Echéance européenne oblige, Macron chouchoute deux électorats sensibles et puissants.

20 Sep

Après le corps médical qui fut l’objet en début de semaine de douces mais inhabituelles caresses, Emmanuel Macron découvre subitement qu’ « Il faut arrêter d’emmerder les retraités ! « 

Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, le chef de l’Etat a tenu une réunion avec ses conseillers, lundi 17 septembre, au cours de laquelle il a exclu toute velléité de modifier les droits de succession durant le quinquennat.  » On n’y touchera pas tant que je serai là (…). On a demandé des efforts aux retraités. Mais, maintenant, arrêtez de les emmerder « , aurait cinglé le président, paraphrasant Georges Pompidou qui, en  1966, lorsqu’il occupait Matignon, avait enjoint à ses conseillers de  » foutre la paix «  aux Français.

C’est Christophe Castaner, le patron de La République en marche (LRM), qui avait allumé la mèche, vendredi 14  septembre. Lors de sa conférence de presse de rentrée, le secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement avait annoncé l’ouverture d’une  » réflexion sans tabou sur la fiscalité des successions « . Une erreur, selon le président.  » On a besoin d’un équilibre dans les efforts. A partir du moment où les retraités ont été mis à contribution, il n’est pas question d’en rajouter « , estime un conseiller. Il était temps. Même si ces bonnes paroles sont prodiguées, à l’évidence, pour tenter d’amadouer une catégories de Français jusque-là particulièrement visée par la tyrannie fiscale du pouvoir. Mais une catégorie de Français qui vote à tous les scrutins et qui pourrait bien se souvenir en juin prochain des mauvais traitement qu’elle a subis.

Ces attentions de l’Elysée en disent long sur l’inquiétude que provoque la colère des retraités au sein de l’exécutif, malgré le choix assumé jusqu’à présent de privilégier les actifs. Gérard Collomb lui-même a mis les pieds dans le plat, mardi 18  septembre, dans un entretien à L’Express :  » Il faut écouter les personnes âgées. Si celles-ci protestent, ce n’est pas parce qu’elles sont de mauvaise foi. Oui, à un moment donné, il ne faut pas charger la barque. « 

Alors que les aînés avaient en  2017 davantage voté pour Emmanuel Macron que la moyenne des Français, ils sont aujourd’hui une très grande majorité à se dire déçus de l’action du gouvernement. Selon le baromètre de l’institut Elabe, publié le 6  septembre, 72  % d’entre eux disent ne pas avoir confiance dans le chef de l’Etat, contre 64  % pour l’ensemble des Français. Ils étaient seulement 44  % en janvier et 35  % lors de l’élection d’Emmanuel Macron, en mai  2017. Dans ces conditions, difficile de faire entendre que le niveau de niveau de vie médian des retraités est légèrement supérieur à celui de l’ensemble de la population.

 » Les retraités sont ulcérés de constater que beaucoup de personnes, y compris au sommet de l’Etat, les considèrent comme des nantis « , s’emporte Christian Bourreau, le président de l’Union française des retraités. Sur le terrain, les parlementaires de la majorité font face aux critiques.  » Sur les marchés, les retraités me parlent de la hausse de la CSG, même ceux qui ne l’ont pas subie « ,déplore Emilie Cariou, députée (LRM) de la Meuse.  » On ne dit pas assez merci aux retraités, met en garde un membre du gouvernement. Si une partie d’entre eux est égoïste et refuse toute idée de solidarité entre générations, de nombreux retraités s’inquiètent au contraire pour leurs enfants et petits-enfants. Ceux-là, il ne faut pas les abandonner, il faut leur expliquer et leur répéter qu’ils sont mis à contribution pour que la vie de leurs descendants s’améliore.  » 

«  Paroles, paroles ! « 

Depuis quelques mois, les signaux négatifs à l’égard des seniors se sont multipliés. A l’augmentation de la CSG, entrée en vigueur le 1er  janvier et non compensée pour 60 % des retraités, est venu s’ajouter un quasi-gel des pensions pour 2019 et 2020, annoncé fin août par le premier ministre, Edouard Philippe. Si la première mesure avait été détaillée lors de la campagne présidentielle de M. Macron, ce n’est pas le cas de la seconde.

Comme les allocations familiales et les APL, ces prestations ne seront revalorisées que de 0,3 % les deux prochaines années, ce qui devrait permettre à l’Etat d’économiser au total autour de 3  milliards d’euros par an selon le taux d’inflation.  » Pour les personnes affectées par la hausse de la CSG et la non-revalorisation de leur pension, cela représente un demi-mois de retraite en moins « , assure Valérie Rabault, présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale et ancienne rapporteuse du budget. C’est principalement pour eux que le CER a réinstitué, il y a un an, la Médaille de la Reconnaissance française (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2017/09/28/consilium-consulte-n-201703-reinstituant-la-medaille-de-la-reconnaissance-francaise/).

