Les fausses vérités de Pierre Rosanvallon. À moins que ce soit « La grande illusion ».

20 Oct

Qui ne connaît pas l’historien et intellectuel Pierre Rosanvallon ? Homme de gauche patenté, il a été successivement permanent syndical de la CFDT, où il était conseiller économique de la confédération puis conseiller politique d’Edmond Maire, et rédacteur en chef de sa feuille de choux « la CFDT Aujourd’hui ». Il théorisa notamment, pour la CFDT recentrée, l’idée que l’autogestion pouvait servir de concept-relais avec une forme de libéralisme. Il fut ensuite membre du Parti socialiste unifié (PSU), auprès de Michel Rocard  puis du Parti socialiste.

Il est un temps chroniqueur économique à Libération (à l’époque où le quotidien était le Coran de la gauche américaine. Didier Eribon, sociologue engagé à gauche, affirme pour sa part que « quand Libération recruta Pierre Rosanvallon comme chroniqueur puis comme responsable de sa rubrique « Idées » en 1982-1983, ce fut explicitement (j’insiste sur ce point) pour se débarrasser de l’influence des intellectuels critiques (Foucault et Bourdieu) et se donner les moyens d’être en phase avec le nouveau personnel politique qui occupait les ministères » (des gouvernements de François Mitterrand).

Il participe alors au séminaire de François Furet (dont il emboita subtilement le pas afin de profiter de l’aura de l’historien), qui constitua la base de la création du Centre Raymond Aron. Puis, en 1982, il crée, toujours avec François Furet, la Fondation Saint-Simon (du nom du fondateur du Saint-Simonisme et non pas du duc et Pair !). Pour la revue Acrimed (alter-mondialiste), la Fondation Saint-Simon « joua un rôle central dans la conversion de la gauche de gouvernement au libéralisme  » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondation_Saint-Simon).

Il soutient en 1995 la position de la CFDT à propos de la partie de la réforme de la Sécurité sociale portant sur l’assurance maladie et présentée par Alain Juppé en 1995, signant notamment une pétition parue dans Le Monde en sa faveur. Ce qui démontre, s’il en était besoin, qu’Alain Juppé n’a jamais été un homme politique de droite mais un cheval de Troie du socialisme.

Il occupe depuis 2001 la chaire d’histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France.

Eric Zemmour le décrit comme un « mandarin » ayant eu son heure de gloire médiatique dans les années 1980 alors qu’avec la « République du centre », il réconciliait la droite libérale et une partie de la gauche en profitant de l’aura de François Furet auquel il devait une partie de sa carrière académique. La commande du pamphlet de Daniel Lindenberg, Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires aurait, selon Zemmour, eu pour but de l’exonérer de l’accusation d’être « réactionnaire ». Il est présenté par Le Point comme « le commandeur de la « deuxième gauche », molle ou réformiste ». C’est-à-dire celle qui disparaît inexorablement de l’échiquier politique mondial et, en particulier, européen depuis quelques années après avoir tant formaté les cervelles fragiles à l’université, à l’ENA, à Science Po et dans nos médias. Même si certains rêvent d’une filiation dans les gesticulations récentes d’un essayiste en vogue, Raphaël Glucksmann…

Il crée en 2002, avec le soutien financier de grandes entreprises du Cac40 , La République des idées, un « atelier intellectuel » qu’il préside et qui met en évidence la collusion entre la gauche de gouvernement et le grand capital. C’est là qu’apparaît sa plus grande illusion : son ambition est de « refonder une nouvelle critique sociale », détachée de ce qu’il nomme l’« archéoradicalisme » ou l’« idéologie radicale-nostalgique ». Ce groupe édite une revue, La Vie des idées ainsi qu’une collection de livres aux éditions du Seuil, et a organisé en 2006 le forum de Grenoble sur la « nouvelle critique sociale ».

À partir d’octobre 2007, il dirige d’ailleurs le site Internet laviedesidees.fr, qui publie des chroniques et essais contribuant au débat d’idées dans de nombreuses disciplines.

Enfin, cerise sur le gâteau ou ver dans le fruit, il est membre du club Le Siècle réunissant des représentants des milieux dirigeants de la France mais dont notre ami feu Emmanuel Ratier a démontré les nuisances de ses nombreux copinages.

