En attendant Marion…

9 Oct

C’est lui qui monte dans les sondages en vue des prochaines élections européennes. Lui, c’est NDA, Nicolas Dupont-Aignan.

C’est au Cirque d’hiver (Paris), le 23 septembre, que le président du mouvement souverainiste Debout la France (DLF) est venu faire sa déclaration de candidature aux élections européennes de mai  2019. Et c’est là que l’on a pu voir d’anciens élus du Rassemblement national (RN, ex-Front national) autour de lui.

Bernard Monot, député européen et ancien conseiller de Marine Le Pen sur l’économie, a  ainsi rêvé au micro d’une majorité  » euroréformiste  » au Parlement européen. Yasmine Benzelmat, conseillère régionale (ex-RN) d’Ile-de-France, y a applaudi une droite identitaire et remontée contre les réformes sociétales. Elle défilera deux jours plus tard avec La Manif pour tous contre l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA).

L’assimilation s’est poursuivie en tribune. Eric Dillies, élu des Hauts-de-France et catholique revendiqué, s’est surpris à ovationner le discours de M.  Dupont-Aignan –  » plus raisonnable que ce qu’on dit au Front national « . Il officialisera son départ du groupe RN au conseil régional deux jours plus tard, soutenant  » la démarche de rassemblement «  du président de DLF sans pour autant y prendre sa carte. 

François de Voyer, un proche de Marion Maréchal, était quant à lui venu annoncer que son collectif de jeunes entrepreneurs, Audace, s’ouvrait désormais à  » toutes les droites «  et plus seulement au RN. Patrick Libbrecht, le président honoraire de l’école de sciences politiques dirigée par Marion Maréchal était également  » passé  » écouter les discours,  » en simple voisin « . On a même pu apercevoir la silhouette de l’ancien député européen frontiste Jean-Claude Martinez, un historique des années Jean-Marie Le  Pen… Le parti de M.  Dupont-Aignan, allié de Marine Le Pen dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, deviendrait-il un salon de reconversion pour frontistes déçus ?

Ce début d’effervescence autour du parti de l’éternel  » petit «  candidat des droites est symptomatique des difficultés de RN et des Républicains (LR) en même temps qu’un encouragement aux actions de Marion Maréchal. Entre les doutes sur sa présidente et ses tracas judiciaires, le parti lepéniste semble stagner depuis le débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle. La droite molle (LR) n’arrive toujours pas à retrouver sa position hégémonique et à raccrocher les déçus de la décennie écoulée. Alors, en l’absence d’une maison nationale bien tenue, et quelque peu orphelins depuis le retrait de Marion Maréchal, les partisans de l’union des droites ont trouvé un toit commun le temps d’un dimanche, ou plus. M.  Dupont-Aignan l’a d’ailleurs bien compris, et ne compte pas se faire ravir sa fenêtre de tir.  » Nos troupes sont d’accord sur tout. On va faire un carton « , ose celui qui est crédité à 6 % dans les sondages mais aimerait accrocher les 10 %, au moins. L’ » idéal «  serait même de passer devant LR et le RN.

 » Je sais ce que vous allez encore dire. «  Sa propension à rêver grand lui a déjà valu quelques railleries, lui qui n’a jamais passé la barre des 5  % au niveau national. Mais, cette fois, tout est différent, jure encore le souverainiste de 57  ans, puisque se présentent des  » circonstances historiques « . N’est-il pas, selon ses mots, la  » seule personnalité «  tête de liste à droite alors que se dessinent, en face, les candidatures de Louis Aliot, député (RN) des Pyrénées-Orientales et compagnon de Marine Le Pen, et de Jean Leonetti, numéro deux de LR ?

