Billet d’humeur du sieur Du Plessis : encore une imposture de la pensée conforme et obligatoire.

5 Oct

Sexe, race & colonies , La domination des corps du XVe siècle à nos jours est un très bel ouvrage collectif, signé de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Dominic Thomas et Christelle Taraud, publié aux éditions de La Découverte.

Reposant sur plus de mille peintures, illustrations, photographies et objets répartis sur six siècles d’histoire au creuset de tous les empires coloniaux, depuis les conquistadors, en passant par les systèmes esclavagistes, notamment aux États-Unis, et jusqu’aux décolonisations, ce livre s’attache à une histoire complexe et taboue. Une histoire dont les traces sont toujours visibles de nos jours, dans les enjeux postcoloniaux, les questions migratoires ou le métissage des identités.
C’est le récit d’une fascination et d’une violence multiforme. C’est aussi la révélation de l’incroyable production d’images qui ont fabriqué le regard exotique et les fantasmes de l’Occident…Jusqu’à nos jours. Projet inédit tant par son ambition éditoriale, que par sa volonté de rassembler les meilleurs spécialistes internationaux, l’objectif de Sexe, race & colonies est de dresser un panorama complet de ce passé oublié et ignoré, en suivant pas à pas ce long récit de la domination des corps.
Mais, hélas, il se trouve évidemment des critiques portant un jugement volontairement négatif sur ce très beau livre au seul prétexte qu’il se refuse à n’être qu’une de ces sempiternelles dénonciations de la colonisation et d’une prétendue prédation sexuelle qui lui aurait été systématiquement associée. Il en est ainsi, par exemple, de l’article de Florent Georgesco, intitulé « Erotisme et colonialisme, le piège de la fascination » (tout est dans le titre), publié dans Le Monde de vendredi 5 octobre 2018.

Dès les premières lignes de cet article, les objectifs sont fixés :

«  D’où vient alors qu’on ne puisse ouvrir sans malaise Sexe, race &  colonies, qui aborde l’appropriation coloniale des corps avec une ampleur historique (six siècles) et  une richesse documentaire (1 200  documents iconographiques) assez rares ? Comment expliquer ce sentiment d’être face à un objet mal ajusté, faiblement pensé, malgré la contribution de dizaines de chercheurs et l’intérêt incontestable de beaucoup de leurs analyses ?

Aussi bien le livre et le début de sa promotion dans la presse suscitent-ils quelques remous. Le collectif antiraciste Cases rebelles a, par exemple, publié le 26  septembre sur son site une tribune s’élevant contre  » les bonnes âmes  » qui  » reconduisent la violence « .  » Nous refusons catégoriquement, ajoutent les signataires, l’idée que ces personnes auraient, du fait de la barbarie historique coloniale, perdu leur droit à l’image, (…) au respect et à la dignité. «  « 

Pour l’auteur de ces critiques, il n’est pas nécessaire de montrer l’indicible sur papier glacé, dans une maquette soignée, qui recherche en permanence l’effet esthétique. Et de citer l’un de ses amis, Philippe Artières qui écrit dans Libération du 30 septembre :  » Reproduire des images, les problématiser et en même temps ne pas se soucier de la matérialité de l’objet d’histoire que l’on fabrique, un livre, est-ce vraiment servir l’histoire ? « , avant d’ajouter perfidement que le problème de Sexe, race &  colonies, est qu’il est beau, que c’est même un  » beau livre « , dont la composition aurait davantage convenu à des œuvres d’art :  » Les tragédies historiques sont-elles destinées à finir sur les tables basses des salons élégants ? « 

Mais il va encore plus loin dans son antipathie :

«  La notion de colonialisme, pris comme phénomène global, identique à lui-même, est en effet peu et trop légèrement interrogée. Du point de vue du temps : le plan du  livre, qui distingue quatre vastes périodes, ère postcoloniale comprise, ne suffit pas à faire droit à la complexité des évolutions. Mais aussi de l’espace : sont trop souvent absentes les différences entre les populations colonisées, leurs résistances, leurs réinventions, toutes les interactions dont une meilleure prise en compte aurait permis de sortir d’un face-à-face essentialisant entre prédateur et proie.

Si, encore une fois, beaucoup d’analyses se révèlent riches et  pertinentes – sur la liberté sexuelle des colons venant compenser les règles morales de leurs sociétés d’origine, l’opposition des corps chrétiens et des corps musulmans, l’affrontement des formes (et des fantasmes) de virilité… –, l’ensemble souffre au bout du compte de définir le sexe colonial de manière si large, sans les nuances qu’une pensée critique plus solide aurait permises, qu’il devient une réalité vague, propre à accueillir tous les sentiments. Même la fascination.« 

Et l’on voit bien que c’est là que le bât blesse ! C’est dans cette évidence que si la colonisation fut diverse, ses acteurs le furent bien davantage. Et ceux qui en connaissent l’histoire se souviendront combien ont été mêlées la gauche en général et la bien-pensance civilisatrice en particulier dans la prédation sexuelle opérée dans ces pays colonisés. Car il y eut bien deux types de colonisateurs. Les tenants du « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » avec son corollaire, « youpi, envoyons-nous en l’air« . Et ceux, plus proches de nos missionnaires, qui avaient bien d’autres espérances que le métissage « ethnocul – turel » ! Pour ces derniers, il n’était pas question, comme voudrait nous le faire croire l’auteur des critiques, de « compenser les règles morales de leurs sociétés d’origine » et moins encore de s’accoupler avec des proies de si lointaines origines anthropologiques. Ceux-ci ne furent donc pas les acteurs de l’indicible dont on nous parle.

Le 5 octobre 2018.

Du Plessis

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