Voici pourquoi il n’y a pas grand chose à attendre de l’installation de centres de rétention des migrants sur la rive sud de la Méditerranée.

2 Oct

L’idée était bonne même si l’on pouvait douter de la bonne volonté de coopération des pays concernés ou choisis. Résultat, le projet de l’Union européenne de créer, sur le rive sud de la Méditerranée, des centres de rétention des migrants permettant l’étude de leurs demandes et la sélection entre les migrants éligibles au statut de réfugié et ceux qui ne le sont pas a déjà du plomb dans l’aile.

C’est ce qui est très vite apparu à Salzbourg, les 19 et 20  septembre, en conclusion du sommet informel des chefs d’Etat et de gouvernement. Seule une possible collaboration  » renforcée  » avec l’Egypte a été retenue. Ce pays n’a, jusqu’à présent, pas constitué une voie de passage importante vers l’Europe mais il pourrait néanmoins empêcher l’embarquement de milliers d’illégaux et  » il lutte efficacement contre la traite des êtres humains « , affirme le chancelier autrichien, Sebastian Kurz.

Le chancelier, dont le pays exerce la présidence tournante de l’Union jusqu’à la fin de l’année, voit dans une telle coopération un moyen de renforcer le contrôle des frontières extérieures de l’UE. Il approuve le renforcement de l’agence Frontex – même si le projet de la Commission de le porter à 10 000 agents est déjà un autre sujet de débats houleux. Mais il fait silence sur la répartition des demandeurs d’asile et la prétendue solidarité – le sujet qui divise les Européens. Décrivant l’Egypte comme un partenaire  » sérieux « , le président de la Commission européenne, Donald Tusk a confirmé qu’un sommet entre l’Union et la Ligue arabe aurait lieu au  Caire en 2019.

S’agit-il de faire de l’Egypte le pays d’accueil des  » plates-formes de débarquement régionales «  en Méditerranée, imaginées en juin pour satisfaire les Etats membres les plus hostiles à l’accueil de migrants – et même de réfugiés ? Les dirigeants européens avaient longuement négocié ce concept censé favoriser une identification rapide des migrants économiques et des demandeurs d’asile.

Présentée par M. Tusk, portée par M. Kurz, l’initiative serait en fait  » morte de sa belle mort « , selon un diplomate. Au-delà des problèmes légaux et de respect des engagements internationaux de l’UE qu’elle posait (dont le risque de violation du principe de non-refoulement), elle n’a convaincu aucun pays tiers. Après l’Albanie et l’Algérie, les dirigeants de la Tunisie et du Maroc s’étaient empressés de décliner, même s’ils sont directement concernés en tant que principaux pays de transit des migrants empruntant la voie de la Méditerranée centrale et celle de l’ouest (par l’Espagne).

Tunis et Rabat refusent d’avoir à accueillir les personnes sauvées en mer, dont les Européens ne veulent pas, tant que ces derniers n’auront pas avancé sur leur idée d’organiser, sur leur propre territoire, des centres  » contrôlés  » de tri des migrants. C’est pour cette raison, peut-être, que les Pays-Bas ont proposé d’organiser de telles structures, ce qui n’irait pas sans poser des problèmes logistiques majeurs compte tenu de la situation géographique du royaume.

Mais, l’Egypte a vite réduit à néant les espoirs de l’UE : pas question, pour elle non plus, d’accueillir ces structures qui violeraient les lois du pays. Et si un sommet avec les Européens est organisé, il ne saurait parler que de migrations, a-t-elle fait savoir. D’où l’insistance des diplomates bruxellois : il s’agirait d’évoquer un  » partenariat -global « .  » L’Egypte est un partenaire important pour une gamme d’autres enjeux « , insiste une porte-parole de la Commission. Qui n’évoque pas la question du respect des droits humains. Entendez en réalité que les besoins économiques, financiers et sécuritaires de l’Egypte sont tels que Bruxelles croit en de réelles possibilités de négociation. Selon le fameux principe du  » gagnant – gagnant « .

Du côté français, on se veut prudent : la visite de MM. Tusk et Kurz au  Caire, le 16  septembre, était  » informelle «  et l’Egypte n’est de toute façon pas un important pays de départ des migrants. Paris, Berlin et plusieurs autres capitales ne freineront pas l’idée d’un nouveau  » partenariat  » avec l’Afrique mais elles martèlent que les Européens n’échapperont pas pour autant à leur débat interne sur une répartition équitable des demandeurs d’asile.  » Et celle-là ne se réglera pas par la création de centres, ouverts ou fermés, en Afrique ou ailleurs « , s’énerve un haut responsable. Sous-entendu : il faudra bien forcer la mains des pays du groupe de Visegrad qui refusent le moindre migrant sur leur sol.

En réalité, si l’on met de côté la mise sous tutelle des bandes côtières de la rive sud ou le blocus réel et total des eaux territoriales de ces pays, il n’y a pas d’alternative à l’interdiction de tout transport et de tout débarquement de migrants du sud vers le nord de la Méditerranée.

Qui en aura le courage, la volonté politique et les moyens sécuritaires ? Un seul aujourd’hui a commencé leurs mises en oeuvre : Matteo Salvini, en Italie.

Le 2 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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Une Réponse to “Voici pourquoi il n’y a pas grand chose à attendre de l’installation de centres de rétention des migrants sur la rive sud de la Méditerranée.”

  1. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 2, 2018 à 9:48 #

    La politique extérieure de l’Italie de Salvini est la même que celle de Orban : afficher leur vocation Chrétienne, inscription des préceptes Chrétiens dans la constitution, respect de la vie de la conception à la mort, affirmation de la famille fondée sur le mariage d’un homme et d’une femme, responsabilité des parents pour l’éducation de leurs enfants, soutien politique des communautés Chrétiennes dans les pays où elles sont menacées, politique d’immigration : oui à l’immigration, mais une immigration européenne, de culture CHRETIENNE.

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