Une nouvelle bombe économique à retardement dont on parle peu.

4 Oct

Happychic, qui détient les enseignes d’habillement Brice, Jules et Bizzbee, a annoncé, fin juillet, vouloir fermer 88 de ses magasins et supprimer 466 de ses 3 191  emplois partout en France. Le plan de sauvegarde de l’emploi a été officiellement annoncé le 11  septembre. Depuis, au sein de cette entreprise détenue indirectement par l’Association familiale Mulliez (AFM), la richissime famille qui dirige le groupe Auchan et ses nombreuses annexes,  » les négociations sont très tendues « , observe un porte-parole.

Les syndicats souhaitent obtenir de la direction et de la famille Mulliez  » l’abandon des licenciements et le reclassement des salariés «  au sein des autres enseignes détenues par l’AFM. Au passage, ils espèrent médiatiser leur conflit et manifester leur  » soutien aux salariés concernés par ces fermetures de magasins partout en France « , explique Laurent Petit,élu CGT.

A Lesquin (Nord), les représentants du personnel de Chaussexpo se démènent aussi. Les représentants syndicaux de l’enseigne de chaussure ferraillent contre le projet de fermer 35 des 223  points de vente d’ici la fin de 2018 et de supprimer 124 de ses 1 200  emplois. En  2017, l’enseigne avait déjà tiré le rideau de 23  magasins.

Au cœur de l’été, FO a appelé à manifester dans les rues de la ville. A la rentrée, le syndicat a  » mobilisé «  ses troupes pour tenter d’obtenir de meilleures conditions de reclassement. Mais l’enseigne n’est guère connue. Et, faute de notoriété, la colère des salariés peine à  se  faire entendre.

La conjoncture du commerce d’habillement, qui emploie plus de 116 000  personnes, est aujourd’hui en France CATASTROPHIQUE. Mais qui s’en soucie ? Elle exige d’être  » vigilant « , reconnaît Marie-Annick Merceur, déléguée syndicale CFDT chez Pimkie. L’enseigne veut fermer 35  magasins et supprimer 208  postes. Le secteur se  » prend tout de plein fouet « , explique la salariée d’un magasin Pimkie à Brest (Finistère).

Les ventes d’habillement sont en recul depuis plus de dix ans.  » Les chaînes des centres-villes souffrent, notamment dans les agglomérations de taille moyenne « , précise Yohann Petiot, directeur général d’Alliance du commerce, qui réunit la Fédération des enseignes de l’habillement, l’Union du grand commerce de centre-ville et la Fédération des enseignes de la chaussure. Jusqu’en  2017, les distributeurs ont  » tenu « , estime M.  Petiot. Mais, face à  Amazon, qui  » est devenu le premier des distributeurs de mode en ligne « , le secteur est obligé de se  » restructurer «  pour financer  » la transformation de son modèle économique «  et affronter l’envolée du commerce en ligne, qui lamine les comptes des magasins.

Mais cette crise menace désormais des milliers d’emplois. En  2017, déjà, le secteur a payé un lourd tribut. Confronté à un endettement colossal, Vivarte a cédé plusieurs des enseignes, dont Naf Naf, André et Kookaï. Elle a restructuré La Halle aux chaussures et La Halle.  » Il y a eu 650 suppressions d’emplois, au total, en  2017 « , dénombre Jean-Louis Alfred, élu CFDT.

Toujours en  2017, les 160  boutiques Mim ont été liquidées, faute de repreneur unique. Quelque  » 700  personnes ont été mises sur le carreau « , décompte Eric Scherrer, président du SECI-UNSA. Fin décembre  2017, Marks &  Spencer a, lui, renoncé à ses sept magasins d’habillement en France pour ne conserver que ses supérettes. C’est maintenant au tour de New Look de jeter l’éponge. D’ici à 2021, 21 de ses 29  magasins mettront la clé sous la porte : 261 de ses 400  salariés seront licenciés.

D’autres enseignes étrangères ont déjà réduit la voilure. Esprit a tiré un trait sur une quarantaine de ses succursales en quelques années. Elle n’en exploite plus que huit. Au fil de l’eau, Mango, chaîne espagnole de 134  magasins, a fermé une  » douzaine de points de vente  en  2018, après sept en  2017 et quatre en  2016 « , selon des sources syndicales. L’américain Forever  21 a, lui, ravalé ses ambitions ; l’enseigne a  quitté Rosny 2 (Seine-Saint-Denis), Vélizy 2 (Yvelines) et Aéroville (Val-d’Oise) pour ne conserver que ses adresses de la rue de Rivoli et du Forum des Halles, à Paris.