A lui aussi  » la vraie liste d’union « , poursuit M.  Dupont-Aignan. Suivez son regard. Car si le parti de Marine Le Pen clame le  » rassemblement «  jusque dans son nouveau nom, il peine à  entériner les ralliements annoncés ; les noms de Thierry Mariani, ancien ministre de Nicolas Sarkozy, et de Jean-Paul Garraud, ancien député (UMP) de la Gironde, continuent à être prononcés, sans confirmation des principaux intéressés. Une question de jours, paraît-il…

Avec sa plate-forme  » patriote «  des  » amoureux de la France « , Nicolas Dupont-Aignan a, lui, trouvé quelques avantages à la  » polyphonie « . Bruno North, patron du Centre national des indépendants et paysans (CNIP) – un petit parti qui a longtemps joué le rôle de blanchisseur d’élus frontistes –, est ainsi devenu son ambassadeur auprès des élus indépendants. Et pour rassurer la droite conservatrice, notamment sur la PMA,  » Jean-Frédéric Poisson – le président du Parti chrétien-démocrate – est là « . Mais M.  Dupont-Aignan tient à garder un visage rassurant. Chez lui,  » pas d’ultras (…), pas de bordel « . Et aucun  » mis en examen «  sur sa liste, précise-t-il également. Suivez son regard, encore, vers un RN qui croule sous les affaires judiciaires.

Il n’invitera pas non plus le Britannique Nigel Farage, ancien leader du UKIP, pro-Brexit, avec qui il paradait pourtant en  2016.  » Mon électorat, c’est de l’antisystème modéré « , résume-t-il pour justifier sa ligne eurosceptique «  mais sans Frexit « . Une ligne finalement proche de celle du RN d’aujourd’hui. Et c’est bien là que le bât blesse. Car qu’est-ce qu’être  » antisystème modéré  » ou  » eurosceptique sans Frexit  » ? Tout cela n’augure rien de bon tant ça manque de courage et de volonté politique.

Même s’il se pose en rempart contre le  » déferlement «  migratoire, et va même, chez Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, jusqu’à faire un lien entre l’enseignement de l’arabe à l’école et le terrorisme. Mais toujours en utilisant des mots choisis. Sans doute n’a-t-il pas encore compris que 

NOUS SOMMES EN GUERRE.

Au RN, on tente de minimiser ce qui ressemble de plus en plus à la perte d’un allié. Même Marine Le Pen n’a pas eu un mot plus haut que l’autre à l’annonce de la candidature en solo de celui qui a pourtant récupéré une ribambelle d’élus RN depuis quelques mois.

Dernier épisode en date : le 3  octobre, deux députés européens RN, Sylvie Goddyn et Philippe Loiseau, publiaient une  » lettre de soutien à Nicolas Dupont-Aignan « ,appelant Marine Le Pen à former une liste d’union conduite par lui. Un cadre RN balaie la portée d’un tel appel de la part d’élus que  » personne ne connaît «  et qui ne quittent même pas le parti. D’autres l’ont fait. Dans les Hauts-de-France notamment, où cinq démissionnaires du RN ont eux aussi fait circuler une déclaration de soutien au président de DLF.

 » Personne ne comprend que Marine ne soutienne pas Nicolas « , bruisse un proche du député de l’Essonne. D’autant que la patronne du RN avait réagi au lancement de campagne de son allié d’entre-deux-tours en affirmant que  » rien politiquement «  ne les séparait, et que leurs députés se retrouveraient sous la même bannière eurosceptique, une fois élus au Parlement européen. En mai, elle lui avait même proposé d’associer leurs deux noms en peloton d’une liste commune. Offre rejetée par l’intéressé.  » Le problème, déclare un proche de Marine Le Pen en soupirant, c’est qu’il dit : J’y vais et tout le monde vient derrière moi. Il n’a pas compris qu’une liste donnée à 21 % ne fait pas allégeance à une liste donnée à 6 %…   »

Mais dans l’entourage de M.  Dupont-Aignan, certains commencent à murmurer que Marine Le Pen  » pourrait bien finir par rendre les coups, à force de se faire piquer des élus « … Ses lieutenants ont déjà commencé à montrer les dents.  » Nicolas Dupont-Aignan devrait faire attention à qui il récupère, s’il ne veut pas donner l’impression de devenir la poubelle du RN « , grince un proche de Marine Le Pen, ajoutant que  » quand on veut des élus, le plus simple reste de les faire élire soi-même « .

La pêche aux soutiens est plus ardue côté droite molle, auprès de laquelle le député de l’Essonne a davantage de mal à asseoir sa crédibilité. Raillé du temps où il appartenait au RPR puis à l’UMP, il continue de susciter le dédain des cadres LR.  » Sa seule obsession, c’est de conserver son épicerie « , cingle un élu proche de Laurent Wauquiez, le patron de LR, tout en confessant qu’il les empêche  » mécaniquement d’être devant le RN aux européennes « . Un gros caillou dans la chaussure, en somme.

L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy Patrick Buisson ne s’y est pas trompé, puisqu’il échange de temps à autre avec l’ancien maire de Yerres. Après lui avoir conseillé de soutenir Marine Le Pen au second tour de la présidentielle en  2017, il l’encourage aujourd’hui à  poursuivre le travail de sape en vue de recomposer la droite au sens large.

L’essayiste souverainiste Paul-Marie Coûteaux, qui travaille depuis vingt ans à cette union des droites, conseillant aussi bien Marine Le Pen que François Fillon, avait lui aussi fait un détour par le Cirque d’Hiver.  » On a fini par comprendre que l’alliance ne viendrait ni du RN ni de LR « , reconnaît-il, pas encore tout à fait certain d’avoir trouvé le bon poulain.  » Pour l’instant, il est sur le pont. L’histoire est bonne fille avec lui : Villiers a disparu, Pasqua est mort et Marion Maréchal s’est retirée. «  Pour l’instant. D’autres observent sans bouger ces grands mouvements au sein des droites, pas assez convaincus par la petite entreprise souverainiste de M. Dupont-Aignan pour quitter leur propre bateau en crise.

En attendant Marion !

Le 9 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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4 Réponses to “En attendant Marion…”

  1. Cril17 octobre 9, 2018 à 11:27 #

    Au vu de ce tir récent de Royal-Artillerie

    https://royalartillerie.blogspot.com/2018/10/ces-pr-tomb-du-hamac.html

    ne faudrait-il pas compléter votre titre comme suit

    En attendant que Marion rencontre dans un hamac le nécessairement beau et bien calibré Pharamond de Bourbon-Habsbourg ?

  2. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 9, 2018 à 11:55 #

    Le programme de DEBOUT LA FRANCE peut se résumer par la volonté de retrouver à l’échelon national la maîtrise du budget, de la monnaie, des frontières, des lois et de la politique étrangère. Nicolas Dupont-Aignan s’engage concrètement pour certains animaux. Sur sa commune de Yerres dont il est maire, il refuse par exemple la venue de cirques avec animaux sauvages, et apporte une aide à l’association CHATS LIBRES qui prend soin des chats errants. Il se prononce également pour l’interdiction des élevages d’animaux pour leur fourrure. En revanche il défend la chasse, sa position étant proche de CHASSE PECHE NATURE ET TRADITIONS.

    Le maire a aussi instauré un poste de conseiller municipal délégué à la cause animale. Il reçoit le soutien de Brigitte Bardot pour avoir demandé que le cheval soit reconnu comme animal de compagnie. Selon le site POLITIQUE-ANIMAUX, DLF est le seul parti de la droite Française à se positionner « pour les animaux » sur les thématiques les concernant.

    Durant l’été 2009, Philippe de Villiers (et non le MPF) rejoint le Comité de liaison de la majorité présidentielle nouvellement créé. Ce fait sera largement commenté par les médias et les hommes politiques, y voyant un ralliement du MPF à l’UMP. Depuis, beaucoups de villièristes se partagent entre LES REPUBLICAINS de Laurent Wauquiez et DEBOUT LA FRANCE de Nicolas Dupont-Aignant.

