Donald Trump reprend le dessus dans les universités américaines.

25 Oct

Après la période du bourrage de crâne anti-Trump dans le monde universitaire américain (car ils ont là-bas les mêmes que chez nous !), les jeunes étudiants se réveillent. Disons qu’ils sont « dégrisés« . Et c’est le cas, en particulier, dans l’Etat d’Arizona qui, vous vous en souvenez sans doute, ne fut pas particulièrement conquis par le programme du futur président des Etats-Unis. Il est vrai que le sénateur (pourtant républicain) Mc Cain était un opposant acharné de Donald Trump. Mais, aujourd’hui…Mc Cain est mort et son influence s’étiole.

Quoi qu’il en soit, il y a maintenant deux groupes de jeunes républicains sur le campus de l’université de l’Arizona (ASU) à Tempe, dans la banlieue de Phoenix. Et tout semble indiquer que les trumpistes ont pris le dessus, selon Isaac Windes, le reporter politique du journal étudiant State Press.

L’un des plus actif est Joshua Bernard, originaire de Californie. Depuis janvier, il est le vice-président des College Republicans United, la faction qui a fait scission. Agé de 23 ans, il tenait ce 10 octobre une réunion des dissidents dans une salle de classe de la business school, décorée de l’emblème du groupe : un éléphant (le symbole des républicains) brandissant une fourche !

Ils sont une vingtaine, dont plusieurs arborant la casquette rouge estampillée « MAGA » (« Make America Great Again ») des partisans de Donald Trump. L’invité du jour est Nathan Duel, le représentant régional de l’Heritage Foundation, le cercle de réflexion qui, en compagnie de la Federalist Society, a fourni à M. Trump la liste des « bons » candidats pour la Cour suprême. « Déjà deux d’entre eux ont été confirmés », exulte Nathan. La fondation a aussi placé « des tas de gens »dans l’administration. « Trump ne me paraissait pas le meilleur des candidats, expose-t-il, mais je suis bluffé par tout ce qu’il a fait. »

Un regret, néanmoins : que le « principal succès républicain » – les réductions d’impôts – n’ait « pas encore percuté » parmi les électeurs indépendants qui, trop souvent, « achètent l’argumentaire des gauchistes ». Mais l’Heritage Foundation est à l’œuvre. Dans les treize circonscriptions les plus disputées du pays, elle finance des publicités – une première depuis sa création en 1973 – pour avertir les citoyens que, si les démocrates l’emportent aux élections de mi-mandat du 6 novembre, les précieuses « tax cuts » vont être « abrogées ».

Les étudiants trumpistes sont ravis de s’éduquer. Mais ce qui les amuse surtout, c’est de perturber l’ordre établi. « Le mot d’ordre de l’establishment, c’est : “Ne faites pas tanguer le bateau”, résume Joshua Bernard. Le  » Pas de vague  » de l’éducation dite nationale chez nous et que nous dénoncions ici (https://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2018/10/23/nous-avons-cesse-de-les-plaindre/). Trump, lui, il est du genre à lancer une grenade dans le bateau. »  

Joshua se décrit comme « à moitié noir », à moitié amérindien. Son père était un inconditionnel de Barack Obama. Sa mère était pour Donald Trump dès les débuts. « J’ai grandi avec la récession, les guerres de Bush, le sauvetage des banques », justifie-t-il. Aux primaires 2016, il penchait pour le libertarien Rand Paul. Mais quand M. Trump a refusé de céder aux pressions et de s’excuser pour avoir insulté le passé militaire de John McCain – fait prisonnier pendant la guerre du Vietnam –, Joshua est « monté à bord du train » de la rébellion anti-élites. Depuis, il se régale : « C’est le show ultime. Les gens qui se plaignent, je leur dis : “Eh, en même temps, vous n’arrêtez pas de regarder !” »

Quand il s’est joint au club des étudiants républicains du campus, il a eu un choc culturel. « Des fils à papa, juge-t-il. Des partisans de Bush et de McCain. Ils ne supportaient pas les opinions divergentes. » Est-ce que cela ne vous rappellerait pas la fausse droite des LR, chez nous ? En janvier, ses amis et lui ont claqué la porte. Tellement fâchés qu’ils ont choisi le nom de républicains « united » (« unis ») et inscrit dans leurs statuts l’interdiction de coopérer avec le club rival « quelles que soient les circonstances ».

