L’ypertourisme nous donne…la tourista.

5 Oct

Comme vous ne l’ignorez pas, nous ne manquons aucune occasion de dire tout le mal que nous pensons de ce que l’on appelle désormais « LE TOURISME DE MASSE« . Cette industrie dont nous rappelons toujours, à la suite de Jean Mistler, qu’elle consiste à « transporter des gens qui seraient mieux chez eux dans des endroits qui seraient mieux sans eux » ! Mais aussi une industrie parmi les plus polluantes et destructrice pour le planète, comme nous le rappelions ici :

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/09/24/avant-quil-soit-trop-tard/

Or il faut savoir que la France n’est pas seulement championne du monde de football, elle l’est aussi en tant que destination touristique. Ce mantra des pouvoirs publics a été une nouvelle fois répété, mercredi 3  octobre, par Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat chargé du tourisme, lors de la présentation du bilan de la dernière saison estivale, en annonçant que le cap des 90  millions de visites devrait être dépassé cette année.

Même si cette  » troisième étoile  » mérite toutefois d’être relativisée. D’abord, du fait de la situation géographique centrale de la France en Europe, un visiteur sur cinq ne passe qu’une nuit sur notre territoire, avant de rejoindre sa destination finale dans un autre pays. Par ailleurs, lorsqu’on prend en compte les dépenses des touristes, l’Hexagone n’occupe que la troisième place, derrière les Etats-Unis et l’Espagne. En d’autres termes, tous ces passages chez nous polluent les airs et bien d’autres choses mais, somme toute, ne rapportent pas autant qu’ils le devraient !

D’ailleurs, même si le secteur éponge 27 % de notre déficit commercial, les recettes touristiques ne représentent toujours que 2,3 % du PIB, contre 5,2 % en Espagne, selon les statistiques d’Eurostat. Il y a donc une marge de progression…et donc de destruction.

Car, cette course à l’attractivité ne doit pas faire perdre de vue la montée des conséquences négatives du tourisme de masse. Comme la plupart des destinations les plus courues, la France est désormais confrontée à un phénomène que les professionnels désignent sous le néologisme de  » surtourisme  » ou, comme nous préférons l’appeler, l’ « hypertourisme » comme il ya l’hypertrophie, l’hypertension, l’hyperfréquence ou…l’hyperalgie !

Le développement des voyages à bas coût, l’accession d’une part de plus en plus grande de la population mondiale à la classe moyenne et l’arrivée d’Internet ont généré une croissance exponentielle du nombre de touristes, qui, en  2017, a dépassé 1,3  milliard de personnes, dont la moitié à destination de l’Europe. Le premier secteur économique mondial n’est plus l’industrie pétrolière ou l’automobile, mais le tourisme. Même les migrants y participent désormais…

Le fait que davantage de gens puissent voyager pourrait paraître une bonne nouvelle pour la croissance et l’emploi. Mais, hélas, ces foules de voyageurs ont tendance à se concentrer sur un nombre limité de destinations, au point de saturer les infrastructures de transport et d’accueil et de créer d’importants déséquilibres au niveau local.

Un peu partout, les autochtones expriment leur ras-le-bol face à cette invasion incontrôlée, alors que la manne financière apportée par les touristes a du mal à compenser les dégâts collatéraux et que la théorie fumeuse du « ruissellement » peine à montrer son efficacité. Résultat : les prix de l’immobilier s’envolent, l’emploi se concentre sur des métiers saisonniers et mal payés, l’environnement se dégrade, les villes se transforment en musées, en parcs d’attractions ou en lieux de beuverie permanente.

Au-delà de l’objectif initial de faire venir plus de touristes, il devient urgent de réfléchir à la canalisation du flux de visiteurs qui commencent à inquiéter les professionnels. Voire à sa réduction. Il ne s’agit pas de contester aux Chinois ou aux Indiens le droit de prendre part à cette démocratisation du voyage. Mais, une régulation relève du bon sens. Certaines villes ont commencé à mieux encadrer les plates-formes Internet de location saisonnière. La promotion de nouveaux points d’attraction ou l’étalement de la fréquentation grâce à l’organisation d’événements hors saison peuvent aussi contribuer à ce que les vacances des uns ne deviennent pas un enfer pour les autres.

On peut en tout cas en rêver…tant beaucoup, sur Terre, s’en porteraient mieux.

Le 5 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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