Pauvre Laurent Wauquiez, il court après le vent.

21 Sep

Depuis quelques temps déjà, Laurent Wauquiez fait la cour au patronat français. Mais, hélas pour lui, il va de vexations en frustrations, tel un soupirant éconduit pas sa belle. Il est vrai que, n’ayant rien à leur offrir, il a fort à faire pour arriver à la cheville du « président des riches« …

Hier encore pourtant, son parti Les Républicains et le patronat affichaient leur bonne entente. Les candidats à la primaire de la droite – Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, François Fillon – se succédaient avec pompe, en  2016, sur l’estrade du Medef, promettant des lendemains qui chantent. Deux ans plus tard, le nouveau président de LR, flanqué de l’ex-ministre du budget, Eric Wœrth, se contente d’un simple dîner avec Patrick Martin, le numéro 2 de l’organisation patronale. Il ne croisera Geoffroy Roux de Bézieux, le nouveau patron du Medef, qu’entre deux portes.

Car, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, en  2017, a tout balayé. Suppression de l’impôt sur la fortune, mise en place d’un prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital, flexibilisation du marché du travail, tolérance maximale vis-à-vis de l’accueil et de l’emploi des migrants, etc. : les patrons en rêvaient, le locataire de l’Elysée l’a fait. Filoutant ainsi la place de chouchou des milieux économiques occupée par la droite pendant des décennies.

 » C’est simple, avant, les grands patrons me demandaient toujours d’organiser des dîners ou des rencontres avec les personnalités de droite, et notamment la première d’entre eux. Mais, aujourd’hui, rares sont ceux qui formulent cette demande « , résume un bon connaisseur des milieux d’affaires parisiens.  » Aucun patron ne veut voir Laurent Wauquiez, ajoute le dirigeant d’un cabinet de conseil. Il est tellement en disgrâce dans ce monde-là qu’il accepterait d’aller à une réunion de bouchers-charcutiers du 17e arrondissement.  » Mais ne vous y trompez pas et soyez patients. Car ces gens-là n’ont aucune conviction. Seuls comptent les profits qu’ils peuvent réaliser au moindre coût et dans le temps le plus court (car ils ne sont pas dupes et savent que la conjoncture économique n’est pas bonne). Tout ce qui est pris n’est plus à prendre  et si aujourd’hui Macron est leur idole, demain…

Il est vrai cependant que le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, élu patron de LR en décembre  2017, n’y met pas forcément du sien.  » Les premiers mois étaient concentrés avant tout sur le parti « , convient-on dans son entourage. Pas le temps de passer de la pommade aux puissances économiques. Même après les propos critiques tenus en février par l’ancien ministre devant des étudiants de l’Ecole de management de Lyon contre les organisations patronales.  » Eux, c’est pire que tout (…) la seule chose qu’ils veulent, c’est encaisser l’argent – des subventions – « , attaquait M. Wauquiez dans cet échange révélé par l’émission  » Quotidien « . Et pourtant, avait-il vraiment tort ?

 » De telles assertions traduisent un véritable mépris pour les représentants des TPE-PME qui font pourtant vivre les territoires que vous mettez si souvent en avant « , lui a rétorqué dans un courrier, le 20  février, François Asselin, patron de la Confédération des PME (CPME). La lettre est restée sans réponse, tout comme la proposition d’organiser une rencontre pour mettre à plat le différent. Pas malin…

Mais voici la véritable clé de ce divorce. Ce qui ne passe pas, au-delà de l’attitude, c’est surtout la ligne politique défendue par LR. A la dureté de ses positions sur l’immigration, la sécurité ou l’identité, Laurent Wauquiez allie un discours économique axé sur la défense des classes moyennes, qui fustige le libre-échange et repeint Emmanuel Macron en  » président des golden boys de la mondialisation « .  » Cette tendance nationaliste, identitaire, ne colle pas avec les intérêts d’un monde économique qui fonctionne à l’échelle internationale « , estime-t-on dans l’entourage de M. Roux de Bézieux. Autrement dit, les patrons français sont devenus tellement mondialistes qu’ils n’ont plus qu’une idée en tête : le « Grand Remplacement« . Leur rôle actif (donneurs d’ordre, organisateurs et profiteurs) dans la traite négrière qui sévit aujourd’hui partout dans le monde mais, tout particulièrement, du sud vers le nord et du continent africain vers l’Europe en est la démonstration.

