En hommage et en soutien à l’une de nos fidèles lectrices brésilienne : feu le Musée national du Brésil.

25 Sep

Certains le savent sans doute, le Musée national du Brésil, à Rio de Janeiro, a été presque intégralement détruit par un incendie le 2 septembre dernier.

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L’incendie s’est déclaré dans le palais de Saint-Christophe, lequel hébergeait le Musée national du Brésil. La perte sur le plan du patrimoine historique et culturel est considérable — « incalculable » selon les termes du président brésilien Michel Temer, les collections du musée comptant en effet quelque vingt millions d’objets. La cause du sinistre n’a pas encore pu être déterminée mais dès à présent d’aucuns sont tentés d’établir un lien avec l’insuffisant financement de l’institution tout au long des années précédentes. Fondé en 1891, il occupe l’ancien palais impérial. Nous ne détaillerons pas l’inestimable patrimoine qu’il abritait tant la douleur de nos amis brésiliens est immense et leur colère incommensurable. Mais les cendres du Musée national de Rio de Janeiro  étaient encore fumantes quand la bataille des commentaires et des critiques a démarré. Il est vrai que la campagne électorale pour les élections présidentielles (qui se tiendront dimanche prochain) battait son plein dans la nuit du 2 au 3 septembre, favorisant la récupération politique de la tragédie.

En quelques heures, le musée bicentenaire de Rio, ancienne résidence de la famille impériale, a brûlé comme un feu de paille. Selon les premières estimations, 90 % des 20 millions de pièces de collections ont été réduites en cendres. Quand les employés du musée, de même que les anthropologues, les scientifiques et les historiens du monde entier, pleuraient la disparition de Luzia, le plus vieux squelette Homo sapiens d’Amérique latine, et se désespéraient de la perte de momies égyptiennes, d’enregistrements de dialectes indigènes ou de carcasses de dinosaures, certains politiciens juraient qu’avec eux une telle tragédie ne serait jamais arrivée. Une joute sans pitié s’est engagée entre la droite brésilienne, accusée de négligence coupable, et la gauche, vilipendée pour son inconséquence budgétaire.

Prêts à tout pour arracher, en octobre, un poste de sénateur, de député, de gouverneur, voire de président de la République, les candidats ont d’abord attaqué le gouvernement de Michel Temer. Une proie facile : haï, le président bat des records d’impopularité, et son désintérêt pour la chose culturelle est notoire. Par souci d’économies, le chef de l’État, lors de sa prise de fonctions, en mai 2016, avait pensé fusionner le ministère de la culture avec celui de l’éducation. Ce qui, après tout, n’était pas une aberration. Mais, devant une bronca sans précédent, le président a finalement reculé. Michel Temer a eu beau évoquer une  » perte incalculable pour le Brésil « , un  » jour tragique  » qui a vu s’effacer  » deux cents ans de travail, de recherche et de connaissance « , personne n’a oublié que la culture est, à ses yeux, une dépense frivole.

Guilherme Boulos, candidat pour le Parti  » socialisme et liberté (PSOL) « , a été le plus incisif, attaquant frontalement les  » coupes criminelles de Temer « , tandis que Ciro Gomes, du  » Parti démocratique travailliste (PDT, centre gauche) « , s’engageait à atténuer  » cette tragédie que le non-gouvernement avait laissé faire « . Fernando Haddad, du  » Parti des travailleurs (PT, gauche) « , fustigeait plus largement le  » mépris  » des gouvernements pour la culture.

Un seul homme n’a pas semblé participer au deuil national de ce joyau du patrimoine lusophone : Jair Bolsonaro. Le représentant de la droite dure, dont le nom complet est Jair Messias ( » messie « ) Bolsonaro, affirmait le lendemain du drame :  » C’est déjà fait, il a déjà pris feu, qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? Mon nom est Messie, mais je ne peux pas faire de miracle. «  L’attaque au couteau dont il a, le 6 septembre, fait l’objet, a ensuite occulté l’incendie : Jair Bolsonaro a alors occupé le devant de la scène médiatique et politique.

