Le gouffre de l’éducation dite prioritaire.

17 Oct

Les années se suivent et se ressemblent. Nous savons depuis toujours qu’il n’y a aucun espoir d’améliorer le niveau des élèves venus du Maghreb ou d’Afrique, dans les bagages de leurs parents. Car c’est à la maison et au sein des familles, bien avant et bien plus qu’à l’école, que s’élaborent la connaissance et la culture. Et depuis toujours nous répétons, sans nous lasser, que l’éducation dite prioritaire (c’est-à-dire s’adressant à ces cibles-là) n’est qu’un gigantesque gâchis de compétences, d’efforts et d’argent public. Cela portait un nom dans l’antiquité grecque :

Le tonneau des Danaïdes

Et, une fois de plus, la Cour des comptes vient apporter une confirmation chiffrée à nos affirmations: les politiques d’éducation prioritaire ne parviennent pas à accomplir leur mission première, qui est de réduire les inégalités de départ dans la réussite scolaire des enfants. Dans un rapport publié aujourd’hui, mercredi 17 octobre, la Cour des comptes dresse un bilan négatif de cette politique de « différenciation » des moyens, née en 1981 (au bon vieux temps de la gauche unie et de François Mitterrand) avec les « zones d’éducation prioritaire » (ZEP). La conclusion est sans appel : l’écart de résultat au diplôme national du brevet entre un enfant scolarisé dans un collège relevant du réseau d’éducation prioritaire (REP) et un enfant d’un collège réputé plus favorisé reste situé entre 20 et 30 %  (dans le meilleur des cas) en français et en mathématiques alors que l’objectif est de « limiter à 10 % ces écarts de niveau ».

Certes, admet la Cour, les dispositifs prioritaires ont permis de les stabiliser, et la situation serait probablement plus préoccupante encore s’ils n’avaient pas existé. Mais ce n’en est pas moins un aveu d’échec dont le coût devient astronomique car, à l’entrée en 6e, les écarts sont déjà acquis. Un bilan adossé à une dégradation des conditions scolaires, qui sont en partie indépendantes de l’école elle-même. En effet, rappelle la Cour, ces dispositifs ne sont pas pensés pour remédier à une ségrégation socio-spatiale aussi forte qu’elle l’est aujourd’hui, à laquelle se greffe une ségrégation scolaire sans précédent – y compris du fait d’un « effet label », soit l’évitement des établissements REP et REP +, qui est fort dans les catégories favorisées qui l’ont compris et veulent à tout prix échapper à l’acculturation qui résulte de la mixité ethno-culturelle.

Forte de ce constat, la Cour des comptes analyse les différents leviers dont dispose l’éducation prioritaire pour remédier à cette situation. Le grand gagnant serait, selon elle, la réduction du nombre d’élèves par classe. Cette politique est portée par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’éducation, avec le dédoublement des classes de CP et CE1 en REP et REP +. L’institution de contrôle estime qu’il faut aller plus loin et préconise son élargissement sur trois niveaux (en ajoutant soit la grande section de maternelle, soit le CE2) pour les établissements de REP +. Mais pourquoi pas de la maternelle à la sixième ?…

Les autres leviers comme les incitations destinées à stabiliser les équipes enseignantes dans ces établissements (primes, points pour les mutations) n’engrangent pas de phénomène durable. Car les enseignants aussi comprennent très vite qu’ils y perdent la santé. Physique et mentale !

Outre la réduction du nombre d’élèves par classe, elle plaide pour un recentrage des moyens sur l’enseignement primaire – historiquement, l’éducation prioritaire est centrée sur le collège – et sur les établissements les plus fragiles, les 350 réseaux REP +. Mais aussi pour une gestion des ressources humaines repensée pour attirer les enseignants, une allocation plus progressive des moyens pour éviter les « effets de seuil » de l’éducation prioritaire (dont on est soit bénéficiaire, soit pas). La Cour suggère, en outre, de donner plus d’autonomie aux établissements et d’accentuer l’évaluation. Ou comment faire simple quand on peut faire compliqué ?