 » A force, ça fait du monde ! « ,

s’agace Jean-Louis Alfred, délégué syndical CFDT au sein du groupe Vivarte. Mais ces suppressions d’emplois ne  » font pas la “une” « ,déplore Olivier Guivarch, secrétaire général à la CFDT services.

Dans ce secteur où l’essentiel des salariés sont employés dans des magasins, lors de la négociation de plans sociaux,  » il n’y a pas de piquet de grève avec 1 000 personnes prêtes à tout faire “péter”, s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils souhaitent « , observe ce syndicaliste. Les personnes concernées font souvent profil bas.  » Des femmes surtout, peu qualifiées et qui travaillent à temps partiel « , analyse M.  Alfred. Près de 85  % des employés de boutiques sont des femmes. Rares sont celles qui font grève.  » Elles ne peuvent pas se permettre de perdre une heure de paie « , juge-t-il. Dès lors, impossible de  » créer un rapport de force « .

Par ricochet, à en croire les syndicats, il serait aussi difficile de se faire entendre des organisations patronales pour réfléchir au reclassement de ces salariés peu qualifiés.  » Les fédérations du secteur n’ont pas pris la mesure du problème à venir « , pense M.  Guivarch.

Quant au gouvernement, il fait la sourde oreille. Interrogée sur l’actualité chez Happychic, Muriel Pénicaud*, la ministre du travail, a déclaré, en juillet, qu’il n’était pas possible de  » garder les métiers du passé « . Mardi 2  octobre, Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, est resté sur cette ligne. Invité par le fonds d’investissement Experienced Capital à une table ronde sur les  » nouvelles tendances du commerce «  devant un parterre d’entrepreneurs parisiens du Net, le secrétaire d’Etat auprès du premier ministre a jugé que  » les grands groupes d’habillement doivent s’inspirer des nouvelles pratiques de consommation et réinventer leur métier « . Autrement dit : tout sur le Net et tant pis pour le commerce de proximité. Ce sont les mêmes d’ailleurs qui soutiennent les grandes surfaces à la périphérie des villes dont les centres agonisent.

Les familles de France en crèvent ? Tant pis, on les remplacera par des immigrés peu coûteux et encore moins revendicatifs tant ils ont besoin de nourrir les familles restées au village…

Le 4 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

* Muriel Pénicaud, c’est elle (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/01/04/reforme-de-lisf-de-scandaleux-benefices-au-sein-meme-du-gouvernement/). Vous comprendrez que le sort des travailleuses et travailleurs du secteur de l’habillement la laisse de glace. Ça ne la concerne pas car elle ne s’habille pas chez eux.

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3 Réponses to “Une nouvelle bombe économique à retardement dont on parle peu.”

  1. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 4, 2018 à 9:42 #

    Perte des repaires moraux, perte du pouvoir d’achat, supressions d’emplois, précarité, insécurité, fiscalité confiscatoire et lois liberticides : en ce début de XXI° siècle ce n’est plus la faute à Marie-Antoinette !

  2. Catoneo octobre 4, 2018 à 10:03 #

    Il fut un temps pas si vieux où chaque commerce fermé ou abandonné en ville était rouvert par un marchand de vêtements. Il s’en ferme aujourd’hui, et mêmes des enseignes de centre commercial fondent les plombs, parce qu’il y en a trop tout bêtement ! On a vu ce phénomène aussi dans les agences immobilières qui remplaçaient les points presse ou les tabacs, puis les agences bancaires que l’on va fermer en masse bientôt dès que les clients auront basculé dans la banque numérique.

    Ce n’est pas un problème de gouvernement ou de pertes de ‘repères’ moraux.

    Des activités naissent, des activités obsolètes meurent, leurs cadavres nourrissent les premières, au moins par les concours bancaires et les espaces commerciaux qu’elles libèrent…
    C’est du libéralisme économique.

    Maintenir du commerce de proximité par la loi ou les incitations fiscales ne marche pas, sauf à forcer les clients à y aller. Par contre, on peut observer le turnover rapide des boutiques dans les vraies rues commerçantes de Paris ; ça fait tourner la tête.

    • conseilesperanceduroi octobre 4, 2018 à 5:11 #

      Tout cela est vrai. Mais tout cela est triste aussi. Et ne parlons pas des familles dévastées par le chômage. Cette loi de la jungle, on aurait pu l’imaginer réservée…aux animaux de la jungle. Eh bien non. C’est désormais la loi de l’homme moderne.

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