En privé, l’ancienne vice-présidente de LR Virginie Calmels, une libérale tendance Thatcher, peste régulièrement contre la ligne économique de celui avec qui elle disait former un  » tandem « .  » Il parle de cadeaux aux riches, veut que l’Etat reste au capital d’Air France, est antilibéral dans ses propos… Il s’éloigne du projet de François Fillon, il pense que Fillon a perdu à cause de ça et pas des affaires « , déplore-t-elle en petit comité.

Les déclarations du vice-président de LR, Guillaume Peltier, qui fustige une droite  » embourgeoisée «  et réclame une augmentation du SMIC de 20 %, ne facilitent pas plus les rapports.  » Je n’aurais pas imaginé, un jour, voir un parti auquel j’ai appartenu proposer l’augmentation de 20  % du SMIC comme cœur de sa politique économique « , a raillé devant le Medef, le 29  août, le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire. Mais ce commentaire moqueur est-il si surprenant dans la bouche de l’homme de paille d’Emmanuel Macron ? 

Certains prétendent pourtant que cette rupture entre la droite et les milieux patronaux serait plus ancienne et remonterait au quinquennat de Nicolas Sarkozy.  » Au moment de la campagne pour sa réélection, en  2012, j’ai fait la tournée des entrepreneurs : je me suis pris en pleine poire l’inflation des normes et le fait que nous n’ayons pas assez baissé les charges « , raconte un ancien ministre.  » Sarkozy a joué avec l’ambiguïté libérale, mais a très vite modifié sa politique « , regrette l’ex-filloniste Stanislas de Bentzmann, fondateur de Devoteam et ancien président de Croissance Plus, un outil d’influence des entrepreneurs.

La route sera longue pour LR, qui ne veut pas perdre espoir malgré tout.  » Il y avait une fascination pour l’offre politique d’Emmanuel Macron et sa personnalité, reconnaît M. Wœrth. Il y a aujourd’hui un regard plus réaliste et plus lucide sur la politique menée. «  Au retour de la trêve estivale, Laurent Wauquiez a d’ailleurs corrigé son discours pour y introduire des mots-clés plus plaisants aux oreilles de l’électorat de droite traditionnel. Plus question de donner le sentiment de courir seulement après les classes populaires du Rassemblement national : le temps est venu de faire rentrer au bercail l’électorat de droite qui est aussi tenté par Emmanuel Macron. Souhaitons que ce ne soit plus pour très longtemps.

 » Il y a trop d’impôts, il y a trop de taxes, il y a trop de charges « , a tonné M. Wauquiez pour sa rentrée au mont Mézenc (Haute-Loire), le 26  août.  » Il y a une dimension économique plus appuyée chez Laurent dans ses propos de rentrée, assume-t-on dans son entourage. Il a voulu replacer notre point d’équilibre, il  pouvait y avoir de la confusion. La droite n’est pas devenue anti-entrepreneurs.  »

Mais, comme on dit : en amour, seules les preuves comptent.

Le 21 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

Publicités

Une Réponse to “Pauvre Laurent Wauquiez, il court après le vent.”

  1. Hervé J. VOLTO septembre 21, 2018 à 10:49 #

    Comme le sait M. Pons, votre serviteur habite en Italie avec une épouse italienne. Tout celà pour vous dire que, de l’autre côté des Alpes, s’ils ont un gouvernement responsable, c’est parce que, là-bas, les équivalant spaghetti de nos Wauquiez, Le Pen, Dupont-Aignant et autre patriotes du cru comme Lang, N’ONT PAS EU PEUR D’ENVOYER PAITRE LA BIENPENSANCE LOCALE, DE BIEN FAIRE ET LAISSER DIRE, ET CONCOURIR -ENSEMBLE !- POUR OBTENIR A L’ITALIE UN GOUVERNEMENT ANTI-COMMUNISTE !

    Et les Royalistes transalpins sont avec Berlusconi. Qui lui est avec Giorgia Meloni, une personne dont on entendra encore parler, et avec Matteo Salvini. Et SURTOUT, ils ont un bon quotidien de Drpoite, IL GIORNALE, qui donne les inofmations comme il faut (un peu comme notre FIGARO) et non pas comme le gouvernement le voudrait.

    L’union fait la force.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :