, en parallèle, appelé au « déploiement de nouveaux outils numériques » pour améliorer l’offre de soins en France. « Ces outils sont aujourd’hui insuffisants, ils laissent de côté les patients », a-t-il insisté. « Nous devrons nous doter dans les trois prochaines années d’une véritable offre de santé numérique », a-t-il fait savoir.

Le chef de l’Etat a évoqué la mise en place d’un « dossier médical partagé » dès le mois de novembre et d’un « espace numérique » pour chaque patient. Ces innovations numériques permettront, en outre, « une meilleure répartition des tâches » entre les professionnels de santé. Et, là, de toute façon et quoi qu’on en pense, nous ne pourrons pas y échapper.

En résumé, beaucoup de bonnes idée (bien inspirées) mais aussi quelques sources d’inquiétude justifiée, qui risquent de gripper assez vite le projet. Mais tout sera, à notre avis, clarifié d’ici à la fin du quinquennat.

Du jugement à la sanction, il pourrait alors n’y avoir qu’un pas.

Le 19 septembre 2018.

Pour le CER, Hippocrate, Conseiller à la santé publique.

Publicités

Une Réponse to “« Plan santé » du gouvernement : beaucoup de bonnes idées mais ce n’est pas étonnant…”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 19, 2018 à 2:03 #

    Des mesurettes courtermistes, pour faire attendre 2022, date à laquelle ils savent déjà êrtre remerciés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :