Mais comment peut-on avoir des idées aussi stupides ?…

3 Oct

Nous sommes gouvernés par des malades mentaux. En doutiez-vous ? Voici un exemple qui dépasse l’imagination, passé trente-cinq ans sous silence et qui, pendant ce temps-là, détruisait l’environnement sous-marin de l’un des plus beaux coins de la Méditerranée…C’est à pleurer.

En regardant l’eau turquoise de la baie de Golfe Juan depuis le pont de l’Océa, amarré à  800  mètres au large de la côte d’Antibes (Alpes-Maritimes), difficile d’imaginer la décharge sous-marine qui gît sous la surface. Pourtant, une trentaine de mètres plus bas, 22 500 pneus sont entassés sur quatre hectares.

Difficile de comprendre ce qu’il se passe sur l’écran de contrôle du navire: il est près de midi, la vase a été soulevée toute la matinée par les plongeurs précédents. A peine aperçoit-on les gigantesques pneus de camion que le plongeur enfile sur des cordes comme des perles sur un fil. Ils sont ensuite levés par une grue jusque sur le pont du navire, et stockés dans des conteneurs.

Vingt-cinq minutes plus tard, ses collègues trient et rangent les pneus qu’il est parvenu à remonter. Trente-cinq pour une quarantaine de minutes passées au fond. Petite pêche.  » Quand ils ne sont pas dispersés un peu partout, on peut en remonter 150 à la fois « , affirme-t-il. Quasiment intacts, sans une trace de corail ni d’algue marine, ils sèchent sur le ponton. Sur les 3 000 et quelques pneus remontés depuis le début de l’opération, le 21  septembre, aucun ne porte le moindre reste de poulpe ou de chapon, un poisson pourtant commun dans la région.

Quasiment gratuits, résistants, les pneus usagés sont pourtant apparus un temps comme un moyen idéal de fournir des abris aux poissons. C’est au début des années 1980, à  l’initiative de la direction départementale des Alpes-Maritimes, sous l’impulsion du ministère de l’environnementet du très éphémère secrétaire d’Etat Alain Bombard – le  » naufragé volontaire « célèbre pour avoir traversé l’Atlantique sur un bateau pneumatique –, que les 25 000  pneus avaient été immergés à 800 mètres au large d’Antibes. François Mitterrand était président de la République et Pierre Mauroy Premier ministre. Oui, Alain Bombard, qui n’en était pas à son premier essai désastreux. Souvenez-vous de la tragédie d’Etel, en 1958 (https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Bombard).

L’espoir était de créer un récif artificiel. Mais  » l’expérimentation « , comme les services publics l’appellent pudiquement aujourd’hui, s’est révélée être une catastrophe : les microparticules et substances toxiques (notamment des métaux lourds, selon une étude menée par l’université de Nice) relarguées ont fait fuir la faune marine.

Pire, les structures de fer qui liaient les pneus se sont oxydées. Résultat : les rubans en caoutchouc se retrouvent disloqués et dispersés dans la baie, aujourd’hui zone protégée et classée Natura 2000 ! Or, autour de la décharge se trouvent des herbiers de posidonie, comme le rappelle Didier Laurent, gestionnaire du site à la mairie d’Antibes. Ces prairies sous-marines, typiques de la Méditerranée, servent de pouponnières pour les poissons, clarifient l’eau et abritent des écosystèmes entiers. Elles sont vitales à la survie de la faune locale. Aujourd’hui, les pneus trimballés dans la baie par la houle menacent de les écraser.

Sur le pont de l’Océa, les plongeurs s’interrogent, mi-incrédules, mi-narquois :  » A quel moment a-t-on cru que c’était une bonne idée ?  » L’équipe est composée de six  matelots et six plongeurs professionnels. Sur un tableau blanc, les temps de plongée de chacun sont notés.

Alors qu’une partie du groupe enroule les narguilés utilisés pour respirer sous l’eau, l’autre part en reconnaissance à une centaine de mètres de là pour repérer de nouvelles zones à  nettoyer.  » Si l’on parvient à sortir 90  % des pneus, ça sera pas mal « , assure le pilote du chantier, Jean-Michel Negri. Tout ce qui sera récupéré partira à Istres (Bouches-du-Rhône), à  60 kilomètres de Marseille, afin d’être transformé en granulats combustibles pour alimenter des cimenteries.

Les  » gars  » de Jean-Michel Negri sont plutôt habitués à travailler sur des constructions offshore ou à poser des câbles sous-marins. Tous s’accordent à dire que cette mission est de loin la plus étrange qu’ils aient eu à réaliser.  » Ça nous arrive de remonter des carcasses de voiture, ou des déchets échoués, mais remonter des trucs qu’on a posés là volontairement, ça, on ne nous l’avait encore jamais fait « .

Sandrine Ruitton, enseignante-chercheuse et spécialiste de récifs artificiels à l’Institut méditerranéen d’océanographie, tente d’expliquer.  » On s’est dit : les Américains le font, pourquoi pas nous ?  » Comme si tout ce qui nous vient des Etats-Unis est forcément une idée géniale.

L’idée venait en effet de loin : aux Etats-Unis, deux millions de pneus ont été largués au large de Fort Lauderdale, en Floride, en  1972 – ils ont commencé à être enlevés au milieu des années 1990. Mais pas en France !  » On pensait bien faire. A l’époque, il y avait un véritable engouement pour les récifs artificiels, on ne s’est pas posé la question. « 

C’est aussi l’histoire d’une tout autre conception de la mer que raconte la chercheuse.  » On voyait la pollution à terre, et on se disait : “et si on l’immergeait ?” A l’époque, la notion de pollution sous-marine n’existait pas. La mer a longtemps été perçue comme un cache-misère. C’était “loin des yeux, loin du cœur.” « 

L’équipe de l’Océa a jusqu’à l’année 2020 pour tenter de nettoyer la baie. Une phase test avait déjà eu lieu en 2015 : 2 500 pneus avaient été remontés avec succès. Ceux qui restent seront soumis au même protocole. Pour éviter les périodes d’été chargées – entre le Festival de Cannes et l’afflux touristique – et la météo incertaine de l’hiver, les missions ont été programmées à l’automne et au printemps. Coût total de l’opération : 1,2  million d’euros, 1  million pour l’Agence française pour la biodiversité, et 200 000  euros pour la fondation Michelin.

 » J’entends certains s’indigner du coût de la mission, s’agace Sandrine Ruitton. Mais il s’agit là d’un symbole très fort en termes de message envoyé sur la responsabilité de l’Etat. C’est l’application stricte du principe de pollueur-payeur : celui qui pollue paie. « 

Des malades. Des malades mentaux, bien sûr, vous dis-je.

Le 3 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Mais comment peut-on avoir des idées aussi stupides ?…”

  1. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 3, 2018 à 12:45 #

    La faute en est à la mairie de Vallauris qui, moins riche que ses voisines Antibes et surtout Cannes, accepte des dessous-de-table pour se taire sur l’acceptation de l’innacceptable !

  2. Colette B. octobre 3, 2018 à 2:33 #

    le docteur Bombard parlait bien avant 1990 de la pollution de la Méditerranée! Dès les années 1960/1970 on a parlé de la pollution de cette mer « fermée »

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