Certaines recommandations rejoignent les pistes avancées par le ministre lors du lancement de la mission pour repenser l’éducation prioritaire, confiée le 3 octobre à l’universitaire Pierre Mathiot et à l’inspectrice générale de l’éducation nationale Arianne Azéma, où le ministre a évoqué la nécessité de sortir des effets de seuil. « Cette mission travaille en toute indépendance, assure un proche du dossier, et sera libre d’utiliser ou non ce qui lui semble intéressant dans le rapport de la Cour des comptes. »

Pour Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires (OZP), si les préconisations proposées sont proches de la vision du ministre actuel, la Cour des comptes reconnaît la spécificité des territoires urbains fragiles, les « quartiers de la politique de la ville », auxquels est adossée l’écrasante majorité des réseaux REP et REP +.  Entendez qu’il s’agit plutôt, si l’on consent enfin à appeler un chat, un chat, de ces ghettos ethno-culturels qui sont autant de territoires perdus de la République (1)Alors que, au grand dam de l’OZP, le ministre semble souhaiter pour l’avenir une politique prioritaire qui engloberait les territoires ruraux, les DOM-TOM et les quartiers sensibles. Qui aurait l’avantage de masquer la réalité et de noyer le poisson…

Pour Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, les mesures proposées par la Cour des comptes s’inscrivent dans une tradition déjà ancienne pour « repenser » l’école prioritaire, où l’on cherche à mieux cibler les besoins pour être réellement efficace. Mais, selon lui, le problème mériterait un véritable changement de paradigme : « L’éducation prioritaire ne bénéficie qu’à 30 % des élèves défavorisés », rappelle-t-il. Ce qui, convenez-en est très cher payé. « Bien sûr que dans ces quartiers-là les difficultés sont plus importantes. Mais si l’on se contente de ça, on rate l’essentiel de la fragilité scolaire. » Le problème résiderait en partie dans l’ambition de réformer le système sans enveloppe supplémentaire.

Dans ce grand rééquilibrage des moyens vers le premier degré, que la Cour des comptes appelle de ses vœux et que le ministère a déjà engagé avec les dédoublements de classe, l’inquiétude des acteurs de terrain se porte donc sur le collège et le lycée. Ce dernier ne fait pas partie des réseaux REP et REP + et est considéré comme « mieux » doté. Cette rentrée a vu naître plusieurs grèves perlées et mouvements de protestation dans des établissements souffrant de problèmes divers, notamment en Seine-Saint-Denis : la sécurité, au lycée Utrillo (Stains), le matériel et les moyens humains au lycée Mozart (Le Blanc-Mesnil), le manque de surveillants au lycée Jean-Zay (Aulnay-sous-Bois). Pour le collectif Touche pas à ma ZEP, qui milite pour le maintien de dispositifs prioritaires au lycée, la situation est de plus en plus préoccupante alors que les dispositifs prioritaires au lycée (le label « zone violence », par exemple) arrivent bientôt à échéance. Et pourquoi ? Tout simplement parce que personne n’a encore imaginé que tous ces déchets socio-culturels, dont beaucoup de racailles, après avoir échoué tout au long du primaire, finissent malgré tout par être accueillis au collège puis au lycée puisque personne n’a le courage de les orienter vers d’autres cieux…à défaut d’autres pays. Car, rappelez-vous que toutes ces plaisanteries coûtent quand même plus d’un milliard d’euros par an !

Et tout ça aux frais de la princesse c’est-à-dire…du contribuable. Etonnez-vous, après cela, que la pression fiscale soit devenue ce que nous en disions ici (2).

Le 17 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

(1) :

(2)

https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/17/taxe-dhabitation-quand-le-gouvernement-se-prend-les-pieds-dans-le-tapis/

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