Rien ne va plus au sein de LRM.

1 Oct

Les imbéciles ! Ils ne nous avaient pas cru. Et les voilà à présent « Gros-Jean comme devant« . Comme nous l’avions prévu dans cet article consacré aux états d’âme des militants de la République en Marche – le parti d’Emmanuel Macron – (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/17/macronie-avant-les-rats-les-souris-quittent-deja-le-navire/), voici que les cadres commencent à s’interroger et même à renâcler. Après les souris, c’est au tour des rats d’avoir la tentation de quitter le navire.

Passons sur les bons mots et autres critiques venus de Gérard Collomb, l’actuel mais temporaire ministre de l’intérieur et penchons-nous plutôt sur le malaise grandissant des députés de LRM.

Le surnom de « Marais » est même venu s’appliquer depuis quelques temps sur une majorité silencieuse, loyale mais tourmentée par la rentrée parlementaire. Un groupe informel qui s’est réveillé à la faveur du jeu de chaises musicales provoqué par le départ de Nicolas Hulot du gouvernement. Pour remplacer François de Rugy, nouveau ministre de l’écologie, à la tête de l’Assemblée, l’exécutif a propulsé Richard Ferrand.  » Je leur en veux de ne pas avoir pris la mesure du malaise dans lequel ils nous plongeaient « , confie, embarrassée, une députée.

Le député du Finistère, alors à la tête du groupe LRM, était le choix de l’Elysée. Et une partie du groupe a mal vécu qu’on le lui impose.  » Richard Ferrand fait un excellent président de l’Assemblée mais c’est un homme, et son image est liée à une affaire. Ce n’est pas le renouvellement que l’on prône « , poursuit cette élue.

Cette réaction  » épidermique «  et la soif de parité ont nourri l’engouement autour de la candidature de Barbara Pompili face au  » premier des marcheurs « . L’ancienne écologiste a finalement récolté 85 voix, presque un tiers du groupe, lors du vote interne organisé pour les départager. Une semaine plus tard, M.  Ferrand n’a pas fait le plein des voix LRM lors de son élection à la tête de l’Assemblée nationale. Il lui en manquait 58 sur les 311 députés que compte la majorité. Un score qui traduit le décrochage d’une partie du bateau LRM. Les premiers rats qui le quitteront tôt ou tard.

En réalité, le malaise s’accentue depuis plusieurs mois. Les divergences sur des projets de loi ont montré que, sur des questions de société (immigration, laïcité, écologie), la majorité pouvait être diverse. Mais, pour le moment, le trouble qui s’est installé durablement porte moins sur le fond de la politique du gouvernement que sur l’organisation du pouvoir et la place réservée aux députés.

 » Certains se sentent sous-utilisés, voire inutiles « , s’inquiète Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine.  » La majorité des députés ne sont pas visibles dans les médias et on ne sollicite pas assez leur avis « , résume le député du Val-de-Marne Guillaume Gouffier-Cha. Leur point commun ?  » Ils sont dans leurs dossiers, ne se préoccupent pas des questions de politique politicienne et veulent qu’on utilise plus leurs compétences.  » Ils oublient que ce n’est pas l’objectif des acolytes d’Emmanuel Macron. Pour eux, seules comptent les louanges à Narcisse et la glorification du chef.

Une aspiration très liée à l’identité d’élus venus pour une bonne part de la société civile.  » Je dirigeais un groupe de 2 700 personnes, avant c’était moi qui fixais mon rythme, mon agenda. Quand on est député, c’est différent. Certains n’arrivent pas à transformer leur pari professionnel dans l’exercice de leurs fonctions « , raconte François Jolivet, député LRM et ex-directeur d’une filiale immobilière de la SNCF.  » Il y a dans le groupe une aspiration très simple : que le travail et les parcours soient plus valorisés, qu’il y ait plus d’espace pour débattre et échanger « , détaille Gabriel Attal, député des Hauts-de-Seine. Au lieu de quoi, on leur impose un système strictement pyramidal, très Bonapartiste.

Cette aspiration se double de la sensation partagée par de nombreux députés de peser bien peu de chose face à la machine gouvernementale et d’être  » souvent mis devant le fait accompli sur des arbitrages «  explique un député. Une femme a mis des mots sur ce malaise. Le 16  septembre, Frédérique Dumas annonçait avec fracas dans Le Parisien qu’elle quittait le groupe LRM.  » Travailler dans l’espoir d’être écouté, voire entendu, faire bouger les lignes… est tout simplement impossible avec l’exécutif et compliqué avec le groupe « , expliquait-elle pour justifier son départ.

Ce sentiment d’inutilité s’est doublé du constat qu’une minorité d’entre eux occupe l’espace politique et médiatique.  » Le marais n’existe pas. C’est parce que certains ont pris la lumière en nombre restreint qu’il y a un marais « , estime-t-on d’ailleurs dans l’entourage de Richard Ferrand.

Beaucoup d’élus évoquent le fonctionnement  » clanique  » de députés souvent parisiens, engagés très tôt dans la campagne présidentielle. Et fustigent la tendance de certains à faire la police pour un Tweet ou un mot qui dérange.  » On a parfois l’impression qu’on ne peut pas penser différemment. C’est quoi ? C’est une annexe du PS ? C’est ça qui exaspère « , confie Agnès Thill, députée LRM de l’Oise, sortie de l’anonymat avec des prises de position réservées sur les sujets de bioéthique. Non Agnès, ce n’est pas une annexe du PS. C’est pire, c’est la Corée du Nord.