    Rappelons que le MOUVEMENT POUR LA FRANCE de Philippe de Villiers est un parti souverainiste qui se place dans la « filiation de la Résistance française ». Son but est de « recouvrer l’indépendance nationale dans une Europe de la coopération des États et des peuples ». En matière économique, le MPF promeut la liberté d’entreprendre en favorisant l’implantation des entreprises sur les territoires français par une fiscalité intéressante et en usant du protectionnisme. Il est pour une « moralisation » de l’économie. Concernant les questions sociétales, le MPF défend les valeurs fondées sur la famille, l’attachement au terroir, le sentiment d’appartenance à la France, le respect du repos dominical. Thématiques que l’on retrouve beaucoups à DLF.

    Et comme Villiers a disparu, Pasqua est mort et Marion Maréchal s’est mise en touche, Nicolas Dupont-Aignant a le vent en poupe.

    Le 28 avril 2017, Nicolas Dupont-Aignan annonce son soutien à la candidature de Marine Le Pen en vue du second tour, ce qui provoque notamment le départ du parti de trois des quatre vice-présidents de son parti (Dominique Jamet, Anne Boissel et François Morvan), ainsi que d’Éric Anceau, responsable du projet, et Olivier Clodong, délégué national aux élections et premier adjoint de Dupont-Aignan à Yerres, tous passé ches LES REPUBLICAINS. Cette union avait été facilitée par l’entremise de l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson, ancien de l’Action Française, du maire de Béziers Robert Ménard et Philippe Olivier, beau-frère de Marine Le Pen et ancien de DEBOUT LA FRANCE, le parti de Nicolas Dupont-Aignan.

    Aux élections législatives de 2017, aucun accord programmatique ou de répartition des circonscriptions n’ayant pu être conclu avec le FN, Debout la France présente 577 candidatures autonomes. Nicolas Dupont-Aignan enregistre en retour quelques défections comme celles de son porte-parole Laurent Jacobelli, qui est investi par le FN aux législatives, et de son directeur adjoint de son cabinet, Maxime Thiébaut, également investi par le FN aux législatives, nommé vice-président de l’association LES PATRIOTES fondée par Florian Philippot. Il affirme que DEBOUT LA FRANCE a enregistré plus de 2 000 adhésions dans l’entre-deux-tours.

    En janvier 2018, il indique avoir reçu 5 000 nouvelles adhésions depuis le mois de mai, « pour seulement 222 cartes d’adhérent renvoyées ». En avril 2018, un sondage de l’Ifop place Nicolas Dupont-Aignan à la sixième place avec 6 % d’intentions de vote à l’élection présidentielle, « à peine deux points » derrière le président des Républicains Laurent Wauquiez…

    En attendant MARION, qui, nous l’espérons, TIENS BON…

  3. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 9, 2018 à 12:10 #

    Si Marion Maréchal disait Qu’ « on peut faire quelque chose » avec Laurent-Wauquiez et que Marine Le Pen a pris le risque de se compromettre avec Nicolas Dupont-Aigant à al présidentielle de 2017, c’est qu’il y là un potentiel.

    SEULE UNE ALLIANCE LE PEN, WAUQIEZ, DUPONT-AIGNANT POURRAIT NOUS OBTENIR UN GOUVERNEMENT A L’ITALIENNE, C’EST A DIRE EN PHASE AVEC LES PAYS DE VISEGRADE, CE QUE SEULE MARION MARECHAL, MALGRES SON JEUNE AGE, POURRAIT OBTENIR EN FRANCE.

    Marion Maréchal, dans le gouvernement du ROI caché HENRI V DE LA CROIX, lorsqu’il sera appellé à sortir du bois pour remonter sur le Trône de ses ancêtres ? l’idée de CRIL 17 n’est peut-être pas si stupide que çà…

    MARION, TIENS BON !!!

  4. HERVE JOSEPH VOLTO octobre 9, 2018 à 12:30 #

    Regardez que Marion Marèchal, dans 5 ans, aura 35 ans… et dans 10 NS, 40 ans : elle sera ALORS très certainement à la hauteur de sa tante. Et pour certains, meilleure…

    Non, non, l’idée du CRIL 17 n’est en rien absurde !

    MARION, TIENS BON !!!

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