Auteur de nombreux ouvrages, Pierre Rosanvallon vient de publier ce qui pourrait être considéré comme des mémoires et intitulé Notre histoire intellectuelle et politique 1968-2018 (le Seuil). Il se penche sur cinq décennies de politique en France, en portant critique et analyse d’une gauche à la déroute de laquelle il a largement participé. De l’âge de ses 20 ans en mai 68 jusqu’à nos jours, l’historien et sociologue, tente de dresser le bilan de cinquante années d’engagements et de pensées, de promesses non tenues et de régressions.

Il fut, à cette occasion, interrogé cette semaine sur France Inter, un des rares médias qui lui ait encore conservé une quelconque admiration…:

https://www.franceinter.fr/emissions/l-heure-bleue/l-heure-bleue-17-octobre-2018

Il s’y montra toujours aussi sûr de lui et dominateur ! Profitant, au passage, du fait que celui auquel il doit tant, François Furet, n’est plus de ce monde pour critiquer ses analyses mais s’attribuer ses mérites (il y en eut).

Au point que l’on put en tirer la conclusion que les gens de son espèce sont sourds et aveugles : s’ils ont perdu la guerre des idées face au raz-de-marée des patriotes et autres « populistes » (comme il les appelle) partout dans le monde, ce n’est évidemment pas parce qu’ils se sont fourvoyés. C’est parce qu’ils n’ont pas assez expliqué ou que ces brillants intellectuels n’ont pas été assez convaincants. En d’autres termes, l’échec de leur volonté de  » Réinventer la démocratie « * résulte de l’incapacité des peuples à en comprendre la profondeur autant que la richesse. Comme au bon vieux temps du communisme : ça n’a pas marché ? C’est parce qu’il n’a pas été bien appliqué…

À oublier très vite.

Le 20 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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2 Réponses to “Les fausses vérités de Pierre Rosanvallon. À moins que ce soit « La grande illusion ».”

  1. Hervé J. VOLTO octobre 20, 2018 à 11:39 #

    En Italie, ils ont, avec le désastreux Gouvernement Monti, essayé ce Blairisme fallot fait, là-bas, de centre-droit démocrate-Chrétien (incarné par Pier Ferdinado Casini) et de centre gauche tout autant « demo-cristiano » (incarnée par Rosy Bindi), où la main des loges écclésiastiques du Vatican était incarné par Andrea Riccardi, historien, accadémicien et activiste et homme politique italien, fondeteur en 1968 de la Communauté de Saint Egide (Comunità di Sant-Egidio) : comme ça n’a pas marché, « parce qu’il n’a pas été bien appliqué », alors ils ont retenté une autre tournée avec Matteo Renzi, Demo-Cristiano de gauche, mais les italiens ont vite vu ce que çà a donné…

    Jurant qu’on les y reprendrait plus, les transalpins ont osé le coup de force politique.

    La macronnie, une imitation Blairisme spaghetti, mais en version athée ?

  2. Hervé J. VOLTO octobre 20, 2018 à 12:08 #

    C’est le dessin de la franc-maçonnerie de mélanger un peu de gauche, un peu de droite, pour faire un « extrême-centre » pas très Catholique. Outre-Alpes, ils le teintent de Démocratie-Chrétienne, qui n’a de Chrétien que le nom, parce que les italiens ont encore une culture Catholique profondément enracoinèe, et il y a le Vatican, miné jusqu’à son sommet, qui veut controller la politique… italienne (!), à travers un extrême-centre teinté d’oeucuménisme et de religiosité ayant pour but de constituer une réelle alternative Catholique-Social et de rejeter un communisme trops athé.

    Le fascisme étant interdit constitutionellement en Italie, il n’est pas possible de constituer une initiative réellement National-Catholique Outre-Alpes : le MSI n’existe plus, Alessandra Mussolini est baillonnée là-bas comme ici Marion Maréchal, Salvini essui des attaques contre son parti décrit là-bas comme fasciste, et l’Insitut CIVITAS ne pourrait exister là-bas, où les Tradis rasent les murs, tant ils sont combattus !

    En France, la République étant athée, l’extrême-centre Français ne sera tanté d’aucune religiosité, comme c’est le cas en Italie.

    REINVENTER LA DEMOCRATIE : c’est la bible des marcheurs. Mais Outre-Alpes, une petite partie des Demo-Crisitiani de droite, celle de la Revoluzione Cristiana de Granfranco Rotondi, ont rejoint Berlusconi, qui est avec Salvini et ont arraché le nom Democratia Crisiatiana au PD de Renzi et du Nouvo Centro Destra de Alfano, qui n’exsite plus. On résiste Outre-Alpes : c’est en France qu’il faut se retrousser les manches.

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