C’est pourtant un ami d’Emmanuel Macron qui le dit : (une) « dette publique de 100% (du PIB), ce n’est pas prudent ».

9 Oct

Et c’est un intime d’Emmanuel Macron qui l’affirme (avec toutes les précautions d’usage dans un relation telle que la leur). Il s’agit de Jean Pisani-Ferry, professeur d’économie à Sciences Po, à la Hertie School de Berlin et à l’Institut universitaire européen de Florence. Excusez du peu…Un homme qui a participé de très près à l’élaboration du projet économique du candidat Macron en 2016-2017. Et pourtant, Jean Pisani-Ferry n’est pas content et le dit dans une tribune publiée dans Le Monde du 5 octobre.

La dette publique française frôle en effet aujourd’hui 100  % du produit intérieur brut (PIB) de notre pays. Sommes-nous en danger ?

Commençons par l’évidence : il n’y a pas, nous dit-il avec de bons arguments, de risque immédiat. Nous sommes toujours dans une période de déficits sans pleurs, parce que l’Etat français emprunte sur dix ans à un taux nettement inférieur à 1  % qui ne compense même pas l’inflation. Tendanciellement, si cela continue, la charge des intérêts représentera moins d’un point de PIB, comme à la fin des années 1970 lorsque la dette ne pesait que 20  % du PIB. Certes, les taux vont remonter, mais sans doute lentement et, surtout, la maturité moyenne de la dette est de plus de sept ans : quand bien même la normalisation serait brutale, l’impact sur la charge annuelle d’intérêts demeurera graduel. Ce qui ne veut pas dire nécessairement indolore.

Cela n’implique pourtant pas de céder à l’insouciance. Pour deux raisons très importantes et qui nous différencie de nos voisins de l’Union européenne. La première est que la dette n’a guère servi à augmenter l’actif public. Il serait légitime de nous endetter pour équiper le pays, investir dans les compétences ou accélérer la transition écologique. Mais nous ne le faisons pas. En revanche, nous le faisons sans vergogne pour consommer. Et, qui plus est, pour consommer étranger (la balance commerciale terriblement déficitaire est là pour le démontrer) ! Or, rien ne justifie de léguer aux générations futures un double passif, financier et écologique.

La deuxième raison est que la trajectoire de la dette est répétitive et malsaine : elle augmente par à-coups lors des récessions (+ 21 points au début des années 1990, + 9 points au début des années 2000, + 35 points entre 2007 et 2018) et au mieux se stabilise lors des périodes d’expansion. Si nous n’agissons pas, nous devrons, lors de la prochaine récession, choisir entre rester impuissants et franchir un nouveau palier d’endettement.

Jusqu’où un Etat peut-il s’endetter ? Les limites sont en fait politiques : l’endettement devient insupportable quand les prélèvements sur une génération excèdent sensiblement les dépenses publiques dont elle bénéficie directement. Historiquement, très rares sont les pays où l’écart entre les deux – le  » surplus primaire  » – a durablement dépassé cinq points de PIB.

Nous n’en sommes pas encore là en France. Mais la question se pose en Italie, où la dette publique atteint déjà 130 % du PIB, où la croissance est très faible et où les doutes sur la solvabilité de l’Etat imposent des taux plus élevés. En décidant de porter le déficit à au moins 2,4  % du PIB pour financer ses promesses électorales, la coalition au pouvoir a bravé les règles européennes, mais elle a surtout pris un risque. Elle parie que les dépenses nouvelles vont stimuler la croissance. Une bonne idée en soi. Mais si les créanciers ne lui font pas confiance, c’est l’inverse qui se produira : les banques devront couper le crédit pour absorber les pertes de leurs portefeuilles de titres publics, et les ménages épargneront par crainte de hausses d’impôts…

Cent pour cent, c’est donc (mais en doutiez-vous ?) une mauvaise nouvelle doublée d’une mauvaise affaire. La bonne méthode pour gérer la dette n’est ni de céder à la panique, ni de faire preuve d’insouciance ; ni de céder systématiquement aux injonctions de Bruxelles, ni de se plier aux manipulations des marchés. C’est de se fixer une cible de réduction de dette qui laisse assez de marges de manœuvre pour absorber les aléas économiques ou financiers à venir, et de piloter l’évolution de la dépense publique en fonction de cet objectif. C’est la recommandation du Conseil d’analyse économique ( » Réformer les règles budgétaires européennes : simplification, stabilisation et soutenabilité « , Note du CAE n°  47) : elle mérite d’autant plus d’être suivie que c’est une stratégie sur laquelle se retrouvent keynésiens français et orthodoxes allemands. Mais, pour le moment, elle n’est pas suivie par le gouvernement français dans l’avion duquel on peut légitimement se demander s’il ya encore un pilote !  

Et ce ne sont pas ses actions en matière d’immigration ni ses projets de prise en charge de la misère du monde et moins encore ses cadeaux aux plus riches qui vont nous rassurer sur une prise de conscience salvatrice…

Le 9 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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3 Réponses to “C’est pourtant un ami d’Emmanuel Macron qui le dit : (une) « dette publique de 100% (du PIB), ce n’est pas prudent ».”

  1. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 9, 2018 à 11:21 #

    Oui, la question se pose en Italie, où la dette publique atteint déjà 130 % du PIB, où la croissance est très faible et où les doutes sur la solvabilité de l’Etat imposent des taux plus élevés. L’Italie, qui a vu les concessions faite par Bruxelles à la France -la solvabilité de la France n’est pas mise en doute, elle a du répondant- a demendé les mêmes arragements. Même si l’Italie possède une richesse agro-alimentaire que ne possède pas ni l’Espagne, ni le Portugal, l’occasion est trops bonne pour la Comission Européenne de punir la politique euro-septique de l’Italie, alignèe sur les pays de Visegrade, et de commencer à l’étrangler comme elle l’a fait avec la Grèce.

    La France est loin d’être « à la gorge » comme on dit Outre-Alpes -ne dit-on pas chez nous « être pris à la gorge » ? à force de vivre à l’étranger, on perd les expresioins typiques de chez nous- mais nos enfants et petits enfants auront une grossissime ardoise à payer…

  2. thizy gilbert octobre 10, 2018 à 2:35 #

    votre site est une mine d OR

    cordialement

    thizy gilbert

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