Parmi les dissidents, plusieurs viennent des constellations radicales qui pullulent sur Internet. « On défend le rap et les “video games” », décrit Joshua, qui s’est lui-même lancé dans l’activisme après l’affaire du « gamergate » – les accusations, infondées selon lui, de misogynie dans l’univers du jeu vidéo. Leurs maîtres à communiquer ne sont plus les polémistes vedettes Glenn Beck, Rush Limbaugh ou Ann Coulter (« ça, c’est la génération de ma mère »), mais la chaîne en ligne « Roaming Millennial », dont ils ont invité l’égérie, la youtubeuse canadienne Lauren Chen, ou les stars de CRTV, la chaîne de talk-shows de l’ultra-droite.

En remontant les posts laissés sur les réseaux sociaux, notamment par le chef des College Républicans United, Rick Thomas, le journaliste Isaac Windes a aussi trouvé le genre de références cryptiques qu’affectionne le courant de la droite décomplexée « alt-right ». Il y est question du « Kekistan », le « pays » popularisé par le youtubeur britannique dit « Sargon of Akkad » : un territoire fictif, mais dont le drapeau est arboré dans les manifestations antimigrants.

Rick Thomas et ses amis affirment qu’il ne s’agit que de « trolls » pour exciter les étudiants de gauche. Un titre de gloire à leurs yeux. L’activité porte même un nom, « Owning the libs » – prendre le dessus sur les libéraux, les provoquer pour les inciter à réagir. Joshua Bernard est un expert : « Je dis à mes camarades démocrates : à cause d’Obama, vous avez eu Trump. Et maintenant deux juges à la Cour suprême. Vous trouvez que ça valait la peine ? »

Voilà pour les factieux. Le club officiel, lui, est représenté par Judah Waxelbaum, étudiant de deuxième année de sciences politiques et président de la fédération des College Republicans de l’Arizona (800 membres). Il n’a que 19 ans, mais déjà toute une carrière dans l’appareil du parti. A 14 ans, il était le « teenager républicain » de l’année pour l’ensemble du pays. Ses parents, des New-Yorkais d’origine abonnés au New York Times et au Wall Street journal (« lecture obligatoire dès l’enfance », souligne-t-il), n’y sont pour rien s’il a choisi le camp républicain : sa sœur jumelle est démocrate, comme toute la famille restée à Brooklyn.

En 2016, Judah était trop jeune pour voter, mais il aurait « fallu le payer »pour qu’il aille au meeting d’Hillary Clinton sur le campus.

Son héros était John McCain, qui lui a mis le pied à l’étrier en le recrutant comme stagiaire à sa permanence de l’Arizona. Fin août, après la mort du sénateur, Judah a eu « l’immense honneur » d’être convié à la cérémonie d’hommage à Phoenix. Autant dire que Donald Trump n’était pas son champion aux primaires de 2016. Mais Judah est réaliste. « Je ne suis pas toujours d’accord avec la politique économique de Trump, mais je suis satisfait des résultats », explique-t-il. Le traité de libre-échange avec le Mexique et le Canada a été renégocié : « On parle d’un éventuel accord avec la Chine. Difficile pour moi d’être contre quand d’autres pays se rallient. » A l’approche des midterms, les deux groupes, assure l’ancien protégé de John McCain, « aiment Trump pareillement ».

La fracture des jeunes républicains sur le campus ne serait qu’anecdotique si elle ne reflétait l’évolution du mouvement conservateur dans un Etat gagné par Donald Trump de moins de 3 points en 2016. S’il restait des réticences contre le président, elles se sont faites discrètes. Après l’épisode Brett Kavanaugh, le parti est requinqué. La prestation agressive du candidat à la Cour suprême devant le Sénat et sa déclaration d’amour pour la bière, qui ont effrayé la moitié du pays, ont enthousiasmé la base républicaine. « Ça a beaucoup fait pour l’humaniser, affirme Joshua Bernard. Il y a eu des tas de mèmes [montages] sur Internet. Nous aussi, on aime la bière. »

A croire que les « never Trumpers », les conservateurs anti-Trump, dont John McCain était le héros, ont été emportés avec lui.

Le 25 octobre 2018.

Pour le CER, Jean-Yves Pons, CJA.

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