Cette réalité préoccupe au sein du groupe.  » Il y a peut-être une trentaine de collègues qui se réfugient dans leur circonscription ou dans l’aigreur, s’inquiète une élue francilienne. On ne pourra pas les retenir indéfiniment, d’autant que le départ de Frédérique Dumas a démontré qu’on pouvait partir.  » Parmi les cadres de la Macronie, on se veut moins alarmiste :  » Dans tout groupe il y a des défections. Mais en séance de nuit il y a du monde et les textes sont votés. « 

Malgré une volonté de changement, le  » marais  » a fait le choix de la modération lors de la désignation du successeur de Richard Ferrand. Gilles Le Gendre, son dauphin désigné, a été lar-gement élu mais sait le défi qui repose sur ses épaules.  » Je réorganise la gouvernance du groupe « , explique-t-il, promettant de mettre en place une  » vraie collégialité  » au service des élus. Cinq vice-présidents, qui pouvaient candidater jusqu’à jeudi  27 au soir, seront choisis  » sous une huitaine de jours « . Ce n’est pas encore fait. Mais il est vrai que la prochaine échéance européenne, dans huit mois seulement, va calmer les ardeurs revendicatrices de beaucoup d’élus s’ils veulent figurer sur les listes du parti !

Au sein de l’exécutif et parmi les piliers de la majorité, une autre piste mûrit pour remobiliser les députés : les inviter à réinvestir le terrain pour mieux y expliquer la politique du gouvernement.  » Un certain nombre de parlementaires qui étaient des élus locaux ont cette fibre-là « , note-t-on dans l’entourage de Richard Ferrand. Une partie des troupes a par ailleurs vocation à partir en campagne pour les municipales. Et pour contrebalancer un pouvoir à qui l’on reproche d’être trop porté sur les villes, un groupe de députés vient de se constituer pour porter la voix des territoires et de la ruralité. N’ayant pas peur du ridicule, ils se sont choisi un nom qui fleure lui aussi bon la Révolution : les  » Girondins  » ! Nous en sommes

Ils oublient que, si le sommet de la pyramide n’était pas inquiet, il ne verrouillerait pas comme il le fait en ce moment toutes les issues de secours de la Macronie. Ainsi en est-il des manoeuvres de l’Elysée pour maîtriser la constitution des cabinets de Richard Ferrand, nouveau président de l’Assemblée nationale, et Gilles Le Gendre qui l’a remplacé à la tête du groupe parlementaire LRM.

Trois soldats des campagnes présidentielle et législatives sont en train de déballer leurs cartons au Palais-Bourbon. Le premier est arrivé le 20 septembre, comme directeur de cabinet de Richard Ferrand à l’hôtel de Lassay. Jean-Marie Girier n’est autre que l’ancien directeur de campagne d’Emmanuel Macron« Un grand professionnel, très carré, qui connaît très bien l’ADN d’En marche ! », vante le député LRM Guillaume Gouffier-Cha. Jusque-là, M. Girier était chef de cabinet de Gérard Collomb au ministère de l’intérieur. Intervenue après l’annonce du départ prochain de M. Collomb du gouvernement en vue de sa candidature aux municipales à Lyon, cette arrivée interroge dans la majorité. « Il y a deux hypothèses : soit ça s’est mal passé avec Collomb pendant l’affaire Benalla et Girier part, soit le président met ses hommes-clés aux endroits très importants », spécule un député MoDem. La réalité que vous ignorez encore, c’est que les deux hypothèses sont bonnes et qu’il y en a même une troisième encore plus troublante : Jean-Marie Girier pourrait bien succéder à Gérard Collomb au ministère de l’intérieur !

L’arrivée de deux autres hommes de confiance d’Emmanuel Macron auprès de Gilles Le Gendre confirme néanmoins le verrouillage élyséen. Les embauches de Pierre Herrero et de Vincent Caure dans l’équipe dirigeante du groupe LRM sont actées, comme l’a révélé le journal spécialisé Contexte. Tous deux sont également des personnages-clés de la Macronie : le premier a dirigé la campagne des législatives, le second était chargé des référents locaux. Si M. Herrero était retourné à ses fonctions de directeur de cabinet à l’Ecole polytechnique, M. Caure avait, lui, intégré l’Elysée, comme chargé de mission auprès de Stéphane Séjourné, conseiller politique d’Emmanuel Macron. Au cœur de la machine macroniste pendant la conquête du pouvoir en 2017, ils connaissent parfaitement les parlementaires LRM. De quoi tenter de huiler les rouages entre les élus et MM. Ferrand et Le Gendre.

Ces arrivées sont cependant vues d’un bien plus mauvais œil par l’opposition. « Dans la tourmente, l’exécutif se referme sur son petit cercle », constate Ugo Bernalicis, député de La France insoumise, qui y voit « un nouveau signe qu’on est en monarchie présidentielle et que la séparation des pouvoirs est réduite à peau de chagrin ». « C’est un vrai aveu de faiblesse ! », fustige encore le président du groupe Les Républicains, Christian Jacob. Mais, pour le député de Seine-et-Marne, tenter de reprendre la main « c’est mal connaître le Parlement ». « Plus on tente de cadenasser les députés, plus ils se braquent », prévient-il.

À suivre avec attention.

Le 1er octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Rien ne va plus au sein de LRM.”

  1. conseilesperanceduroi octobre 1, 2018 à 8:06 #

    Attendez-vous d’ailleurs à ce que de grands changements interviennent rapidement à l’Intérieur…

  2. conseilesperanceduroi octobre 2, 2018 à 5:06 #

    Nous avions prévenu : rien ne va plus non plus au ministère de l’intérieur…Et Emmanuel Macron a décidé de s’en laver les mains en refilant la patate chaude à Edouard Philippe, son Premier ministre ! Pendant ce temps-là, les vautours prennent leur envol : Castaner en rêve; Darmanin est dans les starting-blocks et Girier n’est pas loin…

    C’est pas beau la République ?

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