La fermeté de l’Italie et du groupe de Visegrad sur l’immigration est bien le plus gros caillou dans la chaussure de l’UE.

21 Sep

Et c’est pour cela qu’il ne faut rien lâcher. Elle finira bien par ne plus pouvoir marcher !

Depuis hier mercredi se tient à Salzbourg (Autriche), non pas une nouvelle version du Crépuscule des Dieux, de Richard Wagner, mais le nouveau « sommet » de l’Union européenne consacré une fois de plus à la crise migratoire qui n’en finit pas de durer sans solution véritable et, accessoirement….aux négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit.

Le but de cette réunion est de tenter – enfin – de sortir de la crise politique provoquée par le manque criant de solidarité entre les Etats membres. Ceux de l’Est (à commencer par la Hongrie) refusent toute  » redistribution  » des réfugiés, et l’Italie bloque en grande partie ses ports pour le débarquement des migrants.

En finir avec le  » chantage sur la migration «  ainsi qu’avec  » ceux qui veulent tirer un avantage politique de la situation « , et avancer dans la recherche des solutions : c’est ce qu’avait souhaité le président du Conseil européen, Donald Tusk, avant ce rendez-vous. Il visait clairement le ministre de l’intérieur italien Matteo Salvini, chef de file de la Ligue (droite dure).

L’atmosphère semblait en tout cas électrique quand, à son arrivée, Xavier Bettel, le premier ministre luxembourgeois, s’en est pris lui aussi à M. Salvini, ainsi qu’à la présidence autrichienne : l’Italien avait fait filmer une récente algarade sur la migration entre lui et son homologue luxembourgeois, Jean Asselborn, ponctuée d’un déjà célèbre  » Merde, alors ! «  de ce dernier. Et Vienne n’avait pas protesté contre cette méthode inédite.

Le chancelier autrichien, Sebastian Kurz a, lui, commencé la réunion en évoquant les réserves de la Hongrie, de la Grèce, de l’Italie ou de l’Espagne à l’égard du projet de la Commission visant à renforcer l’agence de gardes-frontières européens Frontex, pour porter ses effectifs à 10 000 agents en 2020.

Lors du dîner de mercredi soir, les dirigeants européens ont reparlé des plates-formes de débarquement, ces centres de tri des migrants qu’ils aimeraient installer dans des pays tiers, mais que le Maroc ou la Tunisie ont déjà refusé d’accueillir. M.  Tusk a parlé d’un possible accord avec l’Égypte, où se trouveraient des milliers de migrants désireux de rejoindre l’Europe. Il a aussi avancé l’idée d’un sommet UE-Ligue arabe, en février  2019, au Caire.

Pour ce qui est des projets de  » centres contrôlés  » (fermés) de migrants dans l’UE, péniblement négociés en juin,  » les discussions ont confirmé que des divergences persistent « , précise avec humour un diplomate. Paris et Rome s’opposent sur ce sujet. Décrite comme  » calme « ,  » moins crispée  qu’auparavant « , avec un silence remarqué de Viktor Orban et d’autres représentants de l’est, la réunion de mercredi aura toutefois surtout acté ces désaccords.

Le seul sujet dont les Européens parlent encore – étonnamment – d’une seule voix  est donc le Brexit, au menu des débats de jeudi. La Britannique Theresa May a appelé les Vingt-Sept à un compromis sur la question de la frontière irlandaise. Ses collègues se sont contentés de l’écouter.  » C’était intéressant, poli, pas agressif « , expliquait, jeudi matin, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker. Autrement dit, là non plus, rien de nouveau. C’est l’Europe de l’immobilisme alors que les barbares ont déjà franchi nos portes et que la crise économique n’en finit pas de….ne pas finir.

Les dirigeants du Parti populaire européen (PPE, droite), qui se réunissaient aussi à Salzbourg mercredi, n’avaient, eux, pas l’intention de rajouter à la tension ambiante. Le vote au Parlement de Strasbourg, une semaine plus tôt, qui avait dénoncé les risques de violations de l’Etat de droit en Hongrie et recommandé l’activation de l’article 7 des traités de l’UE (Lire « Ne lâche rien, Viktor… » : https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/16/ne-lache-rien-viktor-nous-sommes-a-tes-cotes/), n’a même pas été évoqué.

Pas question, pour l’heure, d’évincer M. Orban du parti, même s’il est devenu le héros de la droite dure.  » La presse ne peut pas me forcer à rejeter M. Orban, nous avons des règles « , a lancé Joseph Daul, le président du PPE en faisant allusion aux pressions du lobby médiatique si immigrationniste. Le parti attendra de voir comment évolue la procédure  » article  7  » pour prendre une décision.

 » Ce n’est pas dans ce type de sommets entre chefs qu’on lave son linge sale « , disait une source au PPE. D’autant qu’Angela Merkel, la vraie  » patronne  » du PPE, n’est arrivée que pour le dîner des dirigeants européens, fuyant plus que jamais les situations à risque (auxquelles elle a pourtant tellement contribué). Son absence rendait impossible une décision.

La Commission a, elle aussi, temporisé mercredi, en évitant de pointer trop nettement un autre Etat membre qui est dans le collimateur de l’UE : la Pologne. Depuis décembre  2017, Varsovie fait l’objet de cette fameuse procédure  » article  7  » pour  » risque clair de violation grave de l’Etat de droit  » (sic). Bruxelles avait prévu d’annoncer, mercredi midi, la saisine de la Cour de justice de l’UE à propos de la réforme très contestée de la Cour suprême polonaise. Elle a préféré reporter sa décision à des jours meilleurs…

Ne rien lâcher. L’UE finira par ne plus pouvoir marcher.

Le 21 septembre 2018.
Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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3 Réponses to “La fermeté de l’Italie et du groupe de Visegrad sur l’immigration est bien le plus gros caillou dans la chaussure de l’UE.”

  1. Catoneo septembre 21, 2018 à 8:24 #

    J’en viens à me demander si la résistance des Visegrad, de l’Italie et de l’Autriche n’est pas tolérée par les pouvoirs européens car elle fournit un excellent prétexte à ne pas ouvrir les frontières en grand, au motif d’un semblant de cohésion.
    Ne serions-nous pas une fois de plus « amusés » par l’eurocratie ?

  2. Hervé J. VOLTO septembre 21, 2018 à 10:55 #

    Une autre hypothèse est la peur panique d’un « Videgradexit » : celà donnerait alors de (trops) bonnes idées à la France…

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