La préoccupation des candidats pour un monument représentant la mémoire du pays n’aura ainsi duré que quelques heures. Une illustration de l’hypocrisie des politiciens en campagne et de leur désintérêt profond pour la culture et le patrimoine ? Au cours des dix dernières années, le feu a dévoré pas moins de huit monuments brésiliens : musées, théâtres ou instituts, notamment à São Paulo. Ainsi de l’Institut Butantan, en 2010, du Mémorial de l’Amérique latine, en 2013, ou du Musée de la langue portugaise, en 2015. » Les gouvernements changent mais rien ne bouge. La culture est toujours le parent pauvre de l’État, et nous assistons à ce naufrage sans réagir. Comme si la mémoire n’avait pas d’importance ici « , déplore Emilio Kalil, organisateur de la Semaine des arts à São Paulo et ex-directeur de théâtres nationaux. À en croire Carlos Marun, le secrétaire du gouvernement, surnommé le  » pitbull  » de Michel Temer, le gouvernement n’est pas le seul à se moquer de la culture.  » Maintenant que c’est arrivé  – l’incendie – , il y a beaucoup de veuves en larmes, mais, en réalité, ces veuves ne l’aimaient pas tant que ça, ce musée.  » Une allusion au désintérêt des Brésiliens pour leur patrimoine. En 2017, le musée avait enregistré 192 000 visiteurs, selon le site de la BBC Brésil, soit moins que le nombre de Brésiliens venus visiter le Louvre cette année-là…

Il aura fallu le communiqué de la maison impériale du Brésil pour mettre les points sur les i et un peu de dignité dans cette sinistre affaire. Ce communiqué, signé des princes de la maison d’Orléans et Bragance, s’intitule  » Une histoire réduite en cendres  » :

Citons, pour terminer, les quelques mots de notre amie brésilienne qui remettent les pendules à l’heure :

« Das profundezas clamo a Vós, Senhor! »

(Des profondeurs je crie vers Vous, Seigneur! – Psaume 129 -)

Le 25 septembre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “En hommage et en soutien à l’une de nos fidèles lectrices brésilienne : feu le Musée national du Brésil.”

  1. Merci! septembre 27, 2018 à 9:45 #

    Chers Amis du CER et de La Charte de Fontevrault,

    Vous êtes une référence édifiante.
    Avec ma gratitude, je vous remercie de votre considération.

    La République depuis 1889, et la gauche-socialiste-communiste au cours des dernières décennies, ont détruit le Brésil. La photo de Pedro II dans les flammes de son palais est le portrait fidèle de l’incinération du pays.
    La France a accueilli le plus grand des brésiliens – injustement banni de son pays qu’il aimait tant et pour lequel il s’est donné dès sa plus tendre enfance.
    Que Dieu vous bénisse!

    “E entre visões de paz, de luz, de glória,
    Sereno aguardarei no meu jazigo,
    A justiça de Deus na voz da história!”

    Prions la Divine Providence pour la résurrection de notre Empire et de votre Royaume de France.
    A República é morta, Viva o Imperador!
    La République est morte, Vive le Roi!
    Amém!

    ! – La grande presse brésilienne est de gauche, la vérité est déformée selon ses idéologie$…

    • conseilesperanceduroi septembre 27, 2018 à 10:01 #

      Merci, chère Madame, pour votre témoignage et votre fidélité à notre action. Sachez que nous sommes à vos côtés dans cette douloureuse épreuve.

  2. HERVE JOSEPH VOLTO septembre 27, 2018 à 11:43 #

    Aux côtés des Royalistes fidèles aux Orléan-Bragances, il existe au Bresil une petite minorité de Miguélistes. Le Miguélisme , au portugal comme au Brésil, c’est avant tout une attitude culturelle Catholique, celle de la Tradition. En politique, il particpe du principe dexpension évangélisation dont Léon XIII reprendra l’idèe. C’est aussi un nationalisme Brésilien et Chrètien : mourir pour la patrie, c’est mourir pour la sociétè brésileinne destabilisée par les idées révolutionnaires. c’est, enfin, face à la masse, l’affirmation de la personne Chrétienne…

    Royalisme Français, Roaylisme brésilein : même combat !

    En France, LES FOUS DU ROIS Les Fous du roi – Film (2006) – SensCritique
    https://www.senscritique.com/film/Les_Fous_du_roi/404492 savent quand à eux que, quelque part, le Fantôme du Louvre est assis serainement dans la pénombre, sur un siège avec des accoudoirs, regardant sur son écran les évènements avec le même détachement de quelqu’un qui regarderait un match de foot, fumant un bon havanne dont la fumée s’accumule au plafond, déborde par une fenêtre ouverte pour aller s’ajouter aux nuages menaçant qui s’amoncellent dangereusement dans le ciel.

    Et qu’il n’a plus qu’à attendre… Une étincelle.

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