Pour tenter d’apaiser un peu les rancœurs, l’exécutif a confirmé, mardi, que 100 000 retraités modestes allaient être exonérés en  2019 de la hausse de 1,7 point de la CSG. Il s’agissait d’un angle mort de la réforme, qui avait dans un premier temps échappé au gouvernement : un certain nombre de conjoints, pour la plupart des femmes, bénéficiaires de petites retraites avaient découvert en début d’année qu’ils subissaient de plein fouet la hausse de la CSG, uniquement parce que le revenu fiscal global de leur couple était au-dessus du seuil d’application de la réforme. Edouard Philippe avait annoncé en mars qu’il fallait  » corriger le dispositif « , mais Bercy avait tardé à préciser les choses. Mais que n’y avait-il pensé plus tôt ?

Soucieux d’envoyer, lui aussi, des signaux aux seniors les plus modestes, le groupe LRM à l’Assemblée nationale a également souhaité travailler à une modulation de cette sous-revalorisation des pensions de retraite, qui pourrait prendre la forme d’une prime exceptionnelle. Mais l’exécutif, qui a dû revoir à la baisse ses prévisions de croissance, ne paraît pas très allant.  » Nous regarderons les propositions des parlementaires, mais les engagements du président de la République en matière de dépenses publiques ne sont pas négociables « , avertissait la semaine dernière le cabinet de Bruno Le Maire. Olivier Véran, rapporteur général de la commission des affaires sociales, ne se dit pas non plus  » très emballé  » par cette idée :  » C’est très complexe techniquement pour un rendu qui n’est pas majeur « , explique le député (LRM) de l’Isère. Il verra bien, lors de prochaines élections, si le « rendu n’est pas majeur » !

Les incertitudes pesant sur la réforme des retraites contribuent aussi à rendre le climat anxiogène pour une population qui, ne cesse pourtant de répéter le gouvernement, ne sera pas concernée par ce futur big bang. Un épisode l’a particulièrement illustré : les ratés de la communication gouvernementale autour du devenir des pensions de réversion ont obligé M. Macron à fustiger, en juillet, devant le Congrès à -Versailles, la  » rumeur malsaine  » qui fait  » croire qu’ – ils – voudr – aient – supprimer les pensions de réversion « .  » Rien ne changera pour les retraités d’aujourd’hui « , avait-il martelé.

Mais ceux de demain ?

A l’approche des élections européennes de mai  2019, un scrutin souvent délaissé par les Français, les signaux sont donc au rouge.  » La fracture est profonde, note Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’IFOP. Emmanuel Macron prend un risque politique : celui d’un vote sanction et de redonner un souffle extraordinaire à la droite républicaine.  » Qui verrait ainsi revenir à elle un électorat qui lui est traditionnellement acquis.

Rappelons tout de même aux retraités :  » que pouvez-vous attendre des Républicains ?  » Qui sont aussi francs que des ânes qui reculent…

Le 20 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Publicités

4 Réponses to “Echéance européenne oblige, Macron chouchoute deux électorats sensibles et puissants.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 20, 2018 à 9:52 #

    Beaucoups de Français -et pas seulement les retraités !- ont en ce début de XXI° siècle le sentiment d’appartenir à un groupe victime d’une oppression sans issue. Leur idéal politique Catholique et patriotique leur parait tellement desespéré qu’ils en viennent à considérer que seul un cataclysme pourra ouvrir une brèche dans le bétonnage idéologique environnant. Ils se réfugient dans l’attente d’un Grand Soir, un évènement inatendu, imprévisible, spectaculaire, surhumain, et pour tout dire, miraculeux, qui leur apportera la délivrance.

    Un grand soir républicain ? une aube Royale ?

    LES FOUS DU ROIS savent quand à eux que le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre, sur un siège avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement dans le ciel.

    Et qu’il n’a plus qu’à attendre… Une étincelle !

  2. Hervé J. VOLTO septembre 20, 2018 à 10:01 #

    Marine Le Pen au pas de charge dans les traces de son père ?

    Alors que la présidente du Rassemblement National (ex-FN) a fait sa rentrée à Fréjus, Jean-Marie Le Pen observe de loin les orientations du parti, dont il approuve le retour aux sources. Dimanche, à Fréjus (Var), Marine Le Pen a lancé sa campagne des européennes en renouant avec certains codes du Front national. Ce week-end, elle ira à Mantes-la-Ville (Yvelines) pour une «Fête du drapeau», tradition héritée des fêtes «bleu-blanc-rouge» de l’ère Jean-Marie Le Pen.

    Louis Aliot (RN): «Steve Bannon a fait gagner Trump et si demain il peut nous aider à faire de même…» Pour l’instant, plus présent en Italie où les patriotres sont au pouvoir, pour Louis Aliot, le vice-président du Rassemblement National, l’ancien conseiller de Donald Trump peut être l’homme idoine pour réunir les forces souverainistes en Europe.

  3. Hervé J. VOLTO septembre 20, 2018 à 12:02 #

    Pour comprendre le pourquoi de la politique corrosive de la République, il faut rementer à ses origines. PARDON DE FAIRE LONG !!!

    En soutenant en 1776, les Insurgents américains contre l’Angleterre colonialiste, Louis XVI n’offre pas seulement l’Indépendance à une nation du Nouveau Monde, il porte au pouvoir les idées nouvelles qui ne sont plus Catholiques et Royles mais Laïques et démocratiques -touchant à la Légitmité britanique, il créé un précédant qui permet de banaliser la remise en question de la Légitimité Française- et endommage celles du « vieux monde » avec ses valeurs ancestrales, Chrétiennes, familiales et patriotiques.

    À l’heure de la Révolution, Georges Washington reste fidèle à ses idéaux incarnés en France par les Révolutionnaires ne donnant naturellement pas suite aux sollicitations du Marquis de La Rouërie, son « vieil ami » devenu Contrerévolutionnaire. Il apporte son concours de manière implicite au camp révolutionnaire en suspendant le remboursement des frais de guerre engagés par la Monarchie Française, l’affaiblissant davantage avec ses finances exsangues. Il les reprendra sous le gouvernement révolutionnaire issu des Lumières, ses « frères », qui, à contrario, refusa de reconnaître les dettes de la Monarchie. Georges III, Roi de Grande-Bretagne et Roi d’Irlande, conscient du danger, soutienDRA militairement les Chouans du Marquis de La Rouërie, héros de la guerre d’Indépendance, avec un envoi de 10 000 fusils. Louis XVI boira le calice jusqu’à la lie condamné sur l’autel de la Modernité.

    En convoquant pour la première fois depuis 1615 les Etats Généraux en mai 1789 avec des membres acquis aux idées nouvelles, Louis XVI fait entrer les « loups dans la Bergerie ». Le 9 juillet, l’Assemblée, sous la présidence de l’archevêque de Pompignan, devient « Assemblée Constituante », un droit que le Roi ne se rappellait plus de posséder, et qui semble la rendre supérieur à lui, le pouvoir de faire une Constitution, ALORS QUE LA CONSTITUTION DE LA FRANCE PRE-REVOLUTIONAIRE, COMPOSEE DES LOIS FONDAMENTALES DU ROYAUME DE FRANCE, FUT DONNE PAR DIEU LORS DU SONGE D’HUGUES CAPET ET FUT CONFIRMEE PAR SAINTE-JEANNE D’ARC, ELLE NE DEVAIT ETRE CHANGEE QUE PAR ORDRE DE DIEU.

    De son côté, Marie-Antoinette voueraun culte à Jean-Jacques Rousseau, au retour à la nature. Elle édifiera le Hameau de la Reine, un lieu champêtre inspiré par les Lumières. Loin des contraintes de la Cour elle rêve d’un petit paradis terrestre mais creuse en réalité sa tombe bientôt invitée à rejoindre l’au-delà. Lorsqu’en octobre 1789, la foule s’apprête à envahir le château de Versailles, on y vient la chercher. Elle somnole dans son monde ne voyant pas que la métamorphose de la société s’accompagne d’un ordre juridique nouveau conduisant naturellement au régicide.

    -Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire ! Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau !

    …que ces paroles de Gavroche dans LES MISERABLES de Victor Hugo sonnent juste ! Depuis le Moyen-Âge, le pouvoir Royal s’affirme selon le célèbre adage : « Quod principi placuit legis habet vigorem » (ce que le Prince estime bon a force de loi), expression aujourd’hui travestie par « selon le bon vouloir du prince ». Or, le « PLAISIR » du prince ne renvoie pas à ses caprices MAIS A SON DEVOIR, car fondé sur l’esprit Chrétien. Le prince dispose de cette prérogative de « DIRE LE DROIT », c’est-à-dire de rendre la justice car il est « FONTAINE DE JUSTICE », ou pour tout dire « SOURCE DE TOUTE JUSTICE », c’est l’essence même du pouvoir royal. Avec Rousseau la loi doit être universelle, émaner de tous et s’adresser à tous :

    -La loi peut établir un gouvernement royal et une succession héréditaire, mais elle ne peut élire un roi ni nommer une famille royale ; en un mot toute fonction qui se rapporte à un objet individuel n’appartient point à la puissance législative !

    En sacralisant la loi issue de la volonté générale -volonté piloté par les loges et qui n’est plus inspirée par l’Amour évangélique enseignée par le religon Catholique- la Révolution ôte au Roi sa raison d’être. L’historien Pierre Gaxotte dira que la Révolution ne s’est pas faite « contre un tyran » mais contre « un Roi qui n’était plus assez Roi. »

    La solution semble être dans le retour à un Ordre Social Chrétien. Un ordre qui, parce qu’il est fondé sur l’Amour du prochain, en finit avec le mépris de classe, préjugé de petit-bourgeois contre ceux « qui ne sont rien », stigmatisation des déclassés et des improductifs, liquidation des acquis du Catholicisme Social, arrogance ultralibérale…

  4. Hervé J. VOLTO septembre 20, 2018 à 1:22 #

    Un dernier pour la route…

    -Il faut arrêter d’emmerder les retraités !

    S’il le veut, Emmanuel Macron peut envoyer paître les fumiers -pardon, les mauvais conseillers- venus lui porter la feuille-de-route des loges concernant ce qu’il faut faire pour (contre ?) les retraités.

    Quand on veut, on peut.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :